Voltaire, le symbole de la liberté de penser.

Voltaire, le symbole de la liberté de penser.

Voltaire, a connu une vie mouvementée, marquée par son engagement au service de la liberté. Après les attentats de 2015, son Traité sur la Tolérance s’est éclairé d’un jour nouveau et ne s’est jamais aussi bien vendu. 

La production littéraire de Voltaire est immense. Elle englobe le théâtre, l’histoire, la philosophie, la poésie, les textes polémiques publiés à propos de tout et à jet continu, les contes, et une prodigieuse correspondance. De son vivant ses oeuvres complètes comptent déjà 40 volumes (édition de Genève de 1775). Après sa mort, l’édition de Kehl (1873-1790) de Beaumarchais incluant la correspondance comprend 70 volumes. L’édition en cours de publication à Oxford en comptera près de 200. Avec son «Traité sur la Tolérance» publié en 1763, Voltaire, comme d’autres grands écrivains, a mis sa plume au service de l’indignation. Au fil des années, on a oublié le contexte de ce traité, mais il n’en demeure pas moins comme le symbole de la liberté de penser et une dénonciation du fanatisme.

250 ans après sa première publication, ce petit texte écrit par Voltaire, écrivain et philosophe des Lumières, a figuré parmi les meilleures ventes du réseau de librairies française Gilbert Joseph, de la FNAC et d’Amazone en 2015.  Les ventes de ce livre qui traite des dangers du fanatisme religieux ont explosé quelques semaines seulement après les attaques extrémistes à Paris. 

Si vous voulez qu’on tolère ici votre doctrine, commencez par n’être ni intolérants ni intolérables. (Voltaire, Traité sur la Tolérance, 1763.)

François-Marie Arouet, dit Voltaire, est né le 21 novembre 1694 à Paris, ville où il est mort le 30 mai 1778, à 83 ans. Il a marqué le XVIIIe siècle et occupe un place particulière dans la mémoire collective française et internationale. On ne compte plus les ouvrages et les biographies qui lui sont consacrées. 

Tout au long de sa vie, Voltaire fréquente les Grands et courtise les monarques, sans dissimuler son dédain pour le peuple, mais il est aussi en butte aux interventions du pouvoir, qui l’embastille et le contraint à l’exil en Angleterre ou à l’écart de Paris. Voltaire aime le confort, les plaisirs de la table et de la conversation qu’il considère, avec le théâtre, comme l’une des formes les plus abouties de la vie en société. Soucieux de son aisance matérielle, qui garantit sa liberté et son indépendance, il acquiert une fortune considérable dans des opérations spéculatives qui préfigurent les grandes spéculations boursières sous Louis XVI et dans la vente de ses ouvrages, ce qui lui permet de s’installer en 1759 au château de Ferney et d’y vivre sur un grand pied, tenant table et porte ouvertes. Il y passera ses vingt années les plus fécondes ▼

Ferney-Voltaire est une commune française située dans le département de l’Ain, en région Auvergne-Rhône-Alpes.

La ville est située en France, à la frontière de la Suisse à seulement 4 km de Genève, et jouit d’une certaine autonomie qui le préserve des tracasseries de Versailles.  Mais Voltaire ne se contente pas de construire le château, il entreprend de créer à Ferney la ville idéale. Investissant ses capitaux, il aménage la seigneurie (drainage de la plaine, création de puits, construction de maisons…)  et favorise l’artisanat d’art comme l’horlogerie et la soierie, si bien que le modeste hameau de 150  âmes en compte plus de 1 200 à la mort de Voltaire.  Généreux, d’humeur gaie, il est néanmoins chicanier et parfois féroce et mesquin avec ses adversaires comme Jean-Jacques Rousseau et Crébillon. 

Classé monument historique, le château de Voltaire a bénéficié d’une restauration complète de 2015 à juin 2018, date à laquelle il a été ouvert au public. ▼

Le pèlerinage à Ferney fait partie en 1770 – 1775, du périple de formation de l’élite européenne éclairée. Considéré par la Révolution française – avec Jean-Jacques Rousseau, son frère ennemi – comme un précurseur, il entre au Panthéon en 1791, le deuxième après Mirabeau. A cette même période, sur l’initiative du marquis de Villette qui l’hébergeait, le «quai des Théatins» où l’écrivain habitait à Paris au moment de sa mort sera baptisé «quai Voltaire». Célébré par la IIIème République, dès 1870, à Paris, un boulevard et une place porte son nom. 

Place Voltaire à Paris.

Voltaire à nourri, au XIXe siècle, les passions antagonistes des adversaires et des défenseurs de la laïcité de l’État et de l’école publique, et, au-delà, de l’esprit des lumières. il demeure une référence universelle et l’ancêtre des intellectuels engagés, l’un de ceux qui ont contribué à édifier le monde moderne. Admiré ou exécré, Voltaire l’insoumis ne laisse personne indifférent, et sa gloire demeure à la mesure des passions qu’elle éveille et des haines qu’elle nourrit. Sa longue carrière a été un incessant combat et nous sommes les héritiers de certaines de ses victoires. 

Voltaire devient célèbre à 24 ans grâce au succès de sa tragédie d’OEdipe (1718).  A sa première sortie de la prison de la Bastille, conscient d’avoir jusque-là gaspillé son temps et son talent, il veut donner un nouveau cours à sa vie, et devenir célèbre dans les genres les plus nobles de la littérature de son époque : la tragédie et la poésie épique. Pour rompre avec son passé, et notamment avec sa famille, afin d’effacer un patronyme aux consonances vulgaires et équivoques, ils se crée un nom euphonique : Voltaire.

Le public qui voit en lui un nouveau Racine, aime ses vers en forme de maximes et ses allusions impertinentes au roi défunt et à la religion. Ses talents de poète mondain triomphent dans les salons et les châteaux. Il devient l’intime des Villars, qui le reçoivent dans leur château de Vaux, et l’amant de Madame de Bernières, épouse du président du parlement de Rouen. Après l’échec d’une deuxième tragédie, il connaît un nouveau succès en 1723 avec La Henriade, poème épique de 4 300 alexandrins se référant aux modèles classiques. 

Le Traité sur le Tolérance est écrit par Voltaire et publié en 1763 suite à l’affaire Calas. Le philosophe lutte pour l’indulgence, la tolérance universelle, la fin des massacres et des exécutions injustes. Ce message se compose de nombreux chapitres qui ont pour but d’éclairer le lecteur sur les situations d’injustices.

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Ce texte vise la réhabilitation de Jean Calas, protestant faussement accusé et exécuté pour avoir assassiné son fils afin d’éviter que ce dernier ne se convertisse au catholicisme. Dans ce traité, Voltaire invite à la tolérance entre les religions et prend pour cible le fanatisme religieux (plus particulièrement celui des jésuites chez lesquels il a fait de brillantes études étant jeune homme) et présente un réquisitoire comme les superstitions accolées aux religions.  Après un premier chapitre à stigmatiser le fanatisme religieux des juges de Toulouse qui ont condamné à mort le protestant Jean CalasVoltaire entreprend de montrer les avantages humains de la tolérance. Empruntant ses exemples à l’histoire, il entend prouver que l’intolérance n’est ni de droit divin ni de droit naturel, mais trouve sa source dans le fanatisme, lui-même engendré par la superstition, qui «est à la religion ce que l’astrologie est à l’astronomie : la fille très folle d’une mère très sage». Exposés historiques dialogues fictifs, témoignages, fausse lettre à un père jésuite, Voltaire multiplie les approches dans cette attaque virulente de sa principale ennemie. 

Pour Voltaire, la philosophie en chassant les démons de l’obscurantisme et du fanatisme offre aux hommes un moyen de rechercher ensemble le bien commun. Facteur de paix sociale, de respect et d’amour réciproques, la tolérance est une des exigences suprêmes de la civilisation et de la société. Avec «Le Traité sur la Tolérance»Voltaire réhabilite la mémoire de Calas, mais surtout il ouvre la voie à l’affirmation de la liberté religieuse telle que nous la concevons aujourd’hui. 

C’est un chef d’oeuvre littéraire inestimable qui a fait écrire à Diderot, non sans ironie : 

«Quand il y aurait un Christ, je vous assure que Voltaire serait sauvé». 

Lorsque Voltaire, brouillé avec Frédéric II, quitte précipitamment la cour de Prusse en 1755, il est interdit de séjour à Paris. Lui, le dramaturge favori de la Comédie-Française, l’historien du roi, doit se réfugier près de Genève, en terre calviniste. C’est là, à soixante ans, alors qu’il pourrait se retirer et jouir paisiblement de sa gloire, qu’il va entamer, avec une fougue et une passion d’adolescent, une carrière nouvelle de combats contre le fanatisme et l’intolérance. Par une étrange ironie de l’histoire, c’est dans les 25 dernières années de sa vie que Voltaire va construire et parfaire l’image que la postérité retiendra de lui : celle d’un intellectuel avant la lettre, engagé dans les luttes et les controverses les plus vives du siècle finissant, et non celle du grand poète et dramaturge classique français qu’il croyait déjà être. 

Ses combats contre toute restriction de la liberté individuelle lui confèrent une immense popularité. Lorsqu’il revient à Paris en 1778, le peuple de la capitale lui réserve un accueil chaleureux et le porte en triomphe pour aller assister à la sixième représentation de sa dernière pièce «Irène». En avril de cette même année, il devient franc-maçon.

Voltaire meurt le 30 mai 1778 à Paris. Le curé de saint Sulpice refusant de l’inhumer, il est enterré à l’abbaye de Scellières. Ses cendres furent transférées au Panthéon le 11 juillet 1791, après une grande cérémonie sans la participation du clergé. 

Voltaire au Panthéon

Les oeuvres de Voltaire dénoncent la guerre, l’intolérance religieuse, l’injustice politique et sociale qui régnaient au XVIIIe siècle. On sent y souffler le vent annonciateur de la Révolution française de 1789. Que l’on apprécie ou pas ce philosophe des Lumières, force est de constater que ses écrits restent aux XXIe siècle d’une étonnante modernité. Le Traité sur la Tolérance est toujours d’actualité aujourd’hui, se plaçant au sommet des ventes des librairies un peu partout dans le monde. 

Brocéliande ou l’éternelle quête du Graal …

Forêt mythique, Brocéliande se place au cœur de la légende arthurienne, où monde réaliste et monde surnaturel se superposent, entre croyances populaires et foi chrétienne.

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De Gaston Bachelard – «La forêt est un état d’âme» – à Félix Bellamy – «il faut croire que les grandes forêts ont le don d’attirer les prodiges» – en passant par François-René de Chateaubriand – «Qui dira le sentiment qu’on éprouve en entrant dans ces forêts aussi vieilles que le monde, et qui seules donnent une idée de la création, telle qu’elle sortit des mains de Dieu» – La forêt a de tout temps exercé sur les hommes une grande fascination.

L’obscurité des sous-bois, fermant les portes du ciel aux malheureux qui s’y égarent, et la lumière rasante du soleil filtrant à travers les branches engendrent chez l’homme crainte et espoir de disparaître et de renaître. C’est le lieu où l’on vient perdre le petit poucet ; celui où le diable donne rendez-vous aux sorcières pour danser le sabbat au milieu d’une clairière. Angoissante, la forêt peut tout autant se révéler accueillante et protectrice. Ermites et moines viennent y chercher la paix de l’âme dans le silence propice à la méditation ; les druides y coupent le gui sacré, réputé pour ses vertus médicales, mais aussi pour chasser les mauvais esprits ; sorciers et marginaux s’y réfugient à l’écart de la civilisation qui les a rejetés.

BROCÉLIANDE, L’IMAGINAIRE FORÊT

La forêt de Brocéliande ne ressemble pourtant à aucune autre forêt. Peut-être parce qu’elle n’existe que dans notre imaginaire. Incarnation du merveilleux et de l’enchantement, elle vit à travers la légende arthurienne, mise en scène par une littérature intemporelle qui va de Geoffroy de Mommouth à Julien Gracq en passant par Chrétien de Troyes et les romantiques du XIXe siècle.

Située, d’après les textes, dans la forêt de Paimpont (Ille-et-Vilaine), au cœur de cette Bretagne où foi chrétienne et croyances populaires s’entremêlent, Brocéliande invite à un parcours initiatique sur les pas de Merlin l’enchanteur, de la fée Viviane et des chevaliers de la Table ronde dont l’obsession à trouver le Graal se construisait sur le terreau de l’âme humaine, entre le Bien et le Mal, le rêve et la réalité.

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La Symbolique de la Table Ronde :

Dans la légende arthurienne, la table où se réunissent les preux chevaliers est ronde, à la différence de celles utilisées à l’époque médiévale par les rois, qui est carrée, sur laquelle le monarque prend place au milieu, légèrement en hauteur pour montrer sa puissance, offrant les places d’honneur de part et d’autre de son siège. La forme circulaire se veut aussi à l’image du monde.

À la source de la légende …

L’histoire de la forêt de Brocéliande s’écrit au conditionnel tant sont nombreuses les incertitudes. Nous sommes au Ve siècle après J.C., en Bretagne, de l’autre côté de la Manche. Comme dans toute l’Europe, les barbares, ici Saxons, Scots ou Angles, disputent aux peuples plus ou moins romanisés le pouvoir de posséder terres et pouvoir. Parmi les plus valeureux de ces résistants se distingue un certain Artus, seigneur de Camelot, près de Londres, entouré de preux chevaliers réunis dans la confrérie de la Table Ronde. Leur but est de défendre coûte que coûte leurs possessions. D’épiques combats, alimentés par la tradition orale, se transforment aux siècles suivants en récits légendaires qui associent à leur résistance la conquête du Graal.

Engagé aux côtés de Guillaume le Conquérant dans la bataille d’Hastings (14/10/1066), Raoul II de Montfort, seigneur de Gaël, entend ces récits guerriers. De retour sur ses terres de Paimpont, le chevalier s’en fait largement l’écho dans les soirs de veillée, racontant à l’envi des récits embellis. Ces péripéties guerrières se diffusent bientôt d’un côté à l’autre de la Manche, jusqu’à inspirer la littérature médiévale. Le plus connu des ces « romanciers » est Chrétien de Troyes. Au XIIe siècle, ce clerc, en plaçant la légende arthurienne dans le cadre de la forêt de Brocéliande, offre aux lecteurs une double entrée, entre le monde réaliste (les chevaliers de la table ronde) et le monde surnaturel et immortel, peuplé d’enchanteurs et de fées.

Paimpont – Abbaye du VIIe siècle

Connu depuis les temps anciens pour ses forges qui utilisaient le minerai de fer, très présent dans son sous-sol, ainsi que pour son abbaye du VIIe siècle fondée par le roi Judicaël, le village de Paimpont ouvre la porte du rêve à qui veut entreprendre un voyage au cœur de la légende arthurienne. Dans cette ancienne terre sacrée des druides, plantée de hêtres, de châtaigniers et parsemée d’étangs et de rochers gréseux, les passionnés de légendes celtiques cherchent dans cette nature qu’on dirait inventée, tous les symboles à leur quête.

Au val sans retour, le mystérieux étang du Miroir aux fées, royaume de la fée Morgane, la demi-sœur du roi Arthur, invite à se baigner dans ses eaux pour accéder à un autre monde et y trouver la paix des temps premiers où l’homme vivait en harmonie avec la nature.

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Fontaine de Barenton

Le fol amour se découvre à la fontaine de Barenton, là même où Merlin et Viviane se rencontrèrent pour la première fois. Merlin, sage parmi les sages, conseiller du roi Arthur et initiateur de prodiges dont celui d’arracher l’épée Excalibur de sa gangue rocheuse et permettre ainsi à Arthur d’accéder au trône. Merlin, qui abandonne toute sagesse pour offrir à Viviane, dont il est éperdument amoureux, le secret pour garder à jamais un homme. Faiblesse du mage dont profite la fée pour l’enfermer pour l’éternité dans les neuf cercles d’une prison infranchissable. Merlin, dont le tombeau se situe près du village de Landelles, scellé par trois grosses pierres.

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Sur l’une des pierres, des mains ont gravé : «Ici a été enfermé l’enchanteur par la fée Viviane»

Autre cercle de pierres, celui de la demeure de la fée Viviane, qui n’est autre qu’une ancienne chambre funéraire. Partout, à travers Brocéliande, résonne la présence des chevaliers de la Table ronde : Lancelot, Perceval, Gauvain…, habillés de leur armure et de leurs faiblesses. L’abandon de la quête pour Lancelot, par amour pour la reine Guenièvre ; Mordred, le traître, né d’une relation adultérine d’Arthur et qui finira par assassiner son père ; Perceval le Gallois, vainqueur de la quête du Saint-Graal et père de Lohengrin, le chevalier du cygne. Tous ceux auxquels Merlin et Arthur ont confié la mission d’assurer la paix du royaume avant de partir à la recherche du Graal et de le rapporter.

Ce Graal, qui est d’abord assimilé à la coupe de la fertilité ou au chaudron d’abondance dans la tradition celtique, tant recherché par les alchimistes, puis christianisé par Chrétien de Troyes qui l’identifie à la coupe qui aurait recueilli le sang du Christ. Objet d’un quête éternelle pour accéder à la sagesse et à la connaissance spirituelle, le Graal nous appartient, qu’il soit ou ne soit pas. Parce que les hommes qui n’ont plus de quête n’ont plus d’espoir ; parce que les pays qui n’ont pas de légendes sont condamnés à mourir de froid.

Eglise du Graal à Tréhorenteuc

L’ABBÉ VISIONNAIRE DE TRÉHORENTEUC

Pour qui cherche le Graal – L’imagination humaine reste féconde pour brouiller et multiplier les lieux – L’église de Tréhorenteuc est un passage indispensable. Non qu’elle puisse receler un fantastique secret, mais parce que dans cette forêt de Brocéliande qui bruisse de mystères, l’abbé Gillard, imprégné des histoires des chevaliers de la Table ronde, a fait communier tradition évangélique et légendes celtiques sur ses murs et ses vitraux. Ainsi l’allégorie représentant le Christ et les quatre apôtres sous les traits d’un cerf blanc et de quatre lions.

De 1942 au début des années 1950, aidé par deux prisonniers de guerre allemands, peintre et ébéniste dans le civil, l’abbé restaure le sanctuaire avec la bénédiction des autorités françaises et ecclésiastiques, réalisant un chemin de croix installé dans le chœur. Une œuvre surprenante qui montre, au gré des symboles qui la peuplent, les résurgence des mœurs païennes celtiques que le dogme chrétien n’a pas complètement occulté.

L’ Épigramme un aspect de l’art

Comment choisiriez-vous de savourer l’épigramme ? Le préféreriez-vous grillé à point ou bien l’aimeriez-vous mieux relevée et piquante à souhait ? 

De genre masculin, l’épigramme préparé par le boucher est un haut de côtelette d’agneau destiné à être grillé.

Au féminin, l’épigramme est une affaire de poète satirique : c’est une courte pièce de vers qui se termine par un trait piquant. 

📌L’âge d’or de l’épigramme se situe aux XVIIe et XVIIIe siècles.

L'âge d'or de l'épigramme se situe aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Dans les salons littéraires, les rivalités entre auteurs s’exprimaient sous forme de poèmes de quatre vers généralement, dont le dernier – appelé la pointe – était destiné à égratigner l’adversaire ou même à le blesser dans son amour propre. Il arrivait parfois que l’un des deux adversaires succombât à l’attaque, tué par le ridicule. 

Il suffit de se rappeler le nom de Fréron, ce critique littéraire qui avait eu la malencontreuse idée de s’attaquer à Voltaire et qui fut exécuté en quatre verts dont on se souvient encore..

L’autre jour au fond d’un vallon
Un serpent piqua Jean Fréron
Que pensez-vous qu’il arriva ? 
Ce fut le serpent qui creva. 

Un éditeur, nommé Legeay, ayant illustré la couverture d’un des ouvrages, qu’il publiait avec le portrait de Voltaire encadré par celui de deux de ses ennemis – dont, une fois de plus, le fameux Fréron – s’attira cette épigramme :

Legeay vient de mettre Voltaire
Entre la Baumelle et Fréron, 
Ce serait vraiment un calvaire
S’il y avait un bon larron ! 

Boileau ne fut pas tendre avec le vieux Corneille dont les deux dernières tragédies avaient été des échecs :

J’ai vu l’«Agésilas»
Hélas ! 
Mais, après l’«Attila»
Holà !  

Le poète Lebrun, surnommé Lebrun-Pindare (1729 – 1807), composa de très méchantes épigrammes dont celle-ci dédiée « à Chloris, dont l’haleine était fâcheuse ». 

Oui, vous avez, Chloris, les traits de Vénus même ; 
Oui, de vos yeux, le charme est triomphant ; 
Vos yeux ordonnent qu’on vous aime, 
Mais votre bouche le défend !

Souvent de jeunes et belles personnes étaient la cible d’épigrammes perfides qui s’en prenaient à leur absence de grâce, leur manque d’esprit, ou bien encore à la légèreté de leur conduite. Les mauvaises langues ne manquent pas de prétendre que ces vers satiriques étaient l’oeuvre de soupirants éconduits : 

Quand elle danse avec le pas lourd des chameaux, 
On pense que parler ferait mieux son affaire,
Hélas ! A peine a-t-elle dit trois mots, 
C’est la danseuse qu’on préfère ! 

Ou encore : 
Nature, en formant votre corps, 
Lui donna tant d’avantages, 
Que celui qui forma l’esprit, 
En fut jaloux et, de dépit, 
Refusa d’achever l’ouvrage.
 

La Comtesse de Genlis (1746 – 1830 ), après avoir été dame d’honneur de la duchesse de Chartres, se vit confier l’éducation des enfants de la famille d’Orléans, dont le futur roi Louis-Philippe. Amie des philosophes, elle mena une existence assez libre. Sur le tard, elle publia ses «Mémoires» Ce qui lui valut cette méchante épigramme : 

Genlis à six francs le volume ! 
Disait un jour un amateur, 
Dans le temps que son poil valait mieux que sa plume, 
Pour un écu, j’avais l’auteur ! 

Revenons à Boileau, un spécialiste de la satire, dont je citerai ces vers vengeurs qu’il composa «pour mettre au bas d’une méchante gravure qu’on avait fait de lui» :

Du célèbre Boileau tu vois ici l’image
Quoi ? C’est là, diras-tu, ce critique achevé ? 
D’où vient le noir chagrin qu’on lit sur son visage ? 
C’est de se voir si mal gravé ! 

C’est à un poète anonyme qu’on doit le distique suivant inspiré par George Sand qui avait épousé en 1822 le baron Dudevant dont elle eut deux enfants : 

Elle est Dudevant, par-devant
Et George Sand, par derrière. 

En un sens, le satiriste de 1830 arbore pour partie l’éthos de l’honnête homme, de ce modèle de civilité que reste alors l’«homme de monde». Il partage avec lui deux caractéristiques essentielles. D’une part, une maîtrise et un usage immodéré du mot d’esprit et du persiflage, d’autre part, l’épigramme provoque «un effet de connivence» à double détente : il relève, dans les salons mondains comme dans la petite presse, d’une création collective, renvoyant une image flatteuse du groupe ou de l’auteur lui-même ; et cet énoncé ironique associe, voire soude, le lecteur au crédo défendu.

📌Sous le Second Empire ▼

L'Épigramme sous le second Empire

l’opposition républicaine déchaînait ses traits. Voici ce qu’écrivait un certain Edmond Héraud pour fustiger les inconditionnels de Napoléon III : 

Si l’Empereur faisait un pet, 
Geoffroi dirait qu’il sent la rose
Et le Sénat aspirerait ….
A l’honneur de prouver la chose. 

Le jour du mariage de Napoléon III avec Eugénie de Montijo (1853), cette épigramme anonyme courut Paris : 

Montijo, plus belle que sage, 
De l’Empereur comble les voeux.
Ce soir s’il trouve un pucelage, 
C’est que la belle en avait deux ! 

Victor Hugo, lui, s’était écrié : L’aigle épouse une cocotte, ce qui était moins drôle.

Quelle place du XIXe siècle accorda-t-il, à l’esprit indissociablement ludique et critique qui habite ces coups de lancettes – et qui définit, selon les frères Goncourt, la blague moderne ! Une place, sans doute, intermédiaire. Antoine de Baecque a pu distinguer, dans Les éclats du rire, deux formes historiquement prises par l’«esprit» français : «Le mode caricatural est essentiel au jeu politique et à l’habitus de la démocratie républicaine française, autant que le bel esprit satirique se trouvait incarner l’être et le paraître monarchiques sous l’Ancien Régime. 

En définitive, l’épigramme de 1830, est quelque part entre ces deux politiques du sourire – ou plutôt elle permet de penser, entre elles, une relation de continuité plutôt que d’opposition. 

La moquerie, la perfidie, a continué à avoir des porte-paroles très doués : 

📌 Les acteurs, on le sait, n’aiment guère les critiques. Voici comment le comédien Sylvain (1851 -1930 ) se vengea d’un critique qui l’avait malmené : 

Ce Monsieur qui toujours bougonne
Mériterait des coups de pied
Dans un endroit de sa personne
Qui le représente en entier. 

Après avoir obtenu de fantastiques triomphes avec Cyrano de Bergerac et l’AiglonEdmond Rostand fit attendre longtemps son chantecler. Ce fut hélas ! un échec éclatant : 

Nous sommes fort admirateurs, 
Chanteclerc, de ta voix sonore :
Elle fait s’éveiller l’aurore
Et s’endormir les spectateurs. 

 📌Sous l’occupation, dans la presse clandestine, la satire retrouva tout son mordant. Voici les vers que Jean Paulhan écrivit sur Abel Bonnard et Abel Hermant, deux auteurs qui avaient choisi la collaboration avec les Allemands : 

Tandis qu’Abel Bonnard lèche notre vainqueur,
Abel Hermant l’évente et pose quelques fleurs
Sur son ventre ou ses pieds. On se demande enfin, 
Voyant de tels Abels, ce que font les Caïns. 

L’épigramme est un peu oubliée en France, pour ne pas dire sous-estimée. Avec la chanson, elle semble être la seule forme poétique rythmée, versifiée et vivante où la langue dans la forme possède une réelle audience. 

📌  Georges Brassens :

Que jamais l’art abstrait, qui sévit maintenant,
N’enlève à vos attraits ce volume étonnant,
Au temps où les faux culs sont la majorité
Gloire à celui qui dit toute la vérité.

Serge Gainsbourg – les mots inutiles : 

Les mots sont usés jusqu’à la corde
On voit le jour au travers
Et l’ombre des années mortes
Hante le vocabulaire.

Plus près de nous : SCRED CONNEXIONNi vu ni connu, « Bonhomme », 2009.

Bonhomme, c’est dans la tête, pas dans les bras.
Tout comme les valeurs d’la femme
sont dans l’coeur pas dans les draps.
 

23 mai 2020 – Nobels années – Blagues et Dessins

Mon épigramme  : 

Quand Didier Raoult 
se targuait de pouvoir soigner des familles entières 
ce n’était point pour en sauver moult 
mais pour faire agrandir les cimetières ! 

Si vous aussi, vous aimez l’humour satirique ou moqueur, Amusez-vous !

Lofoten, un archipel sauvage et majestueux !

Sous le cri des mouettes et des cormorans, une traversée des îles les plus légendaires de la Scandinavie nous attend : les Lofoten dans leur tenue d’été.

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Les îles LOFOTEN – NORVEGE

Quand le pied s’y pose après cinq heures de mer, la terre ferme chancelle. Sous la passerelle qui s’étire dans la lumière matinale, nos jambes flageolent accoutumées à contrer le roulis. Ces îles sont stables pourtant. Nous avons accosté à Svolvaer, chef lieu aux pontons sonores, aux maisons design, sur fond de monts saupoudrés de neige. Des maisons en uniforme, au garde-à-vous sur la rive : ce sont des rorbuer. Rorbuer est le pluriel de rorbu : «maisons de rameurs». Pendant huit siècles, ces chalets rouges logeaient pour quatre mois leurs vingt pêcheurs dans l’odorante promiscuité du goudron, des sueurs et des saumures. Loyers salés, tabagie lourde, chauffage aux gaz rampants, ces palaces douteux sont évincés par les bateaux d’après-guerre, assez gros pour accueillir les « rameurs ». Les rorbuer crasseux ont donc pourri, glissant planche à planche dans l’algue des baies…Jusqu’à ce retour en grâce en 1970 quant les touristes leur trouvent du cachet ! Trois coups de pinceau, et le rorbu s’offrait au routard. Aujourd’hui c’est un logement de charme.

Adossée à la rambarde blanche, notre blonde logeuse cherche dans sa poche, la clé de notre nid, la porte gémit.

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Un poêle en fonte vintage pétille. Du plancher qui grince, la femme enlève un bouchon de zinc de la taille d’une casserole : une trappe ouvre sur l’eau, clapotante et glaciale. « C’est pour pêcher ! » dit-elle en montrant ligne et hameçons sur la table de chevet : « Vous pourrez dîner sans sortir ! ». Je lui demande si ça mord parfois….? Avec une grimace espiègle, elle répond : « les mains tendres comme les vôtres ne prennent évidemment jamais rien ! »J’aime l’hospitalité rieuse des Lofoten.

Un contrée si déserte courrait à l’enlisement mental, mais les 25 000 âmes d’ici ont l’habitude de l’ailleurs : la pêche rameutait tout le Nord et, la pêche finie, on mariait précipitamment des filles aux ventres ronds, aux suaves jours de mai. Ainsi, les branches des arbres généalogiques caressent du nord au sud de la Norvège, les autres contrées scandinaves et l’Écosse, et – qui sait ? – peut-être Dieppe et Fécamp.

La route E10 alterne les rives : à tribord, la face océane et sa collante barbe à papa de brume ; à bâbord, la côté intérieure et solaire du Vestfjord. Là se perche le village de Kabelväg et son aquarium chantant le roi du cru, le skrei : morue d’élite.

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Séchoir à Morue

La morue fraye ici : 2 millions d’oeufs par femelle, dont 20 seulement deviendront poissons. Père et mère sont souvent victimes de la rude habilité des pêcheurs. Jadis, des lois alambiquées déterminaient le type d’hameçon et les horaires pour limiter les rixes entre pêcheurs à la ligne, à la traîne et au filet. Le XIXe siècle a tenté de simplifier, avant que le XXe siècle n’arrive avec ses gros chaluts.

Nous repartons, doublant l’île de Skrova, où l’on harponne encore des baleines. Plus loin, Henningsvaer : le village rue, où la rue est un cheval, tend sur l’eau ses deux façades de bicoques. Une Venise en bois. Passé Leknes, nous bifurquons à droite : l’Atlantique. Les plages blanches avalent les crachats de l’écume, mousse délicate qui monte au ciel comme une neige inversée. Au loin, on distingue parfois l’aileron noir et blanc des orques, croquant les bancs de harengs de leurs dents coniques.

Nous sommes attendus sur Gimsoya, l’île suivante. Notre hôtesse a déjà sellé nos chevaux islandais. Petits, noirs, simples.

C’est avec eux que les Vikings ont galopé sur le monde. Ceux-ci ont leur musée à Lofotr, dans cette longue maison de chef reconstituée où s’affairent les figurants en costume, cuisinant, sculptant et tissant selon les techniques perdues des rois de la mer.

Pour renouer avec un passé plus récent, nous regagnons Vestfjord. Une route mince serpente jusqu’au Nusfjord. conservatoire de la maison des Lofoten : le rouge des murs était obtenu en touillant huile de fois et sang de morue. Les toits de tourbe isolent de l’hiver et, aux beaux jours, se mettent à verdir. Autour, le vent chahute les touffes de lupins. Là-haut sur les montagnes, les derniers névés se fondent en cascades dans la sphaigne humide. L’eau reste pétrifiée par le froid qui rôde, un fauve chassé de son dîner attend que vous tourniez les talons.

À Moskenes, toutes les six heures, la marée pousse d’une côte à l’autre 350 000 m3 d’eau à la seconde. C’est le Maelström.

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Il est ponctuel mais modeste. Quand le vent s'en mêle, les vagues atteignent 15 mètres formant, comme un potier, un tourbillon effrayant qui aspire les cachalots et bateaux imprudents. Si l'on en croit Jules Verne, il a au moins englouti le Nautilus et son capitaine Nemo ! 
  

Le Vestfjord serait aussi hanté par le Draugen, marin sans sépulture aux traits cadavéreux qui, par jalousie mesquine, vous emporte avec lui dans les bas-fonds.

Sur leurs pilotis entrelacés, les rorbuer de Reine semblent posés sur des tranches de tour Eiffel.

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Des claies s’échelonnent, portées à bout de bras par une forêt de madriers. Loques et pendeloques de morues y sont pendues par milliers, bruissant gibet où ballottent les poissons, telle une immense lessive de gants de cuir. De là le nom anglais stockfish, « poissons sur bâtons ». Seul le climat d’ici autorise cette momification économique, à l’air libre, la salinité dissuadant mouches et mouchettes. En mai, les séchoirs sont chargés et, le 12 juin, on fait la collecte. Entre-temps, l’huile de fois de morue est extraite dans la petite ville de Àlesund , plus au sud, la peau tannée en un cuir élégant et inattendu. « Pengene vare lukter! » plaisantent les locaux : « Notre argent a de l’odeur » .

Dans quelques semaines, la nuit polaire va s’inverser dans le midnattsol, soleil de minuit scandinave. Mais dans la courte obscurité laissée noire par l’absence de lampadaire, les rubans pétillent encore comme un crémant aux bulles fines. Plus on scrute, plus disparaît la certitude de la couleur ; non plus le vert facile des cartes postales, mais des luminescences inexprimables : celles des aurores boréales !

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Une aurore boréale, due à l’interaction entre vent solaire et magnétisme du pôle.

Nordlys, dit-on ici : Lumière du Nord. Un petit côté chauvin, comme on affirmerait « Notre lumière à nous ». Ce nord là a sa fierté !

L’existence agitée de la Joconde

Le plus célèbre tableau de tous les temps est peint sur un panneau de bois de peuplier d’Italie et ne mesure guère que 0.40 m² (Hauteur 0.77 m – largeur 0.53 m – épaisseur 3.68 mm ) C’est le portrait d’une jeune femme pourtant vieille de six siècles, nommée LISA DEL GIOCONDO. 

La Joconde

Épouse de Messer ZANOBI DEL GIOCONDO, un obscur nobliau florentin, Madona LISA a 24 ans lorsque LEONARD DE VINCI la prend pour modèle. Il n’achèvera son œuvre que six ans plus tard après de nombreuses esquisses, quelques pauses et d’innombrables retouches.

D’une femme banale au visage régulier et aux mains potelées, le génie de Léonard parvint à créer un archétype de l’universelle beauté. La mortelle s’était transfigurée en une divine au sourire éternellement mystérieux. 

Amoureux de sa création, le peintre ne voulut pas se séparer de son chef d’oeuvre. Au mari venu prendre possession du portrait de sa femme il prétendit que le tableau n’était pas terminé. Lorsque, quelques années plus tard, mal considéré dans son pays (En Italie, il était accusé de viol sur de jeunes éphèbes.  Il est jugé pour sodomie en réunion à Florence et il est acquitté grâce à la présence d’une personne influente.) Léonard de Vinci quitta l’Italie pour la France où l’appelait François 1er. Il emporta ce tableau dans ses bagages ainsi que la «Sainte Anne» et le «Saint Jean Baptiste». Le souverain, aussitôt qu’il la vit, tomba amoureux de la Joconde et il sut convaincre le peintre de la lui céder contre une véritable fortune : 12 000 livres – C’est ainsi qu’en 1516, l’année d’après MARIGNAN, la Joconde fut naturalisée Française. 

Le Clos Lucé - Amboise -
LE CLOS LUCÉ – AMBOISE

Léonard de Vinci, mourut trois ans plus tard, le 2 mai 1519, dans une chambre du château de Clous (aujourd’hui le Clos Lucé), après avoir –  dit la légende – contemplé une dernière fois son chef d’œuvre qu’il avait réclamé à son chevet. 

La Joconde fut d’abord l’orgueil du «cabinet doré» de Fontainebleau avant de trôner à Versailles dans la petite galerie du roi. 

Après l’avoir confiée au garde-meubles de la place de la Concorde, la Révolution l’installa au Louvre. En 1870, elle fut cachée dans les souterrains de l’arsenal de Brest. En 1914, on la mit à l’abri à Bordeaux, puis à Toulouse. En 1939, elle fut dissimulée dans la cave du château d’Amboise, avant d’être envoyée dans des demeures anonymes du Lot et des Causses pour échapper à la convoitise de ce grand «collectionneur» qu’était le Maréchal Goering. 

Dans l’existence agitée de MONA LISA, on compte aussi un enlèvement, une blessure et deux grands voyages. 

Le 21 août 1911, le brigadier des gardiens du Louvre, l’honorable Poupardin, fit irruption chez Mr Bénédicte, conservateur des Antiquités Égyptiennes qui remplaçait le directeur du Musée, Mr Homolle, en vacances dans les Vosges. «Monsieur ! On a volé la Joconde !». 

Ce fut un scandale énorme qui prit vite un tour international. L’opinion publique accusait Guillaume II, l’Empereur d’Allemagne, d’avoir monté le coup. Ce fut un autre Guillaume qu’on arrêta : le poète Guillaume Apollinaire. Il avait, quelques années auparavant, employé comme secrétaire et homme à tout faire, un drôle de loustic nommé Géry-Pieret. L’amusement de celui-ci était de dérober des statuettes et des masques phéniciens dans la salle des antiques au Louvre. Il en faisait cadeau à des amis : il avait même vendu deux masques à Picasso pour 80 Francs, et donné une statuette à son maître. Bien que totalement étranger à cette affaire, Guillaume Apollinaire fut arrêté pour complicité de vol et passa dix jours en prison. Il fut d’ailleurs le seul homme arrêté en France pour le vol de la Joconde. 

MONA LISA resta introuvable pendant deux ans. Jusqu’au 11 décembre 1913 où un inconnu viendra la proposer au signore Geri, un antiquaire de Florence. Le vendeur de la Joconde était un ouvrier vitrier Italien  nommé Vincenzo Parugia qui, au cours des travaux de ravalement du Louvre, l’avait emportée sous son manteau. Pendant deux ans, il avait gardé la Joconde pour lui tout seul dans sa chambre misérable. Mais en décembre 1913, Vincenzo Perugia décide de se débarrasser du tableau.  L’antiquaire, aidé du directeur du musée des Offices, Giovani Pogi, examine et authentifie le tableau. Aussitôt, les deux hommes préviennent les autorités. Lors de son procès, Peruggia avance des arguments patriotiques : Il se sentait humilié de voir la Joconde si loin de son pays, alors il l’a emportée.  Il s’attendait en fait à être récompensé pour avoir rendu le chef-d’oeuvre de Vinci à l’Italie. Il eut droit à des menottes et à un 12 ans de prison, mais n’en fera que sept. 

Le retour de MONA LISA en France sera considéré comme le plus beau des cadeaux de Noël. Elle revint dans son pays avec les honneurs réservés aux souverains et retrouva sa place de première dame du Louvre.

En 1956, un cuisinier bolivien, probablement cinglé, projeta un caillou contre MONA LISA et lui écorcha le bras. Après avoir réparé les dégâts, on enferma le tableau à l’abri des attentats dans une cage en verre blindé.

En 1963, la France accepta d’envoyer aux États-Unis la plus prestigieuse de ses ambassadrices. Elle embarqua sur le France, accompagnée de ses gardes du corps, de ses médecins et des officiels qui avaient à leur tête André Malraux, le ministre des Beaux-Arts, celui-là même qui avait qualifié la Joconde de mortelle au regard du divin. Le commandant Croisille accueillit MONA LISA en gants blancs et la conduisit à la cabine M79 qui lui avait été réservée, au centre du bateau afin sans doute de lui épargner les atteintes du mal de mer…Le mardi 8 janvier à 22 heures, le président John Kennedy avait convié le Tout-Washington à venir admirer le célèbre tableau, la MONA LISA, gracieusement prêté aux États-Unis d’Amérique par le Gouvernement français de la Ve République. 

La Joconde, de Léonard de Vinci, exposée à Washington en 1963.  PHOTO : AFP
La Joconde, de Léonard de Vinci, exposée à Washington en 1963. PHOTO : AFP

En 1974, la Joconde, qui avait pris goût aux voyages, partit pour le Japon. Cette fois elle emprunta l’avion. L’Empire du Soleil Levant vivait, depuis l’annonce de cette visite, à l’heure MONA LISA. Son sourire était sur toutes les affiches, sur tous les tee-shirts, dans toutes les vitrines. 

Il est 14 h 27, ce 16 avril 1974, et la Joconde s’envoie en l’air. Pour la dernière fois, elle décolle du tarmac de l’aéroport d’Orly, à bord du vol AF 1626 entourée d’éminents responsables du Louvre, un personnel de bord très réduit, et dans la cabine de pilotage, le commandant Vignau et le chef pilote Henri Chappotteau. 

L’exposition à Tokyo ouvre le 20 avril, quatre jours plus tard. Pourtant, l’avion a failli ne pas partir. Pas à cause de la période de deuil en France, causée par la mort du président de la République Georges Pompidou, le 2 avril. Mais parce que le personnel naviguant est en grève. La Joconde finit cependant par décoller.  A Tokyo, le tableau est accueilli comme le chef d’État d’une grande puissance. Dès l’atterrissage, l’avion a été immédiatement cerné par des cars à l’aéroport d’Haneda. Il y avait une quantité énorme de policiers. De fin avril à début juin , la Joconde attire 1,5 millions de visiteurs au Muséum national de Tokyo. La foule était si dense qu’on dut limiter à neuf secondes le délai pendant lequel on était autorisé à contempler la superstar : le temps d’une rapide déclaration d’amour….Le temps d’un sourire. A la fin de l’expo, son retour à Paris est assuré par la Japan Airlines. 

C’était il y a presque 47 ans. La Joconde n’a pas perdu son sourire, et reste l’icône du plus grand musée du monde, à tel point que les millions de touristes des pays lointains ne pensent souvent même pas à aller voir d’autres chefs d’œuvre, regrette-t-on au Louvre. 

Il est vrai que ce tableau est particulier : La Joconde semble vous suivre du regard… Et si  on veut l’imaginer, hautaine, triste, ou joyeuse… Elle le sera ! Léonard de Vinci a réussi ce tour de force grâce à une technique qu’il a inventée : Le Sfumato ! 

Après deux mois de travaux de rénovation en 2019, le célèbre tableau de Léonard de Vinci, est de nouveau installé face au plus grand tableau du musée, les Noces de Cana de Véronèse. Le fond bleu nuit, sur lequel il a été déposé, met en valeur la vivacité des couleurs des œuvres du XVIe siècle vénitien qui l’entourent.  La Joconde est à présent visible derrière un verre plus transparent dont le fond sombre lui donne encore  plus de profondeur !

Stendhal, vérité, passion et quête de soi.

Stendhal (1783 - 1842)
Stendhal (1783 – 1842)

Stendhal, de son vrai nom Henri Beyle, est un des maîtres du roman du XIXe siècle. Dans son oeuvre, il se plaît à analyser finement les sentiments de ses personnages, mais aussi à décrire son époque.  Son obsession ?  La vérité. 

Né en 1783 il a grandi à Grenoble, marqué par la mort de sa mère à l’âge de 7 ans, il grandit sous l’autorité tyrannique de son père et d’un précepteur. Enfant au moment de la Révolution française, il reste très marqué par les événements. Un fossé se creuse entre son père et lui : il déclare ne pas croire en dieu et être républicain.  Il fait ses premiers pas d’autobiographe en commençant à rédiger son journal. Mais il n’utilise pas la première personne : il parle de lui comme d’un personnage qu’il connaît par coeur.   Il devient peu à peu Stendhal lorsque, à l’âge de 17 ans, il part faire la campagne d’Italie à Milan où il est nommé sous-lieutenant au sein du 6e régiment de Dragons. Ce voyage marque à jamais le jeune homme rêveur, épris de nature, de liberté, espérant rencontrer sur son chemin l’amour et la gloire. 

Milan (Italie)
Milan – Italie

Milan est  la porte d’entrée donnant sur un monde nouveau : celui de la vie d’adulte. «Cette ville devint pour moi le plus beau livre de la terre, où j’ai constamment désiré habiter». Les passions si fortes qui agitent les Italiens le fascinent immédiatement. Il est enthousiasmé par la puissance littéraire qui se dégage de leurs comportements. «L’amour et le crime» y sont portés à leur point de perfection, et l’Italie devient une source romanesque intarissable et irremplaçable : «Alors on vit des passions, et non pas l’habitude de la galanterie. Voilà la grande différence entre l’Italie et la France, voilà pourquoi l’Italie a vu naître les Raphaël, les Giorgion, les Titien». 

Pendant cette période, il écrit plusieurs oeuvres autour de l’Italie ainsi que «De l’amour». En 1821, parce qu’il est accusé de sympathie pour les carbonari – affection particulière ressentie dans la nouvelle «Vanina Vanini» – il est expulsé de Milan. 

De retour à Paris, presque ruiné après le décès de son père, il fréquente le milieu littéraire. De 1827 jusqu’en 1826, il a une relation avec Clémentine Curial, la fille de son amie la comtesse Beugnot. 

En 1827, il publie son premier roman «Armance», suivi en 1830 du «Rouge et le Noir», en partie influencé par la révolution de juillet 1830. Après celle-ci, il est nommé consul à Civitavecchia (Italie), mais il s’ennuie et part voyager.  Il découvre Bologne, Florence, Rome, Volterra, puis Naples. Un congé de 1836 à 1839 lui permet de rentrer à Paris. Après avoir achevé son dernier chef-d’œuvre romanesque (en cinquante deux jours) – La Chartreuse de Parme – en 1839, il commence à rédiger son roman – Lamiel – qui reste inachevé.

Stendhal meurt d’une apoplexie à l’âge de 59 ans, laissant son oeuvre autobiographique inachevée. Il avait été fait chevalier de la Légion d’Honneur par Guizot. 

Stendhal vit dans une époque qui se cherche un régime. En 60 ans de vie, il traverse la Révolution Française, le Premier Empire et la Restauration. L’histoire tient une grande place dans son oeuvre. Une personnalité le fascine : Napoléon Bonaparte. A partir de 1810, il participe à l’administration et aux guerres napoléoniennes, à partir de cette date, il est toujours dans le sillage de Napoléon et place beaucoup d’espoir dans l’Empire. La chute du régime en 1814 est pour lui une grande déception. Il déteste la restauration, qu’il juge vaine et médiocre. On retrouve Napoléon à travers les personnages de Stendhal, dont Julien Sorel héros passionné, ambitieux et calculateur,  dans «Le Rouge et le Noir». Il s’endort avec Le Mémorial de Sainte-Hélène (livre écrit par l’historien qui accompagnait Napoléon lors de son exil à Sainte-Hélène). Napoléon est son modèle d’énergie et d’arrivisme. Dans «La Chartreuse de Parme», sa pensée politique dévient plus subtile. Il décrit longuement la bataille de Waterloo. Ses espoirs sont déçus. Stendhal admire le chef militaire, mais rejette le despote. 

De son vivant, Stendhal ne connaît pas une grande célébrité. Il ne peut vivre de ses écrits et poursuit parallèlement une carrière politique. Pourtant, la critique lui reconnaît une qualité littéraire, notamment à la sortie du roman Le Rouge et le NoirMais sa peinture réaliste de la société dérange. Ses contemporains ne cessent de percevoir l’auteur comme aussi dangereux que son personnage, Julien Sorel. Mais un écrivain remarque très vite le génie de Stendhal : Balzac. 

Ce dernier salue avec enthousiasme la parution de La Chartreuse de Parme.

En 1840, il publie un long article à la gloire du roman et de son auteur, il écrit : Je trouve cette oeuvre extraordinaire. Mr Beyle a fait un livre où le sublime éclate de chapitre en chapitre.

Le confinement est une bonne raison de se replonger dans les classiques de la littérature : 

Les deux grands romans de Stendhal sont Le Rouge et Le Noir [1830] et La Chartreuse de Parme [1839]. On y retrouve deux personnages opposés. 

Julien Sorel, héros du Rouge et du Noir. Pour ce roman publié en 1830, Stendhal s’inspire d’un fait divers : L’affaire Berthet. Un jeune homme de condition modeste, engagé comme précepteur, devient l’amant de sa patronne. Renvoyé, il finit par tuer son ancienne maîtresse. Stendhal tient là son intrigue. À lui de donner de la consistance aux personnages. Julien Sorel a 19 ans et se sent très loin de la condition de son père, charpentier. Stendhal construit toute la personnalité de son héros autour du désir de s’en sortir socialement. D’abord en devenant l’amant de Mme de Rênal, puis, une fois chassé, en séduisant la fille du marquis de La Mole. Mais Julien n’est pas uniquement avide de réussite sociale. L’auteur s’attache à en faire un personnage ambigu : acharné dans sa quête de réussite sociale, il est à la fois arriviste et terriblement sensible. 

Fabrice del Dongo, héros de La Chartreuse de Parme, contrairement à Julien Sorel, Fabrice est bien né. Il ne recherche pas une réussite sociale, mais le bonheur. Fils de Marquis, on le suit tout au long du roman, de sa naissance à sa mort. La Chartreuse de Parme est donc un roman d’apprentissage. De déconvenues en déconvenues. Fabrice se retrouve en prison. Pour la première fois, il connaît l’amour avec Clélia Conti. Une fois encore, le sort s’acharne : cet amour est un échec. Pourtant, Fabrice sort grandi de toutes ces étapes franchies. Il veut épuiser tous les charmes de sa vie. Stendhal fait de Fabrice le personnage principal de son livre et le rend héroïque dans ses actes. Contrairement à JulienFabrice représente la vision optimiste du héros stendhalien. Pour lui, tout est prétexte au bonheur, même la prison. Il correspond à l’idéal masculin selon Stendhal. 

Leur point commun : ils refusent la médiocrité, surtout en amour. L’auteur analyse ce qu’il appelle la cristallisation amoureuse : l’esprit se nourrit de la réalité pour idéaliser l’être aimé. Là encore, décortiquer les états de la passion met au jour les motivations de chacun. Fabrice aime simplement par goût du bonheur. Alors que pour Julien, l’amour doit aussi servir socialement. 

Un narrateur pour donner une vue extérieure sur les héros. Stendhal refuse de livrer l’histoire uniquement du côté des personnages. Le narrateur s’immisce : il est observateur et témoin. De temps en temps, il se moque. Plus loin il s’interroge. Mais jamais il ne se montre supérieur. Ce regard narratif très construit opère toujours dans un souci de vérité, d’objectivité. Grâce à cette présence, le lecteur peut prendre du recul. Stendhal façonne ainsi une double approche des personnages. Pour toujours mieux les saisir. Waterloo : quel chambardement !  Et des décors somptueux nous emmènent  sur les bords du lac de Côme et l’Italie Chérie de Stendhal  ! 

Après avoir relu ces livres :  Je me suis demandé pourquoi notre époque avait oublié Stendhal ?  Retrouver cette plume magnifique fut un véritable bonheur, je les avais lus pendants les années lycée, et J’ai trouvé ces oeuvres encore plus belles…. Stendhal oppose quelque jeune homme pur et quelque homme d’esprit à ces monstres de besogne, de niaiserie, de cupidité, de sécheresse, d’hypocrisie ou d’envie, dont il a peint tant de fois les visages, les caractères et les actes. 

Pour Stendhal, ce que l’on connaît le mieux de la réalité est soi-même. Vivre c’est apprendre à découvrir son moi. Ce que Stendhal appelle «egotisme», correspond à cette quête de soi. Le beylisme est la stratégie utilisée pour y arriver. (Après la mort de Stendhal, le beylisme devient le culte de Stendhal lui-même). Pour Stendhal, il faut surtout se protéger de la société, qui brise les individus. Et si Henry  Beyle choisit d’écrire sous le pseudonyme de Stendhal, c’est justement pour se protéger. La société identifie une personne à son nom. Pour Stendhal, le «moi» est au delà. 

Tout romancier met un peu de lui dans ses livres mais c’est surtout la philosophie de Stendhal que l’on retrouve dans ses personnages, comme le besoin de se protéger de la société. Et finalement, Julien Sorel, dans le Rouge et le Noir. Et Fabrice del Dongo, dans la  Chartreuse de Parme, se retrouvent face à eux-mêmes en prison. Cette épreuve de l’isolement leur permet de se trouver, de se connaître. 

Dans les romans de Stendhal, il y a de l’action. Les longues descriptions à la manière de Balzac sont absentes. Dans Stendhal, ça galope ! Et puis, la dimension de recherche de soi-même est un thème qui touche chacun d’entre nous. 

Les Canaries ou l’éternel printemps..

Les Canaries
Les Canaries

Au large du Sahara, cet archipel déploie une invraisemblable palette de paysages, de massifs volcaniques, de villages pittoresques, composant l’un des plus beaux tableaux de la nature.

Paradoxales, les Canaries sont des îles à la fois sublimes et inquiétantes. La stupeur nous accapare dès l’approche de l’archipel Espagnol. Transperçant une mer cotonneuse de nuages, le cône parfait du Teide annonce la couleur, les merveilles qui nous attendent sont nées de furies volcaniques. Les mythes de l’antiquité racontent, eux, que ces «îles fortunées» furent modelées par des Atlandes très inspirés. Dans leur frénésie créative, les descendants de Poséidon auraient utilisé toutes les couleurs à leur disposition dans la nature pour concevoir les panoramas les plus exubérants. En effet, peu d’endroits sur la planète possèdent une telle concentration de sites exceptionnels. 

Moins portés sur ce genre de considération esthétiques, les conquistadors espagnols mirent tout le XVe siècle à prendre possession de ces sept îles dispersées à quelques 70 milles nautiques des côtes africaines. Ils les baptisèrent Canarias, non en référence au serin endogène d’un jaune flamboyant, mais à la race de chiens vifs et longilignes qui s’y était épanouie. Canis étant le mot latin pour désigner le meilleur ami de l’homme, ces «îles aux chiens» devinrent Canariae Insulae. Voilà aussi pourquoi deux dogues des Canaries figurent sur le drapeau de l’archipel. 

Toutes différentes, les unes sculptées par l’océan et les alizés, les autres par le souffle chaud du SaharaLes Canaries partagent néanmoins un atout essentiel que l’on apprécie d’emblée : un climat subtropical extraordinairement doux et régulier. S’il existe un pays du perpétuel printemps, c’est bien celui-là.

La partie la plus touristique de l’île de Tenerife est localisée au sud. On y trouve de grandes plages, les nombreux hôtels où loger et les principales attractions touristiques.  D’ailleurs nous constatons que les promoteurs et leur béton n’ont finalement touché qu’une toute petite partie de l’île. Et puisque la grande majorité des touristes s’y concentrent, il est d’autant plus facile pour nous de partir à la découverte du reste de l’île, où quelques joyaux remarquables nous attendent. 

Après avoir savouré un barraquito, le café au lait traditionnel, nous enfilons nos chaussures de marche pour s’attaquer au Teide

Le Teide (Canaries)
LE TEIDE

Impressionnés par le gigantisme de ce strato-volcan posé sur l’océan, les premiers navigateurs y voyaient le mythique Atlas soutenant la voûte céleste. Culminant à 3 718 m, son pic flamboyant émerge d’une immense caldeira aux contours chaotiques, que l’on visite aujourd’hui entre coulées de lave figées et cheminées de fées. inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, le parc national du Teide est le plus fréquenté d’Europe ! Mais Tenerife dévoile bien d’autres surprises au détour de ses routes de montagne aux lacets vertigineux. 

La moitié de son territoire est classée en zones protégées. Loin des foules de la côte sud, les parcs ruraux Anaga et Teno déclinent une gamme extravagante de paysages et comptent de nombreux sentiers de randonnée. Entre ces deux massifs primitifs, la partie nord de l’île est ponctuée de vieilles cités prestigieuses, telle La Orotava, Garrachico, et surtout La Laguna  dont l’architecture inspira celle de La Havane, à Cuba.

La Laguna aux Canaries
LA LAGUNA

Au nord-ouest de Tenerife, la coulée basaltique du Pico Viejo est à l’origine d’un dédale souterrain de 17 km. La Cueva del Viento est le plus long réseau de cavités volcaniques après celui d’HawaÏ. Cette curiosité géologique se visite à la lampe frontale sur 300 mètres.

La Cueva del Viento

Les Canaries sont à la flore mondiale ce que les Galapagos sont à la faune : un trésor inestimable. Elles comptent à elles seules plus d’espèces endémiques que tous les pays d’Europe réunis ! Désignée «réserve de biosphère » par l’Unesco, La Gomera illustre cette luxuriance

La Gomera (Canaries)
LA GOMERA

Dans l’ombre de sa grande voisine, Tenerife, cette petite île circulaire reste peu fréquentée. Il ne faut pourtant qu’une heure de ferry pour la rejoindre. Une traversée d’autant plus réjouissante qu’elle est l’occasion d’observer les baleines-pilote, les baleines à bosse et les dauphins qui séjournent là en permanence.  Les profondeurs océaniques des Canaries sont fréquentées par les globicéphales, les rorquals de Bryde,  et les cachalots. On y rencontre des colonies sédentaires et des animaux en migration. Il y a plus de 25 espèces de cétacés qui évoluent aux abords des Canaries et l’archipel est l’endroit en Europe ou on voit le plus facilement ces animaux.

On vient surtout à La Gomera pour se promener parmi ses arbres courbés sous le poids de la mousse. Sur ses hauteurs centrales hérissées de pics basaltiques, le parc national de Garajonay est un dôme de verdure perpétuellement nimbé de brumes épaisses. Cette humidité nourrit une forêt primaire de lauriers, bruyères géantes, genévriers et fougères. Une fois sortis du brouillard et de ses sortilèges, les nombreux sentiers de l’île nous proposent de dévaler les barrancos,  aménagés en terrasses. Ces étroites vallées plongent vers des rivages chargés d’histoire.

La Gomera fut, en effet, la dernière halte de Colomb avant sa découverte du Nouveau Monde. 

S’il est facile de se déplacer d’île en île en bateau, nous montons à bord d’un petit avion de la compagnie locale pour rejoindre rapidement Fuerteventura. À l’est de l’archipel, l’île de la «Bonne Aventure» doit son nom au gentilhomme normand Jean de Béthencourt qui entreprit la conquête des Canaries, mandé par le roi d’Espagne, en 1402. Son fief colonial, Betancuria, fait aujourd’hui figure d’oasis dans un environnement brûlant. 

BETANCURIA

Face aux murs aveuglants de la vieille église, le patio ombragé de la Casa Santa Maria est le cadre idéal pour faire une pause gourmande et en apprendre davantage. Fuerteventura est la plus vieille île de l’archipel. La plus aride aussi. Érodée depuis des millénaires, elle n’a plus de relief assez haut pour retenir les nuages et leur précieuse humidité. Ce squelette d’île, est poncée par les vents chauds qui y déposent le sable du Sahara tout proche. Sur la côte nord, le parc naturel de Corralejo est un véritable petit désert dont les vagues de dunes dorées ondulent à perte de vue.

le parc naturel de Corralejo 

Au total, Fuerteventura compte 150 km de plages. Un paradis pour les surfeurs ! Exposées à la houle ou protégées par des remparts naturels de roches, elles sont toutes plus photogéniques les unes que les autres.

Dans le parc naturel de Jandia, celle de Cofete, gardée seulement par quelques chèvres solitaires, est la plus longue : 15 km de sable immaculé. 

Salines del Carmen

Sur Fuerteventura, Les salines del Carmen produisent  une fleur de sel très riche en potassium. Ses propriétés résultent d’un captage original de l’écume de mer, projetée par les plus fortes vagues. Lieu de valeurs, ce site, dépourvu d’engins motorisés, se veut 100 % durable. 

L’environnement sec de Fuerteventura est propice à la culture de l’aloe vera. L’exploitation familiale et éco-responsable Verdeaurora, transforme cette plante aux facultés régénératrices en une multitude de produits cosmétiques, et même en jus à boire. 

La plus énigmatique des Canaries n’est qu’à quelques brasses des plages exubérantes de Fuerteventura. Mais sur Lanzarote, on marche sur la pointe des pieds car, ici, les volcans viennent de s’endormir. On en dénombre près de 300 sur l’île, dont une trentaine dans le parc national de Timanfaya. ▼

Le parc national de Timanfaya / Canaries
le parc national de Timanfaya.

Assoupies depuis 1824, ces «montagnes de feu» restent menaçantes. Leur visite est donc strictement encadrée. Aux abords du restaurant El Diablo, conçu par le peintre et architecte César Manrique, il suffit de mettre la main au sol pour sentir gargouiller les entrailles de la terre. Réparties sur Lanzarote et indissociables de son identité, les créations du génial Manrique se caractérisent par un souci de dialogue avec le paysage. Animé par l’ambition de préserver son île, tout en valorisant sa beauté, l’artiste local a façonné des sculptures, conçu des maisons et aménagé d’importants sites, comme le musée d’Art contemporain d’Arrecife, le monument au Paysan, le jardin de cactus, ou le belvédère Mirador del rio. ▼

le belvédère Mirador del rio.

Une oeuvre d’autant plus exceptionnelle qu’elle incita les autorités à maîtriser le développement touristique de l’île. La fondation installée dans la première demeure de Manrique est un passage obligé pour saisir son concept d’intégration de l’architecture à l’environnement.

On s’invite chez OMAR SHARIF 

Maison de Omar Sharif Lanzarote /Canaries

C’est en jouant au bridge que l’acteur égyptien aurait perdu la plus singulière maison de Lanzarote. Accrochée à la falaise, la villa LagOmar profite de cavités naturelles pour distribuer pièces, terrasses et piscines. Une réussite architecturale convertie en musée-bar-restaurant.

Tout autour, la campagne n’est que chaos : monticules de scories coupantes, failles béantes, crevasses incandescentes…..Enracinés dans cette apocalypse minérale, les habitants de Lanzarote sont des modèles de résilience. Leurs maisons blanches se dressent au milieu d’inextricables labyrinthes de lave noire. 

Leur ingéniosité a même rendu le sol fertile dans la vallée de La Geria. Abrités derrière des murets de pierre, figuiers et pieds de vigne verdoyants émergent, tel un mirage, d’un océan de cendres. Un ultime prodige auquel même les Atlandes n’avaient pas pensé !

Le climat y est toujours radieux.  Ces îles de l’éternel printemps offrent une température moyenne bien agréable de 20° !  On peut donc visiter les Canaries toute l’année, en évitant décembre et février si on veut éviter la foule et les prix élevés, mais aussi le plein été pour les mêmes raisons.

Les périodes les plus fastes, pour se rendre aux Canaries, sont le printemps et l’automne.

Les saveurs empoisonnées des théories du complot.

Les théories du complot continuent à se propager. JFK, Lady Di, Sida, Apollo, attentats du 11 Septembre, Extra-terrestres, COVID 19…etc. près de 8 Français sur 10 croient à au moins une théorie du complot, d’après une étude de l’IFOP pour la Fondation Jean Jaurès et l’observatoire Conspiracy Watch.

Comment être référencé sur les théories du complot ? – Etude Sémantique -  Clustaar SEO & Data - Agence SEO Data Driven - Paris

De quoi parle-t-on quand on parle de «complot» ?

Quand on cherche à nuire, il est plus facile et plus efficace de le faire en équipe et secrètement. C’est le principe du complot, nommé aussi «conspiration» (parfois, on dit que la conspiration implique plus de personnes, qu’elle est plus élaborée, mais toutes les définitions ne sont pas unanimes et, en français, les deux mots sont la plupart du temps présentés comme des synonymes, tandis que dans le monde anglo-saxon, seul le terme conspiracy a été conservé.)

On complote quand on a l’intention de nuire à une personne, un groupe de personnes, un pouvoir en place ou un pays entier, dans le but d’obtenir un avantage ou de tourner une situation en sa faveur. Pour pouvoir parler de «complot», il faut aussi que le projet soit tenu secret. Le nombre de participants peut varier, mais il faut obligatoirement plusieurs personnes pour fomenter un complot ; seul c’est impossible. Quant aux méthodes, elles sont variables : on peut manipuler des situations, falsifier des documents, avoir recours à l’assassinat ou à l’enlèvement. Un complot implique souvent la manipulation et le contrôle de l’information, ne serait-ce que pour maintenir le projet secret, mais parfois aussi pour influer sur l’opinion publique.

On trouve dans l’histoire un certain nombre de complots célèbres, comme celui de la dépêche d’Ems. En 1870, la France redoutait la puissance prussienne. Le trône d’Espagne était vacant, et le candidat le plus probable était un prince allemand. Les Français demandèrent diplomatiquement le retrait de ce candidat, ce qu’ils obtinrent. La situation semblait donc aller vers l’apaisement, mais Bismarck, chancelier de Prusse, et quelques uns de ses sbires, déformèrent légèrement la dépêche (provenant de la ville d’Ems) qui confirmait ce retrait. Le ton, plus sec, donna aux Français une impression de provocation de la part des Prussiens. L’intérêt de Bismarck était de créer un conflit, ce qui fonctionna parfaitement : La France déclara la guerre à la Prusse, et la perdit. Cette anecdote véridique est un bel exemple de complot réussi, par simple manipulation d’un document.

L’existence avérée d’anciens complots dont nous connaissons aujourd’hui les détails pousse de plus en plus de personnes à basculer dans l’irrationnel et la paranoïa, au point de croire à l’existence de «méga-complot». Cette théorie prétend qu’un groupe de personnes dirige le monde en secret, tire les ficelles et influence la société selon son gré ! Ce groupe est si puissant qu’il est, selon les tenants du méga-complot, à l’origine de nombreux événements n’ayant a priori rien à voir entre eux, tels que l’assassinat du président Kennedy, la mort d’Elvis Presley, la création de l’épidémie du sida et à présent celle du Covid 19.

Théorie du complot, quand tu nous tiens | L'actualité

Par conséquent, lorsque dans une situation aussi critique que celle causée par le COVID-19 les citoyens constatent que les informations et les données fournies par les institutions ne sont pas complètement fiables, voire nettement erronées, les complotistes ont du mal à imputer simplement cette défaillance à l’erreur ou à l’imperfection des outils disponibles. Si le nombre officiel de personnes infectées est inférieur à la réalité, ils soupçonnent que ce résultat est dû à la dissimulation des gouvernements et non à des difficultés compréhensibles face à une situation inattendue qui dépasse leurs capacités. Avec tous les moyens fournis par le Big Data, qui permettent le suivi simultané d’innombrables transactions dans le monde physique et virtuel, comment ne pas savoir, en temps réel, combien de personnes ont été infectées et combien sont décédées dans chaque pays ? Les croyants aux théories du complot arrivent à la conclusion que les autorités connaissent la vérité et ne veulent pas la dire. Pourquoi les scientifiques, dont on attend des réponses probantes et définitives, se contredisent-ils à plusieurs reprises ou se montrent-ils dubitatifs et hésitants dans leur discours sur le coronavirus destinés au grand public ? Si une part de l’audience ne comprend pas que les résultats de la science sont toujours une estimation et provisoires, qu’ils sont toujours susceptibles d’être réfutés et que la science progresse en se corrigeant elle-même, il est compréhensible que certains en arrivent à la conclusion qu’ils en savent plus qu’ils ne nous le disent et qu’ils cherchent à nous tromper.

Une fois que la suspicion s’est installée, la transparence ne peut plus rien clarifier, étant donné l’irréfutabilité des théories du complot. Parfois, elle peut même l’exacerber, car si le degré d’exposition augmente, la probabilité de nouvelles discordances, réelles ou imaginées, augmente aussi, ces dernières remettant encore plus en question l’honnêteté des personnes ou des réalités concernées. Mais même s’il n’y a pas de nouvelles brèches dans lesquelles le doute viendrait se glisser, il n’y a pas d’exposition suffisamment exhaustive qui puisse débouter complètement les théories du complot : les complotistes supposent que toutes les soi-disant coulisses qui sont montrées sont des mises en scène qui cachent toujours les véritables coulisses, qui restent hors de portée.

Les dirigeants nationaux-populistes, en revanche, bénéficient de la présomption d’innocence : ils représentent les intérêts du peuple et leurs intentions sont pures, de sorte qu’ils en méritent la confiance à condition que leur version de la réalité soit en conflit avec celle défendue par les autres, leurs « médias corrompus » et leurs « scientifiques vendus ».

Le méga-complot est donc une vision globale du complot, en ce sens que tout ce qui arrive peut être expliqué par une seule cause. La croyance dans ce type de complot se retrouve déjà durant la période de la Révolution française : certains groupes, comme les francs-maçons ou les juifs, ont très vite été accusés d’avoir renversé la monarchie pour déstabiliser le christianisme.

On entend aussi parler d’un «nouvel ordre mondial». Cette expression très vague est en général utilisée pour désigner la mise en œuvre d’un complot planétaire….qui évoque la possibilité d’un gouvernement mondial unique et l’établissement d’une liste de droits que tous les humains devraient posséder. Selon certains, le nouvel ordre mondial (souvent écrit par les complotistes avec des majuscules) existe depuis un certain temps car le petit groupe qui dirige le monde en secret a atteint son objectif ; selon d’autres, cela ne saurait tarder. En tous les cas, c’est dans cette grille de lecture univoque que l’on trouve le plus haut degré d’irrationalité.

Hormis le refus du hasard et des coïncidences, une autre caractéristique du discours conspirationniste consiste à refuser, ignorer ou feindre d’ignorer les témoignages, parfois très nombreux, qui ne vont pas dans le sens de sa théorie. Si vous n’êtes pas d’accord, soit vous êtes trop naïf, soit vous faites partie du complot. Dans tous les cas, pas moyen de débattre, le conspirationniste a réponse à tout.

Face aux différents discours conspirationnistes, on est tenté de penser que leur degré d’irrationnalité est assez élevé. Mais il serait plus juste de dire qu’il est variable. Quels sont les groupes le plus souvent soupçonnés d’être à l’origine d’un complot ou d’un méga-complot ? Le plus souvent, ce sont les services secrets tels que la CIA ou le Mossad, ce qui, a priori, ne paraît pas irrationnel, puisque le but de ces organisations est en effet d’agir secrètement. Mais la liste ne s’arrête pas là. Les Illuminati sont souvent associés aux francs-maçons. Pourtant, il y a entre ces deux groupes une différence de taille : le premier n’existe pas. Ou plutôt il a existé en Bavière entre 1776 et 1785. C’était un mouvement de tendance rationaliste qui soutenait des idéaux des Lumières (d’où son nom qui signifie «illuminés»). Certains pensent aussi que les Illuminati sont liés au satanisme. D’autres les associent à un groupe plus extravagant encore : les hommes-Lézards !!! Ainsi, des francs-maçons aux reptiliens en passant par les Illuminati, le glissement vers l’irrationnel n’est pas aussi improbable qu’on pourrait le penser. Ce qui relie les trois et qui facilite ce glissement, est l’ésotérisme, à savoir la croyance en un enseignement occulte réservé à un petit groupe d’initiés, à propos desquels on peut alors envisager toutes les spéculations possibles.

la croyance au méga-complot repose souvent sur l’idée que les comploteurs, pour mener à bien leurs projets, ont recours à la manipulation mentale. En effet, dissimuler aux yeux du monde entier un complot d’une si grande ampleur semble, de prime abord, irréaliste. Pour justifier le fait que la plupart des gens ne se rendent compte de rien, l’argument avancé par les adeptes du méga-complot consiste à affirmer que nos esprits sont manipulés à notre insu. Les complotises évoquent d’ailleurs souvent des messages secrets, diffusés dans les médias, les films, les clips vidéos, afin de nous influencer.

Les théoriciens du complot défendent parfois des thèses mutuellement contradictoires. Par exemple, croire que la princesse Diana a été assassinée mais, en parallèle, affirmer qu’elle a simulé sa propre mort. Cette caractéristique provient du besoin absolu des théoriciens du complot de s’opposer à la thèse officielle, au point de négliger la cohérence de leurs croyances.

Le discours complotiste est souvent manichéen (les forces du mal contre les forces du bien) et totalisant : quoi qu’il se passe, tout événement est intégrable dans la théorie du complot. Nous décelons des formes dans les nuages parce que notre esprit est ainsi fait : malgré lui, il cherche des schémas, et finit par en trouver. À l’inverse nous avons tendance à éprouver de l’anxiété quand les causes d’un évènement donné nous échappent. Difficile de dire si le monde est devenu trop complexe pour nous ou s’il l’a toujours été, mais la masse d’information à laquelle nous sommes constamment exposés renforce cette anxiété. L’explication systématique par une théorie du complot satisfait dans une certaine mesure notre quête de sens. On peut même avoir l’impression d’être plus malin que tout le monde, plus lucide, de ne pas se faire avoir. Il se peut aussi que certains évènements particulièrement atroces nous poussent au déni. Est-il possible, dans ces conditions, d’éviter de tomber dans le complotisme ? C’est difficile, mais on peut tenter de garder une certaine lucidité et il faut garder à l’esprit que démasquer un complot est une tâche de longue haleine, qui requiert l’expérience et les outils de nombreux historiens, sans compter le temps nécessaire pour que tous les documents soient rendus accessibles au public. Ce n’est pas un travail superficiel d’analyse d’images ou de vidéos, souvent truquées, qui nous permettra de savoir si on a affaire ou non à une conspiration.

On vous ment ! Vous êtes sûr ? Comment reconnaître une théorie du complot ?  – Eugène.com

Le risque de se laisser influencer par des croyances dangereuses au point d’y perdre la raison vient du besoin de trouver coûte que coûte un sens à sa vie. Si les autres nous transmettent une explication qui correspond à notre vision du monde ou qui nous dispense de la chercher par nous-mêmes, la facilité est de l’adopter. Mais ce qui fait la plus grande force des croyances irrationnelles, c’est qu’elles ont tendance à s’accorder avec nos attentes intuitives. Aussi intelligent, cultivé et critique soit-il, aucun être humain n’est à l’abri de croire à quelque ineptie, essentiellement parce qu’il est difficile d’accepter le hasard. Chercher le destin, la fatalité, la conspiration, le complot, l’intention, bonne ou mauvaise, derrière le hasard est un biais universel. «Jamais deux sans trois», «il n’y a pas de fumée sans feu», «qui rit vendredi, dimanche pleurera» etc…, sont autant d’expressions qui manifestent notre besoin de causalité et de sens.

Le plus frappant, ce n’est pas un évènement en soi ni même les thèses complotistes, mais c’est la façon dont tout cela fonctionne au quotidien, avec des millions de petites manipulations et de petits mensonges permanents et intraçables. les gens font confiance à des auteurs non qualifiés pour leur dispenser l’information. Ce qui est étonnant, en revanche, c’est que les médias ne font quasiment rien pour l’empêcher, et que ça ne choque personne ! Si en l’occurrence un type se fait cent mille dollars en créant un buzz bidon sur le Web, beaucoup auront tendance à penser : «Bien joué !» On est presque content pour lui. Et les grands médias, en toute connaissance de cause, auront participé !. Ce qui est effrayant, c’est la quantité de décisions importantes basées sur des informations incorrectes ou manipulées. Si une histoire se propage à propos de problèmes rencontrés par Apple, les actions d’Apple vont baisser parce que les gens vont la croire. Le monde bidon influence le monde réel. Et ça, c’est terrible.

Alors que des vérités simples sont à portée de main et que les faisceaux de preuves existent, les vérités alternatives farfelues séduisent les foules, et on voit se lever une foule de gens, les «conspirationnistes», pour déclarer que l’explication commune est mensongère. Ils en préfèrent une autre, «abracadabrantesque», à contresens du raisonnement général, laquelle malgré ses incohérences gagne de plus en plus d’adeptes.

Les théories du complot exercent chez les adultes le même attrait que les contes de fées chez les enfants. Ce sont des fables imaginatives riches en fantaisies. Elles distraient comme peut distraire un magicien dans un spectacle. Mais elles peuvent aussi conduire à des épilogues dramatiques. La fascination qu’exercent les théories du complot et le succès étonnant des vérités alternatives ont une explication. On pourrait les considérer comme de nouvelles formes de mythologies. Dans les société anciennes, les mythes venaient combler des vides. Les mythes offrent une explication à ce qui échappe à notre compréhension. Aujourd’hui l’excès de rationalisme des société modernes nous prive du recours au mythe mais conduit à la fabrication de mythologies contemporaines qui sont les théories du complot. Elles mettent en jeu les mêmes ressources : un imaginaire foisonnant et une crédulité naïve.

Au fond, ce qui est en notre pouvoir, ce n’est peut-être pas de faire qu’il y ait moins de gens qui croient en des choses bizarres ou folles, mais qu’il n’y en ait pas plus puisqu’il est très rare que l’on puisse faire changer d’avis ceux qui sont déjà convaincus.

ALEXANDRE DUMAS, l’auteur de plus de 300 œuvres.

ALEXANDRE DUMAS, l'auteur de plus de 300 œuvres.

Un jeune ambitieux, Alexandre Dumas, dit Dumas père, naît à Villers-Cotterêts (Aisne) en 1802. Il est le fils d’un général qui commanda la cavalerie de Bonaparte en Égypte. Orphelin à 3 ans, il passe une enfance libre et peu studieuse.  N’ayant d’autres ressources que la modeste pension que touchait sa mère comme veuve de général, le jeune homme dut songer de bonne heure à se créer des moyens d’existence et il devient clerc chez un notaire de Villers-Cotterêts. – Je venais d’avoir 15 ans, raconte-t-il lui-même, lorsque ma mère entra un jour dans ma chambre, s’approchant de mon lit en pleurs et me dit : «Mon ami, je viens de vendre tout ce que nous avons, pour payer nos dettes» – Eh bien, ma mère ? – «Eh bien, mon pauvre enfant, nos dettes payées, il nous reste deux cent cinquante-trois francs» – De rente ? Ma mère sourit amèrement – «En tout !» – Alors, ma mère, je prendrai ce soir cinquante-trois francs et je partirai pour Paris – «Qu’y feras-tu, mon pauvre ami ?» – J’y verrai les amis de mon père : le duc de Bellune, qui est ministre de la guerre, Sébastiani, Jourdan…- Muni des cinquante-trois francs, Alexandre Dumas embrassa sa mère et se rendit à Paris. Il vit successivement Sébastiani, Jourdan, Bellune, anciens amis de son père ; mais il reçut un accueil indifférent. Il eut plus de chance auprès du général Foy, à qui il avait été recommandé par un électeur influent du département de l’Aisne. «Voyons, que ferons-nous, lui dit le général ?» – Tout ce que vous voudrez. – «Il faut d’abord que je sache en quoi vous êtes doué» – Oh ! à pas grand-chose.- «Voyons, que savez-vous ? un peu de mathématiques ?» – Non, général – «Vous avez fait du droit ?» – Non, général – «Vous avez sans doute quelques notions de géométrie ou de physique ?» – Non, général –  «Vous connaissez le latin ou le grec ?» – Très peu – «Vous vous entendez peut-être en comptabilité ?» – Pas le moins du monde – Et à chaque question, Alexandre Dumas, sentait la rougeur lui monter au visage ; – C’était la première fois qu’on le mettait ainsi face à face avec son ignorance –  «Donnez-moi votre adresse dit le général Foy, je réfléchirai à ce qu’on peut faire de vous».  Dumas écrivit son adresse. «Nous sommes sauvés, s’écria le général en frappant dans ses mains : vous avez une belle écriture».  Trois jours plus tard, Alexandre entrait dans les bureaux du duc d’Orléans, en qualité de simple expéditionnaire,  aux appointements de douze cents francs.  Dumas songea alors à refaire son éducation. Il passait une partie de ses nuits à apprendre les langues anciennes, ou à lire les principaux auteurs de la littérature française. Il suivit de près, en particulier, l’impulsion que l’école romantique donnait à la littérature contemporaine et il ne tarda pas à deviner ce qui, dans les théories nouvelles, pouvait frapper fortement les esprits. Après trois ans d’un travail ardu et opiniâtre, Dumas publiera un volume de Nouvelles (1826), puis quelques pièces de théâtre dont la plus célèbre fut Christine de Suède (1827). Cette pièce, chaudement recommandée par Charles Nodier, mais boudée par les sociétaires de la Comédie-française, fut soumise à la décision de Picard : «Avez-vous une fortune ? » – Pas l’ombre, monsieur – «Quels sont vos moyens d’existence ?» – Une place de douze cents francs – «Eh bien, mon ami, retournez à votre bureau»Ce jugement sommaire ne découragea pas le moins du monde Alexandre Dumas. Il démissionne de son poste auprès du Duc d’Orléans, participe à la révolution de 1830 puis à celle de 1848. Il se présente deux fois comme député dans l’Yonne et essuie deux échecs. Il rejoint alors en 1859 l’armée de Garibaldi en Italie, où il reste pendant quatre ans. Il entreprend de nombreux voyages, tantôt pour le plaisir, tantôt pour fuir le régime politique ou ses créanciers.

Alexandre Dumas père, ici avec Melle Merken

Sa vie devient alors un véritable roman : il multiplie les duels et les aventures amoureuses (il aura 12 enfants, tous de mères différentes), fréquente les cercles littéraires et fait la connaissance de Victor Hugo, chef de file du romantisme. 

Dumas écrit depuis 1825.  Il connaît son premier grand succès avec sa pièce La Noce et l’enterrement. Dès lors, il ne cesse d’écrire : plus de 300 ouvrages au total, dont des pièces de théâtre [Henri III et sa cour, Kean…], des romans [Les trois Mousquetaires, Le comte de Monte-Cristo, La Reine Margot…], des mémoires, des articles, des chroniques (avec Gérard de Nervalet même un dictionnaire de cuisine ! Il devient l’écrivain le plus populaire de l’époque romantique. Dumas gagne, grâce à ses écrits, une fortune considérable mais ne cesse de s’endetter. 

Dumas était un homme jovial et entouré. Il a essentiellement été critiqué par Eugène de Mirecourt, connu pour sa méchanceté. Dumas n’était d’ailleurs pas sa seule cible. Mirecourt avait dressé des charges très dures sur presque tous les auteurs de cette époque. De plus il ne faut pas oublier que Dumas était un quarteronpetit-fils d’une esclave noire. Cela lui valait déjà des inimitiés.

On s’étonnait qu’un nombre si prodigieux d’ouvrages ait pu sortir de la plume et du cerveau de cet homme. En 1847 il eut un procès à soutenir contre deux grands journaux parisien. Alexandre Dumas s’était engagé à leur fournir annuellement, plus de volumes que n’en pouvait écrire l’auteur le plus habile, et on découvrit qu’il avait des collaborateurs secrets et en particulier Auguste Maquet, qui a revendiqué, au moins pour moitié, la propriété des romans les plus populaires et des drames à grands spectacles qui en furent tirés. Alexandre Dumas, s’est défendu du reproche de s’être approprié l’oeuvre de ses collaborateurs, en justifiant qu’il employait ses élèves pour l’essentiel du travail, et qu’il corrigeait ensuite les ouvrages. Quant aux nombreuses compilations et même aux plagiats dont on l’accusait, il se justifia en disant – «L’homme de génie ne vole pas, mais conquiert»– et citait l’exemple de Molière et Shakespeare. 

Alexandre Dumas n’a certes pas le style flamboyant d’un Victor Hugo, mais il possède une verve extraordinaire qui explique sans doute l’immense popularité qui a perduré depuis. Il est en effet l’un des auteurs les plus adaptés au cinéma, au théâtre et à la télévision. 

En 1844, Alexandre Dumas était à l’apogée de sa gloire. Rompant avec le succès des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo (tous deux publiés dans des romans en série), il cherchait un endroit où il pourrait échapper à l’agitation de la ville et trouver le calme dont il avait besoin pour produire de nouveaux manuscrits pour ses éditeurs.

Dumas vivait alors à Saint-Germain-en-Laye. Épris par ce tronçon de la Seine, il a choisi un terrain sur les pentes de Port-Marly, à 20 km à l’ouest de Paris,  comme endroit idéal pour construire sa nouvelle maison. Il a engagé Hippolyte Durand, un architecte de renom de l’époque, pour réaliser son rêve. Le rêve consistait en un château de la renaissance situé tout près d’un château gothique en miniature, doté de son propre petit fossé. Les jardins devaient être aménagés à l’anglaise, avec des grottes, des roches ornementales et des cascades….Dumas donna des instructions et le domaine fut créé selon ses souhaits. 

Quand un architecte informa Alexandre Dumas qu’il en coûterait plusieurs centaines de milliers de francs pour créer le domaine élaboré à l’anglaise qu’il envisageait, le célèbre écrivain Français aurait répondu : «Je l’espère bien !»  

Le 25 juillet 1847, amis, admirateurs et curieux se pressèrent pour sa pendaison de crémaillère…Il a baptisé son grand domaine le château de Monte-Cristo, et sa visite commence par une promenade le long d’un sentier boisé et à travers des grottes artificielles évoquant les grottes exotiques de l’île que son héros Edmond Dantès explore à la recherche de trésors cachés dans le château roman homonyme.

L’endroit isolé de la propriété donne l’impression que l’on se plonge dans les récits dramatiques et romantiques de Dumas.

Château de Monte-Cristo ; l'imagination créative d'Alexandre Dumas.
Château de Monte-Cristo ; l’imagination créative d’Alexandre Dumas.

Le Château de Monte-Cristo est un délice, avec des façades sculptées de tous les côtés. L’histoire, la personnalité et l’inspiration littéraire de Dumas sont visibles partout où l’on se dirige, des fleurs aux anges, en passant par les instruments de musique, aux armes héraldiques et aux bêtes étranges. L’écrivain avait placé des portraits de dramaturges historiques au-dessus de chaque fenêtre du rez-de-chaussée, mais Dumas lui-même occupe une place prépondérante, qui vous accueille toujours par le haut de l’entrée. Le blason de la famille est gravé sur le fronton, ainsi que la devise personnelle de Dumas : «J’aime ceux qui m’aiment». Enfin, les pinacles des deux tourelles du château portent le monogramme de l’écrivain. 

Au premier étage se trouve l’un des points forts du château : un salon de style mauresque authentique.▼

Le château néogothique, appelé par Dumas château d’If est son cabinet de travail. Il le fit construire en face du château, et en a fait son cabinet de travail ! Dumas s’y enferme durant de longues heures pour écrire en paix.

Ce charmant castel entouré d’eau présente des particularités architecturales hors du commun. Dumas y imprime définitivement son âme : De nombreux titres d’oeuvres de l’écrivain figurent en effet sur les façades aux côtés des représentations sculptées dans la pierre de quelques héros tels qu’Edmond Dantès ou le Moine Gorenflot.

On peut y lire : «Laissez-les me jeter la pierre. Les tas de pierre c’est le commencement du piédestal». 

Le parc entoure le château d’une étreinte verte, un cadre gracieux. Dumas souhaitait un jardin à l’anglaise planté des plus beaux arbres : «mélèzes, sapins, chênes, bouleaux, charmes, tilleuls…». Les caractéristiques naturelles de la région, combinées à ses nombreuses sources, étaient les ingrédients parfaits pour l’atmosphère romantique idéalisée qu’il recherchait et le résultat est magnifiquement mis en scène. Des fontaines, des rocailles et des cascades ont complété l’effet. 

Monte-Cristo est du pur Alexandre Dumas, un véritable reflet de son imagination créatrice. C’est particulièrement vrai pour le parc, où la générosité d’esprit et les extravagances de Dumas captivent à présent comme il le faisait de son vivant. 

Dumas aimait recevoir à Monte-Cristo. Il a tenu la cour, a diverti ses conquêtes féminines et a organisé de fabuleuses fêtes, servant des plats culinaires de son cru. Sa porte était ouverte à tout le monde, y compris à ceux qui vivaient à ses frais, profitant de son hospitalité légendaire et de sa franchise. 

La maison de Dumas était également remplie d’animaux domestiques. Chiens et chats parcouraient les lieux, mais la ménagerie comprenait des perroquets, des singes et même un vautour…La vie n’était jamais ennuyeuse chez Dumas. Cela ne pouvait pas durer éternellement, pas même pour Dumas. En 1848, poursuivi par ses nombreux créanciers, Dumas décida de vendre sa propriété ainsi que tous ses meubles et objets de décoration. Le 22 mars 1849, Alexandre Dumas la vendit pour la modique somme de 31 000 francs-or, bien que la propriété lui ait coûté des centaines de milliers de francs-or. Toujours attaché à son domicile, Dumas put rester à Monte-Cristo avec le consentement de l’acheteur, jusqu’en 1851. Il passe la fin de sa vie à la charge de son fils, Alexandre Dumas fils à Puys, près de Dieppe. En arrivant, il a ces mots lucides : «je viens mourir chez toi». On l’installe dans la plus belle chambre de la maison, où il meurt d’un accident vasculaire le 5 décembre 1870. Il a 68 ans, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne s’est jamais épargné. Notamment pour ce qui est du vin et de la gastronomie. D’ailleurs, à la fin de sa vie, il est justement en train d’écrire un Grand dictionnaire de cuisine, qui restera inachevé.   Il sera enterré à Villers-Cotterêts, sa ville natale. Mais le 30 novembre 2002, malgré les protestations des habitants, sa dépouille est transférée au PANTHÉON à Paris. Son cercueil, porté par quatre mousquetaires, est frappé de la célèbre devise «Tous pour un, un pour tous !» Que l’on prononce souvent à l’envers. La veille de sa mort, Alexandre Fils avait trouvé son père le visage fermé. «À quoi songes-tu, papa ?», «Alexandre, crois-tu qu’il restera quelque chose de moi ?», «Ça, papa, je te le jure !». 

En 1969, le château de Monte-Cristo, qui commence à se délabrer est menacé de destruction au profit d’un vaste projet immobilier. Un combat est alors mené de front par les trois villes de Marly-le-Roi, Port Marly et le Pecq qui se réunissent et créent un Syndicat intercommunal ainsi qu’une association, la Société des amis d’Alexandre Dumas. Ils sauvent pas conséquent le château de la destruction. Depuis le site a été classé monument historique, le château de Monte-Cristo et le château d’If ont été restaurés (façades, toitures, escaliers, décorations intérieures, création d’une bibliothèque) À ces travaux d’envergure, se sont ajoutées la restauration de la réalisation du parc ainsi que la mise en place de structures d’accueil. Le salon mauresque a été entièrement restauré par des artisans marocains grâce au mécénat du roi Hassan II du Maroc.

Il ne manque au domaine actuel, pour être conforme à l’original, que l’espace occupé par les écuries. 

Le Syndicat intercommunal et la société des amis de Dumas, travaillent main dans la main pour assurer son rayonnement et ont a cœur de sauvegarder le patrimoine architectural hors du commun qu’Alexandre Dumas nous a laissé. ▼

Cézanne, le génie à l’état pur !

Longtemps incompris, ce grand pionnier de la modernité, né en 1839, n’a été reconnu qu’à la fin de sa vie. Solitaire et bourru, l’ami d’enfance de Zola n’était heureux qu’un pinceau à la main.

Cézanne, le génie à l'état pur.

Giverny, le 28 novembre 1894. Dans la salle à manger aux murs jaunes de la maison de Claude Monet, une joyeuse assemblée devise sur l’art et la politique en partageant un bon repas. Tous grands pionniers de la modernité, ils s’impatientent de la frilosité de l’époque : Rodin se bat pour imposer sa statue de BalzacClemenceau lutte contre l’extrême droite, Monet déconcerte avec sa dernière série sur la cathédrale de Rouen. Quant à Cézanne, il est le plus incompris de tous. 

La montagne Sainte-Victoire.
La montagne Sainte-Victoire peinte par Cézanne

Éternel refusé au Salon de Paris, le peintre vit l’essentiel du temps en reclus à Aix-en Provence. 

Devant la montagne Sainte Victoire, il entre en symbiose avec la nature, espérant en restituer l’âme sur sa toile. Ses oeuvres, traversées de lignes géométriques et d’épaisses couches de peinture, préfigurent déjà le cubisme et l’abstraction. Depuis des décennies, la critique d’art officielle l’étrille inlassablement, le qualifiant de «fou amoureux de la laideur», mais les collectionneurs commencent à reconnaître son génie et la nouvelle génération le vénère.

Pourtant, l’ermite d’Aix demeure une énigme. Que cherche ce type tout dépenaillé, la barbe en broussaille et le regard fiévreux, qui bat la campagne avec son chevalet ? *«Je veux me perdre dans la nature, repousser avec elle, comme elle, avoir les tons têtus des rocs, l’obstination rationnelle du monde, la fluidité de l’air, la chaleur du soleil»*. Comment peindre le parfum d’une pomme ? Comment capter l’essence de son sujet, que ce soit un paysage, un objet ou un être ? Il fallait certainement la ferveur obstinée d’un homme à la fois philosophe et mystique pour inventer une nouvelle façon de peindre. 

Au XXe siècle, Picasso ne s’y trompera pas en le qualifiant de «père de la peinture moderne». Au point qu’une rumeur prétend qu’il est en réalité un peintre célèbre qui se cache sous un pseudonyme pour pouvoir livrer une oeuvre audacieuse en toute liberté. Audacieux et libre, il l’est en effet. Mais il se cache, c’est de ses semblables, dont il supporte mal la présence.

Paul Cézanne n’aspire qu’à peindre. Mais, à force de solitude, l’artiste à fleur de peau est devenu bourru, impatient et impulsif…en gardant un goût prononcé pour les blagues et la provocation. Un mélange détonnant pour la bonne société du XIXe siècle. Quelques années plus tôt, exaspéré par l’extrême coquetterie d’Édouard Manet, il lui avait lancé : *«Je ne vous serre pas la main, je ne me suis pas lavé depuis huit jours!»*Monet a donc prévenu ses invités des possibles sautes d’humeur de son ami. Mais, en cette belle journée d’automne, ému aux larmes par l’affectueuse poignée de main de RodinCézanne est heureux. Il rit aux éclats des plaisanteries de Clemenceau, mange allègrement sa viande avec ses doigts et amuse avec son vigoureux accent provençal. Il accepte même les compliments. Quelques jours plus tard, il quitte pourtant brutalement Giverny,  saisi par un de ses accès de doute.

De retour dans le Midi, il se retranche à nouveau de tout, oubliant jusqu’à l’existence de sa femme Hortense et de son fils, Paul, qui vivent le plus souvent à Paris. Il répond à peine aux lettres de Renoir et Pissaro, les compagnons de toujours. De Zola, l’ami d’enfance, il n’a plus guère de nouvelles depuis leur brouille de 1886. Décidément, *«le temps n’amène de progrès que dans le travail, sinon c’est une décomposition constante»*. Alors, au travail ! 

Cabanon de Paul Cézanne à Bibémus.
Cabanon de Paul Cézanne à Bibémus.

Dans son modeste cabanon, niché dans les carrières de Bibémus, loin du confort que lui permet son récent héritage, il poursuit sa recherche de perfection : il peindra plus de quatre-vingts fois sa chère montagne Sainte-Victoire, déchirant et conspuant les toiles qu’il estime ratées. Et il est rarement satisfait : Il ne reste aujourd’hui qu’environ 300 tableaux du maître, tous accrochés dans les plus grands musées du monde. Il n’aura eu qu’un mince avant-goût de sa gloire posthume, mais il ne l’a jamais vraiment recherchée. Pas plus qu’il n’a cédé à la facilité. Et pourtant, sa vie aurait pu être parfaitement douillette s’il avait mis ses pas dans ceux de son père….Mais très tôt, le fils du banquier d’Aix a préféré la poésie d’un lever de soleil à la comptabilité. Très tôt, aussi, la découverte de l’amitié a bouleversé son existence. 

Né le 19 janvier 1839, Paul est le fils naturel d’un chapelier et d’une ouvrière qui ne se marieront que cinq ans plus tard. Aîné de deux soeurs, Marie et Rose, il assiste dans son enfance à l’enrichissement spectaculaire de son père. Louis-Auguste ouvre une banque avec un succès qui vaudra à la famille Cézanne beaucoup de mépris et de jalousies. Mais, à 12 ans, le solide Paul n’en souffre pas. Sportif et bon élève, il brille particulièrement en mathématiques et en latin, et pas du tout en dessin….

Un jour dans son nouveau collège, il prend la défense d’un orphelin de père un peu chétif et zozotant. Le lendemain, son protégé, un certain Émile Zola, lui apporte un panier de pommes pour le remercier. Les deux adolescents deviennent inséparables. Durant sept ans ensemble, ils déclament de la poésie, partent en balade de l’aube jusqu’au crépuscule et partagent leurs rêves : Émile sera écrivain, Paul sera peintre. Ils balayeront l’art académique et rien ne pourra les arrêter ! Cette période restera toujours pour Cézanne la plus solaire de sa vie, celle qu’il revivra à coups de pinceaux en reproduisant les paysages qu’il arpentait alors. Les pommes, symbole de cette amitié fondatrice, deviendront le sujet de prédilection de ses nombreuses natures mortes.

Cézanne, le génie à l'état pur.

En 1858, Émile part pour Paris et supplie son ami de le suivre. Paul hésite. La foule et la grisaille de la capitale ne l’attirent guère. Et puis il faudrait affronter son père qui accepte déjà mal qu’il suive des cours de dessin…Ce père autoritaire et triomphant vient d’acheter la superbe résidence Jas-de-Bouffan et laisse Paul y installer son premier atelier, tout en exigeant qu’il fasse des études de droit. L’apprenti peintre obtempère, incapable de tenir tête à son père. Déprimé, il abandonne tout en 1860 pour rejoindre Émile à Paris. Mais son échec au concours d’entrée aux Beaux-Arts le convainc qu’il n’a aucun talent et il retourne à Aix pour travailler dans la banque paternelle. Durant un an, il peint les murs du salon du Jas-de-Bouffan, mais l’appel de la peinture est trop fort. Il repart à Paris avec une misérable pension de son père qui désavouera toujours sa vocation. 

Durant dix ans, il approfondit sa formation et cherche son style : il copie d’abord des oeuvres du Louvres, puis s’essaye à des sujets romantiques teintés d’érotisme ou franchement sanglants. Il s’exerce grâce aux modèles de l’académie Charles Suisse, où il noue de solides amitiés avec Camille PissaroAuguste RenoirClaude Monet et Alfred Sisley. Avec eux il déclenchera un scandale en 1874 en exposant pour la première fois des oeuvres impressionnistes. Peu à peu, Cézanne s’affranchit des écoles et aspire à une vision épurée qu’il explore surtout lors de ses nombreux retours en Provence. 

Ses premières toiles vraiment personnelles ne se vendent pas. Méprisé par les artistes installés, pas toujours compris de ses amis, il doit surtout affronter le regard dubitatif d’Émile qui le considère de plus en plus comme un artiste «impuissant» et un génie «avorté». Les mots sont rudes. Mais, depuis quelques années, les deux amis s’éloignent insensiblement. Leur rivalité amoureuse pour la belle Gabrielle en est probablement le point de départ. D’abord éprise de Paul, elle a finalement cédé aux avances d’Émile, qu’elle épouse en 1870. Cézanne se consolera dans les bras d’un de ses modèles, Hortense Figuet, dont il aura un fils en 1872. Leur amour sera de courte durée, mais il ne l’abandonnera pas, même s’il cache sa famille à son père pendant des années ! Hortense restera néanmoins son modèle préféré. La quarantaine de portraits qu’il a fait d’elle sont autant de chefs-d’oeuvre. 

Atelier de Paul Cézanne
Atelier de Paul Cézanne

L‘année de son mariage est aussi celle de deux autres événements majeurs : son père meurt, lui laissant un bel héritage qui le sort enfin de la pauvreté. Il partage sa fortune avec sa femme et son fils et équipe son atelier sans compter : ce sera son seul luxe. L’autre événement qui l’éloigne plus encore de Zola est la publication de l’Oeuvre, un roman sur un peintre raté qui s’inspire de Cézanne. Zola ne comprend vraiment rien au génie de son ami. Ils s’écriront encore, mais ne se reverront pas jusqu’à la mort de l’auteur des Rougon-Macquart en 1902. 

Dans les années 1890, Ambroise Vollard devient le marchand de Cézanne et sera le premier à exposer ses oeuvres. À Paris, sa côte monte peu à peu tandis qu’il s’isole à Aix. Il fait construire son atelier des Lauves en 1901 et poursuit son ascension esthétique de la montagne Sainte-Victoire. Le sommet qu’il atteindra sera sa victoire sainte, celle de peindre l’indicible : *«Toute la volonté du peintre doit être de silence. Il doit faire taire en lui toutes les voix des préjugés, oublier, faire silence, être un écho parfait. Alors sur sa plaque sensible, tout le paysage s’inscrira»*. 

Il meurt le 15 octobre 1906, à 67 ans, d’une pneumonie attrapée en peignant sa montagne durant des heures, malgré le froid et la pluie. Alité, il continuait à se lever pour dessiner. Il est mort comme il a vécu : un pinceau à la main. 

*Les citations sont extraites de sa correspondance et de la biographie que lui a consacrée Bernard Fauconnier, Cézanne (éd.Folio).