Edmond Rostand – 1868/1918

Comment imaginer aujourd’hui l’adulation que les Français vouaient à Edmond ROSTAND ? Toute une génération assoiffée d’héroïsme se reconnaissant en lui et en ses personnages.

CYRANO, bretteur redoutable mais aussi poète amoureux, au profil grotesque mais au cœur sublime

LE DUC DE REICHSTADT, fragile silhouette écrasée par l’ombre immense de l’épopée impériale

CHANTECLERC, coq superbe qui règne sur la basse cour, il croit que le soleil n’attend que son chant matinal pour apparaître chaque matin.

Ce sont là des héros aux qualités bien françaises : l’esprit, le panache, la générosité, la beauté du mot et du geste, le défi un peu ridicule, l’exploit désintéressé, la pointe, la bravoure et le trait. Et Dieu sait si l’esprit nationaliste français avait de l’importance au cours de cette période qui va de la débâcle honteuse de 1870 à l’espoir de revanche qui justifie la Grande Guerre de 1914 !

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Edmond Rostand

Edmond Rostand vit le jour à Marseille en 1868, un 1er avril, au sein d’une famille de négociants aisés et cultivés. C’est avec nonchalance qu’il accomplit des études brillantes avant de décider de se consacrer à la poésie.

Les débuts ne furent guère encourageants. Oublions charitablement LE GANT ROUGE, un vaudeville écrit à 20 ans en collaboration qui atteignit à peine quinze représentations, pour retenir plutôt un recueil de vers, LES MUSARDISES qui obtint un succès d’estime. En 1890, il épouse Rose, Étiennette (dite Rosemonde) Gérard, une poétesse de 19 ans qui passera à la postérité pour un distique fameux qu’un industriel de la bijouterie reproduira «à la chaîne» sur des montagnes de médailles.

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Car, vois-tu, chaque jour, je t’aime davantage, aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain

Ces vers sont repris depuis plus d’un siècle, gravés sur les médailles et autres bijoux que s’offrent les amoureux.

Deux fils naîtront qui connaitront des destinées fort différentes en 1891, Maurice et, en 1894, Jean.

Edmond ROSTAND continue de produire des pièces qui lui vaudront de compter au sein d’un milieu littéraire qui l’ignore, quelques solides amitiés. Si les DEUX PIERROTS sont refusés par la Comédie Française, LES ROMANESQUES, eux, seront joués (1894) il aura avec Sarah Bernhardt une liaison passionnée et, comme l’actrice dirige le théâtre de la Renaissance, elle montera et jouera ses deux pièces en vers LA PRINCESSE LOINTAINE (1894) et LA SAMARITAINE (1897). C’est alors, qu’en 1898, éclate le succès inattendu, énorme, incroyable de CYRANO DE BERGERAC, qui du jour du lendemain, fera de ROSTAND un héros national.

Deux ans plus tard, ce sera l’AIGLON. Un public subjugué fera un triomphe à Sara Bernhardt dans le rôle du jeune Duc de Reichstadt et à Lucien Guitry dans celui de Flambeau, le grognard. Il n’est pas d’honneurs trop grands pour EDMOND ROSTAND que l’Académie française accueille en 1901. A 33 ans, le voici siégeant parmi tant de vieille barbes.

Edmond Rostand vêtu de son habit d’Académicien en juin 1903. Rue des Archives/©Rue des Archives/PVDE

Hélas ! A la veille de la représentation de l’Aiglon, il avait contracté une pneumonie qui le condamnait à mener désormais l’existence précaire des tuberculeux. Son médecin lui recommanda CAMBO, une station des Pyrénées dont le climat était bon pour les poitrinaires. Il tomba amoureux du pays. Sur un plateau d’où la vue embrasse la chaîne des Pyrénées, il acheta un immense terrain où il entreprit d’élever le palais de ses rêves. Des nuées d’ouvriers commencèrent par créer en quelques mois un somptueux jardin à la française : des bassins crachaient une eau qu’il fallait faire venir de 20 kilomètres. Comme ROSTAND ne voulait pas de baliveaux, on arracha dans les forêts voisines des arbres de haute taille qui furent plantés selon les dessins du poète. En 1903, commencèrent les travaux de la maison : conçue comme un décor de théâtre, elle fut baptisée du nom d’un torrent de la région, «ARNAGA». Le luxe des installations rappelle le faste des palais orientaux : des colonnes de marbre, un escalier monumental à la rampe de fer forgé, un salon tapissé de laques de Coromandel. Madame ROSTAND se baignait dans une baignoire en argent massif. Un trentaine de domestiques s’activaient dans la maison, et, à l’extérieur, un bataillon de jardiniers régnait sur le parc et sur la basse-cour remplie d’animaux que le poète avait voulu tous blancs : blancs les pigeons, les poules, les paons, les chiens loups, blancs aussi les chevaux.

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la villa d’ARNAGA à CAMBO les Bains

Si vous êtes de passage à Cambo-les-Bains, une ville historique dans les Pyrénées atlantique, une visite de l’emblématique Maison Edmond Rostand s’impose. Un peu à l’écart de la ville, cette belle villa ne passe pas inaperçue avec son grand jardin de 15ha et son architecture qui a inspiré le style néo basque, devenu très populaire dans toute la France. Classé monument historique en 1995 et labélisée Musée de France, on peut visiter ce domaine et les 19 pièces de la maison.

Dans ce paradis vivaient le couple ROSTAND et leurs deux garçons. Le premier, chéri de sa maman, versifiait avec elle et faisait preuve d’un penchant homosexuel très marqué. Avec son ami Jean Cocteau, venu en visite, il faisait scandale dans le bourg. Une affaire de ballets bleus provoqua l’indignation générale. Edmond Rostand souffrait de la conduite de son fils. Aussi dissemblable que possible de son frère ainé, le jeune Jean Rostand voyait s’éveiller à «Aragna» sa vocation de biologiste. On lui avait installé dans le fond du jardin un laboratoire où il se livra à ses premières expériences de génétique.

Les Rostand avaient des amis brillants et raffinés que la personnalité du poète attirait. Un quatrain, sous le porche d’entrée d’«Arnaga», les accueillait :

Toi qui viens partager notre lumière blonde

Et t’asseoir au festin des horizons changeants

N’entre qu’avec ton cœur, n’apporte rien du monde

Et ne raconte pas ce que disent les gens

Edmond ROSTAND fréquentait les plus belles femmes, les plus intelligentes aussi et ses liaisons ne passaient pas inaperçues : Madame Simone (morte le 2/11/1985, âgée de 108 ans !) Anna de Noailles, Sarah Bernhardt, bien sûr. Le ménage s’effritait. Rosemonde, se consolait avec le falot Tiarko Richepin, le fils du poète. Enfin, le 7 juin 1910, ce fut la première de CHANTECLER que le public attendait depuis dix ans. Ce fut un demi-succès ou plutôt un demi-échec. Ces acteurs, vêtus en animaux de basse-cour, surprirent les spectateurs, et, bien vite, les ennuyèrent.

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CHANTECLER

La pièce comportait pourtant de bien beaux morceaux de bravoure. Notamment l’HYMNE AU SOLEIL déclamé par le coq :

Je t’adore, Soleil

Tu mets dans l’air des roses,

Des flammes dans la source, un dieu dans le buisson,

Tu prends un arbre obscur et tu l’apothéoses !

Ne seraient que ce qu’elles sont !

Affecté par l’accueil réservé a sa pièce, Edmond ROSTAND se retira à ARNAGA. Pendant la guerre, il ne vécut plus que dans l’attente de la Victoire. Au cour d’un voyage à Paris, il connut Mary Marquet qu’il ramena à Anarga le 28 juillet 1918. Ce fut sa dernière passion. Afin de pouvoir l’épouser, il songeait à demander le divorce. Il voulut être à Paris afin d’assister à la Victoire tant espérée. Il ne se doutait pas qu’il quittait Arnaga pour toujours. La veille du départ, sinistre présage, l’un de ses pigeons blancs s’abattit à ses pieds et y mourut. le 10 novembre, il était à Paris pour assister à la liesse immense qui salua l’armistice. Sa joie fut de bien courte durée : une semaine plus tard, il mourait, victime de la même épidémie de grippe espagnole qui tua un autre poète, Guillaume Apollinaire.

EDMOND ROSTAND, sentant venir sa fin, avait écrit : Je ne veux voir que la Victoire. Ne me demandez pas : «Après» ?. Après, je veux bien la nuit noire. Et le soleil sous les cyprès.

♦ Quelques années plus tard, le nom de ROSTAND sera de nouveau célèbre, non à cause de Maurice, poète frisé et bêlant, mais grâce à JEAN ROSTAND, remarquable savant et philosophe qui défendait dans ses écrits une morale fondée sur la croyance en la vérité et le progrès humain. On pourrait le définir comme un humaniste athée qui, toute sa vie, chercha à imposer une religion de l’homme.

Écoutez la voix de ce sage :

  • Etre le plus homme possible, développer en soi ce qui est le propre de l’homme et pour cela, être le moins bestial, le moins infantile, le moins névrosé.
  • Etre adulte, c’est être seul.
  • Je me sens très optimiste quant à l’avenir du pessimisme
  • Ô vérité, toi si belle quand il s’agit des choses, si laide quand il s’agit des hommes….
  • On tue un homme, on est un assassin. On tue des millions d’hommes, on est un conquérant. On les tue tous, on est un Dieu.

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