Dans les cascades du Haut-Giffre

Suivez-moi dans cette vallée de Haute-Savoie, au fil des histoires locales et d’une nature grandiose.

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À la question «Qui est la plus forte, l’eau ou la pierre ?», «La pierre», disent les enfants, «l’eau» répond le sage, car il sait que l’eau a pour elle la force, le mouvement de l’éternité. Cette devinette résume la vallée du Haut-Giffre. Parallèle à la vallée de l’Arve, l’industrieuse, et perpendiculaire à celle de Chamonix, la flamboyante, elle a des allures de paysage canadien, belle, sauvage, brutale et fière. Les sommets qui éperonnent le ciel culminent à 2 207 mètres pour le Criou, qui surplombe le village de Samoëns, et à près de 3 000 mètres pour le Tenneverge, à l’entrée du cirque du Fer-à-Cheval, à Sixt. Ici la roche est calcaire, l’érosion est forte, les avalanches de roches et de boue sont fréquentes. Il arrive que des drames endeuillent les hameaux, comme en 1602, lorsqu’une partie de la montage de Tête Noire s’effondra. Subsiste un oratoire en souvenir, une petite stèle de pierre grise qui, lors des éboulements successifs, a toujours été épargnée….Personne ne sait pourquoi.

Appartenant au royaume de Piémont-Sardaigne avant le rattachement de la Savoie à la France, en 1860, la vallée du Haut-Giffre fut jadis la possession des seigneurs du Faucigny. On y guerroyait, on y défrichait les forêts sous la conduite des moines pour ouvrir des pâtures, on chassait le loup et l’ours, le bouquetin et le chamois. Quand la disette menaçait, on ne rechignait pas non plus à faire un ragoût de marmottes. Il n’y a pas si longtemps, les anciens en mangeaient encore. La vie fut rude par ici, l’argent manquait, le travail aussi. Alors, on partait sur les chemins en direction des villes. On n’était jamais seul et on savait où aller. C’est que les hommes de cette vallée étaient reconnus pour savoir tailler la pierre, la choisir, l’appareiller avec goût, que ce soit pour un soubassement de grange où la flèche d’une cathédrale. Ces célèbres frahans, nom donné aux tailleurs de pierre issus de la vallée du Haut-Giffre, voyageaient dans toute l’Europe, allant de chantier en chantier, se réunissant entre eux, créant des sociétés de secours mutuel, parlant le mourmé, cette langue qui leur était propre et leur garantissait secret et mystère. Leur savoir n’est pas mort, il est juste endormi. Les travaux d’église, les oratoires, les chapelles….Leurs oeuvres se comptent par centaines du village de Mieusay à celui de Sixt.

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Samoëns

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À Samoëns, leurs empreintes sont visibles en maints endroits. En visitant ce très beau village et son jardin botanique, voulu par Marie-Louise Cognacq-Jaÿ en 1905, arrêtez-vous dans les vieilles rues du centre, regardez les encadrements de portes et de fenêtres, entrez dans l’église…Un travail magnifique où le temps passé était sans importance, seul le résultat comptait. Partout où la pierre résonnait juste et clair, il y avait des hommes pour la tailler. Jadis, il furent plusieurs centaines, il n’en reste que deux pour perpétuer la tradition.

Tout au long de cette vallée, la montagne vous accompagne, fière et bienveillante avec ceux qui savent la respecter. Nombreux sont ceux qui y ont perdu la vie pour l’avoir ignoré. À commencer par Jacques Balmat, le premier homme à avoir réussi l’ascension du mont-Blanc. À 72 ans, il est mort, un jour de 1834, sur le glacier de Ruan. Il aurait découvert un filon d’or au fond d’une crevasse et y aurait glissé. Il repose encore là-haut dans son linceul de glace.

À l’époque, beaucoup jouaient ainsi leur vie. Les chasseurs de chamois furent nombreux à trouver la mort en « dérochant » jusqu’au bas des parois, quand chamois et bouquetins réussissaient, eux, à s’échapper. Il faut aussi parler des cristalliers qui pouvaient faire fortune en un jour en découvrant un bloc de cristaux ou perdre la vie en un instant. Jadis, les cordes étaient en chanvre et, une fois mouillées et gelées, elles cassaient comme du verre. À force de drames et de deuils, on découvrit que, une fois tressée, l’ortie était plus solide parce que plus ligneuse.

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Le Giffre traverse le village de Sixt-Fer-à-Cheval

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Une fois passé le village de Sixt et son abbaye classée, il faut poursuivre la route. Se diriger vers le cirque du Fer-à-Cheval, à la fois muraille protectrice et arène à ciel ouvert. Il n’y a qu’une route à suivre jusqu’au bout, au-delà c’est l’infranchissable, sauf pour les randonneurs expérimentés. Depuis le XIXe siècle, on vient y respirer l’air des cimes, écouter les cascades, faire quelques sommets. Aujourd’hui c’est une réserve naturelle avec une faune et une flore alpestres parfois uniques. En levant les yeux, on découvre la magnifique cathédrale de pierre du Tenneverge avec la Corne du chamois. Nous sommes ici dans une verticalité absolue, autant pour le corps que pour l’esprit. Même les plus téméraires ont des frissons d’humilité face à la toute-puissance de la pierre. Dans un tel lieu, il faut prendre son temps, s’extraire du quotidien, rêver ou méditer.

Au pied du Tenneverge, le hameau du Frénalay était jadis un village étape, où l’on s’arrêtait quelques semaines à la fin du printemps pour faire paître les animaux, avant de monter en estive ; on en redescendait à la fin de l’automne. En témoignent ces chaounes où dormaient le berger, sa cheminée ouverte pour recevoir le chaudron où l’on fromageait la tomme. Aujourd’hui, les estivants viennent y écouter des légendes d’ici transmises de génération en génération. Ce sont sans doute ces morceaux d’histoire qui viennent nourrir notre imaginaire. Dans ce massif calcaire, l’eau est partout. Elle jaillit des cascades, ruisselle à l’intérieur de la roche, alimente le Giffre naissant. En plein été, tente cascades mêlent leur chants en même temps. Leurs sources sont le plus souvent connues…sauf celle de la pleureuse. Personne ne sait d’où vient son eau, c’est un mystère géologique. Pour le lac de la Vogealle, c’est une autre originalité : une fois par an , il s’assèche, on ne sait pas pourquoi.

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Là ne se termine pas le voyage. Il faut aller encore plus loin. En poursuivant à pied ver le Fond de la Combe puis jusqu’au Bout du Monde, barrière naturelle qui ferme la vallée, on découvre une nature intacte et préservée, réserve naturelle oblige. Il n’y a aucune difficulté particulière. A droite l’immense massif chapeauté par les glaciers du Ruan et celui de Prazon. À gauche une muraille ombreuse où les bouquetins viennent chercher l’ombre l’été. Il faut du temps pour les repérer mais eux vous auront vus de suite. Ils sont là, sur une paroi verticale à vous faire frémir. Eux n’ont pas peur, leurs sabots tendres et mobiles leur donnent cette adresse impressionnante. Vous êtes ici au coeur d’une nature exceptionnelle. Regardez, observez, imprégnez-vous des arômes et des parfums : fleurs, foin, écorce, résine, eau de glace… En rentrant par le sentier de Giffrenant, vous traverserez un alpage jadis exploité par les chanoines de l’abbaye de Sixt. Leurs cellules sont encore visibles. Un lieu de contemplation et de ressourcement, avec, face à vous, la montagne qui vous invite à lever les yeux…vers elle ou vers le ciel.

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