Ernest Hemingway, l’aventurier de la vie.

Ernest Hemingway, l'aventurier de la vie.
Ernest Hemingway

Cinquante cinq ans après sa disparition, Ernest Hemingway, écrivain hors normes, suscite de par le monde une fascination intacte. Romancier hors pair, journaliste sur tous les front, chasseur et pêcheur passionné, boxeur, d’un tempérament hâbleur et paranoïaque, il est l’homme de plusieurs vies et de toutes les aventures de son siècle. 

Hemingway. Plus qu’un nom, une marque de fabrique. Un mythe. Une légende. Papa Hemingway pour les aficionados du personnage, Hem’ pour les intimes de l’oeuvre.

Géant de l’écriture, il défiait tous les dangers et plaçait le courage physique et moral au sommet de l’échelle de ses valeurs. Boxeur, chasseur, aficionado, correspondant de guerre et même agent secret, il a tiré de ces expériences extrêmes un style résolument contemporain qui allait révolutionner la littérature.  

Ernest Miller Hemingway est né à Oak (Illinois) aux États-Unis le 21 juillet 1899, dans un milieu bourgeois. En 1917, il délaisse les études universitaires pour devenir reporter au Kansas City Star. Exempté du service militaire en raison d’une vue déficiente, il réussit tout de même à prendre part à la Première Guerre Mondiale, comme il le souhaitait : il devient conducteur d’ambulance sur le front italien pour la Croix-Rouge. Mais il est grièvement blessé par un obus et témoin de la mort de plusieurs compagnons d’armes, expérience qui le marque à jamais. Il vit alors un amour malheureux, et les thèmes mêlés de l’amour et de la guerre se retrouveront dans plusieurs de ses oeuvres de fiction. 

A la fin de la guerre, Hemingway devient correspondant à Paris du Star de Toronto. C’est là qu’il commence sa carrière littéraire, encouragé par des écrivains américains expatriés comme Ezra Pound et Gertrude Stein.

La maison d’Ernest Hemingway en Floride.

À partir de 1927, il s’installe successivement à Key West (Floride), en Espagne et en Afrique. Pendant la guerre d’Espagne, il retourne dans ce pays comme correspondant de guerre, une fonction qu’il remplira de nouveau durant la Seconde Guerre mondiale ( il participe au débarquement  du 6 juin 1944 en Normandie) À la fin de la guerre, Hemingway s’installe près de la Havane, à Cuba, puis à Ketchum (Idaho). 

Hemingway est ce qu’on appelle un «personnage». La passion, l’excès, la féroce envie de se frotter à la mort ont scandé sa vie. Ambulancier sur le front Italien à «Libérateur du Ritz» à Paris en 1944, reporter de guerre ou boxeur, il est encore un amoureux des femmes et un passionné des chasses les plus dangereuses. Autant de facettes flamboyantes destinées à masquer l’angoisse et les failles de cette personnalité mystérieuse et complexe. 

Il fut avant tout un bourlingueur, un aventurier de l’impossible qui ne cherchait que ses propres limites, qu’il fût devant sa fidèle Corona – qu’il appelait son psychiatre – et sur laquelle il tapa la plupart de ses textes, ou qu’il provoquât un face-à-face avec un lion, une femme fatale ou quinze daïquiris doubles. Au-delà de ces images, voici un homme sincère et fidèle, droit comme un I et fort comme la mort. Hem’ n’aura vécu que pour trois choses, se plaisait-il à dire : «écrire, chasser et faire l’amour».  

Les femmes de sa vie : Elles furent quatre à convoler avec lui : Hadley Richardson (de 1921 à 1927), Pauline Pfeiffer (de 1927 à 1940), Martha Gellhorn (de 1940 à 1945), et enfin Mary Welsh (de 1946 à 1961). ▼

* Hadley Richardson – Pauline Pfeiffer – Martha Gellhorn – Mary Welsh *

L’auteur Naomi Wood nous emmène à Paris, Antibes, Key West et Cuba dans «Mrs Hemingway». A travers le point de vue fictif de ses quatre épouses, elle raconte comment il fallait aimer – et être aimé par – l’écrivain le plus célèbre de sa génération et comment Ernest Hemingway était aussi un gars «Tendre, sensible et parfois délicat».

Hemingway est l’un des plus grands auteurs de l’entre-deux-guerres. Elliptique, parfois laconique, débarrassé de tout lyrisme, son style est marqué par son expérience du journalisme et par une exigence d’exactitude et de réalisme. Il permet à cet auteur de camper avec force deux catégories de personnages :

La première est celle de la «lost generation», une génération d’hommes et de femmes à qui la Première Guerre Mondiale a fait perdre toute foi dans les valeurs morales, et qui vit avec un désintérêt désespéré tout ce qui ne concerne pas sa propre quête émotionnelle. «Lost generation» : Cette expression fut forgée par Gertrude Stein pour désigner dans les années vingt et trente, un groupe d’écrivains américains dont certains ont participé à la Première Guerre Mondiale en France, et d’autres, qui désenchantés par l’absence de valeurs régnant aux États-Unis après-guerre, ont rejoint Paris. Ces écrivains sont réunis, d’une part, par un même constat, celui de l’inadéquation du monde d’après-guerre et des valeurs dont ils ont hérité, et, d’autre part, par une même recherche, celle d’une force morale et d’un langage artistique qui puisse l’exprimer. Les plus illustres sont Ernest Hemingway, Dos Passos, Fitzgerald, Arichibald MacLeish, Malcolm Cowley. 

La seconde catégorie se compose d’aventuriers, de héros au caractère simple et aux émotions intenses, hommes engagés dans la guerre, boxeurs professionnels et toréadors. Hemingway décrit, en évitant l’élucidation psychologique, jugée fallacieuse, la lutte courageuse et dérisoire de ces personnages contre l’état des choses, et en particulier contre la seule réalité inéluctable, la mort. 

Ernest Hemingway

Parmi les premières oeuvres d’Hemingway, il faut citer les recueils de nouvelles telles que «Trois Histoires et Dix Poèmes» (1923), sa toute première publication, «De nos Jours» (1925), ensemble de nouvelles inspirées de sa jeunesse, ou encore «Hommes sans femmes» (1927). Un peu plus tard, le recueil «Le gagnant ne gagne rien» (1933) décrit la vie de nécessiteux en Europe. C’est toutefois un roman qui établit sa renommée : «Le soleil se lève aussi» (1926) raconte l’histoire d’Américains et de Britanniques vivant en France et en Espagne, qui appartiennent à la «Lost generation» d’après la Première Guerre mondiale. 

En 1929, Hemingway publie son deuxième grand roman, «l’Adieu aux armes», histoire d’amour sur fond de Première Guerre Mondiale qui s’achève sur la mort en couches de la femme aimée et souligne l’absurdité de la destinée humaine. «Mort dans l’après-midi» (1932), recueil de nouvelles sur la tauromachie, et les «Vertes Collines d’Afrique» (1935), ouvrage consacré à la chasse au gros gibier, l’une des passions de l’auteur. 

Élevé à l’école de Kipling, ami de Fitzgerald, de Joyce ou Dos Passos, Hemingway laisse une oeuvre immense, marquée par son goût du voyage, d’un « Ailleurs » où l’entraînent un autre lieu, une autre femme, un autre récit. 

S’il a commencé par explorer les thèmes du désespoir et de la défaite, c’est à partir de la fin des années trente qu’il porte un intérêt croissant aux problèmes sociaux. Son roman «En avoir ou pas» et son unique pièce de théâtre, «La Cinquième Colonne» (1938), condamnent avec véhémence les injustices économiques et politiques. Dans le roman «Pour qui sonne le glas» (1940), qui s’inspire de son expérience de la guerre d’Espagne, Hemingway montre que la disparition de la liberté dans un pays, quel qu’il soit, met la liberté en danger dans le monde entier. Ce roman reste son oeuvre la plus célèbre. 

Durant la décennie suivante, il écrit encore un roman, «Au-delà du fleuve et sous les arbres» (1950) et, en 1952, «Le vieil homme et la mer», roman puissant et héroïque qui met en scène le combat solitaire d’un vieux pêcheur pour ramener sa proie à terre, combat qui trouve sa justification en lui-même bien plus qu’en son résultat. Ce livre lui vaut le prix Pulitzer en 1953 et le prix Nobel de littérature en 1954. 

Le dernier texte publié de son vivant est un recueil d’oeuvres poétiques (1960). Ses autres écrits ont été publiés à titre posthume : c’est le cas de «Paris est une fête» (1964), un récit de ses années parisiennes.

Si vous avez la chance d’avoir vécu jeune homme à Paris, où que vous y alliez pour le reste de votre vie, cela ne vous quitte pas, car paris est une fête.

Ernest Hemingway.

Un oeuvre inachevée, «Le jardin d’Eden» a été publiée en 1986, mais de nombreux manuscrits restent encore à ce jours inédits.

Tous ses romans sont empreints de cette différence qu’a ainsi résumée son amie et confidente Marlène Dietrich : 

Ce qu’il y a de plus incroyable, concernant Ernest, c’est qu’il a trouvé le temps de faire les choses dont la plupart des hommes se contentent de rêver.

Marlène Dietrich.

Personnage excessif, bon vivant, buveur notoire, mais aussi sportif, pêcheur, chasseur, amateur de corrida et de femmes, Hem’ a mené une vie aventureuse, où il se plaisait à côtoyer la mort. Dépressif, il se suicide le 2 juillet 1961 au petit matin, à Ketchum, dans l’Idaho, et met un point final à son existence, de la même façon qu’il achevait un roman, celui de sa vie.

Maison d’Ernest Hemingway à Ketchum dans l’Idaho.

Derrière cet auteur à la vitalité débordante, au courage sans bornes et au style unique, derrière le mythe, il y avait avant tout un homme passionné et passionnant, n’ayant eu réellement pour objectif que la littérature.

 POUR ALLER PLUS LOIN :

  • Paris est une fête

Au cours de l’été 1957, Hemingway commença à travailler sur «les vignettes parisiennes», comme il appelait alors Paris est une fête. Il y travailla à Cuba et à Ketchum, et emporta même le manuscrit avec lui en Espagne pendant l’été 59, puis à Paris, à l’automne de cette même année.

Le livre qui resta inachevé, fut publié de manière posthume en 1964. Pendant les trois années, ou presque, qui s’écoulent entre la mort de l’auteur et la première publication, le manuscrit subit d’importants amendements de la main des éditeurs. Se trouve aujourd’hui restitué et présenté pour la première fois le texte manuscrit original tel qu’il était au moment de la mort de l’écrivain en 1961.

Ainsi, «Le poisson pilote et les riches», l’un des textes les plus personnels et intéressants, retrouve ici ces passages, supprimés par les premiers éditeurs, dans lesquels Hemingway assume la responsabilité d’une rupture amoureuse, exprime ses remords ou encore parle de «l’incroyable bonheur» qu’il connut avec Pauline, sa deuxième épouse. Quant à «Nada y pues nada», autre texte inédit et capital, écrit en trois jours en 1961, il est le reflet de l’état d’esprit de l’écrivain au moment de la rédaction, trois semaines seulement avant une tentative de suicide. Hemingway y déclare qu’il était né pour écrire, qu’il «avait écrit et qu’il écrirait encore»….

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