Les saveurs empoisonnées des théories du complot.

Les théories du complot continuent à se propager. JFK, Lady Di, Sida, Apollo, attentats du 11 Septembre, Extra-terrestres, COVID 19…etc. près de 8 Français sur 10 croient à au moins une théorie du complot, d’après une étude de l’IFOP pour la Fondation Jean Jaurès et l’observatoire Conspiracy Watch.

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De quoi parle-t-on quand on parle de «complot» ?

Quand on cherche à nuire, il est plus facile et plus efficace de le faire en équipe et secrètement. C’est le principe du complot, nommé aussi «conspiration» (parfois, on dit que la conspiration implique plus de personnes, qu’elle est plus élaborée, mais toutes les définitions ne sont pas unanimes et, en français, les deux mots sont la plupart du temps présentés comme des synonymes, tandis que dans le monde anglo-saxon, seul le terme conspiracy a été conservé.)

On complote quand on a l’intention de nuire à une personne, un groupe de personnes, un pouvoir en place ou un pays entier, dans le but d’obtenir un avantage ou de tourner une situation en sa faveur. Pour pouvoir parler de «complot», il faut aussi que le projet soit tenu secret. Le nombre de participants peut varier, mais il faut obligatoirement plusieurs personnes pour fomenter un complot ; seul c’est impossible. Quant aux méthodes, elles sont variables : on peut manipuler des situations, falsifier des documents, avoir recours à l’assassinat ou à l’enlèvement. Un complot implique souvent la manipulation et le contrôle de l’information, ne serait-ce que pour maintenir le projet secret, mais parfois aussi pour influer sur l’opinion publique.

On trouve dans l’histoire un certain nombre de complots célèbres, comme celui de la dépêche d’Ems. En 1870, la France redoutait la puissance prussienne. Le trône d’Espagne était vacant, et le candidat le plus probable était un prince allemand. Les Français demandèrent diplomatiquement le retrait de ce candidat, ce qu’ils obtinrent. La situation semblait donc aller vers l’apaisement, mais Bismarck, chancelier de Prusse, et quelques uns de ses sbires, déformèrent légèrement la dépêche (provenant de la ville d’Ems) qui confirmait ce retrait. Le ton, plus sec, donna aux Français une impression de provocation de la part des Prussiens. L’intérêt de Bismarck était de créer un conflit, ce qui fonctionna parfaitement : La France déclara la guerre à la Prusse, et la perdit. Cette anecdote véridique est un bel exemple de complot réussi, par simple manipulation d’un document.

L’existence avérée d’anciens complots dont nous connaissons aujourd’hui les détails pousse de plus en plus de personnes à basculer dans l’irrationnel et la paranoïa, au point de croire à l’existence de «méga-complot». Cette théorie prétend qu’un groupe de personnes dirige le monde en secret, tire les ficelles et influence la société selon son gré ! Ce groupe est si puissant qu’il est, selon les tenants du méga-complot, à l’origine de nombreux événements n’ayant a priori rien à voir entre eux, tels que l’assassinat du président Kennedy, la mort d’Elvis Presley, la création de l’épidémie du sida et à présent celle du Covid 19.

Théorie du complot, quand tu nous tiens | L'actualité

Par conséquent, lorsque dans une situation aussi critique que celle causée par le COVID-19 les citoyens constatent que les informations et les données fournies par les institutions ne sont pas complètement fiables, voire nettement erronées, les complotistes ont du mal à imputer simplement cette défaillance à l’erreur ou à l’imperfection des outils disponibles. Si le nombre officiel de personnes infectées est inférieur à la réalité, ils soupçonnent que ce résultat est dû à la dissimulation des gouvernements et non à des difficultés compréhensibles face à une situation inattendue qui dépasse leurs capacités. Avec tous les moyens fournis par le Big Data, qui permettent le suivi simultané d’innombrables transactions dans le monde physique et virtuel, comment ne pas savoir, en temps réel, combien de personnes ont été infectées et combien sont décédées dans chaque pays ? Les croyants aux théories du complot arrivent à la conclusion que les autorités connaissent la vérité et ne veulent pas la dire. Pourquoi les scientifiques, dont on attend des réponses probantes et définitives, se contredisent-ils à plusieurs reprises ou se montrent-ils dubitatifs et hésitants dans leur discours sur le coronavirus destinés au grand public ? Si une part de l’audience ne comprend pas que les résultats de la science sont toujours une estimation et provisoires, qu’ils sont toujours susceptibles d’être réfutés et que la science progresse en se corrigeant elle-même, il est compréhensible que certains en arrivent à la conclusion qu’ils en savent plus qu’ils ne nous le disent et qu’ils cherchent à nous tromper.

Une fois que la suspicion s’est installée, la transparence ne peut plus rien clarifier, étant donné l’irréfutabilité des théories du complot. Parfois, elle peut même l’exacerber, car si le degré d’exposition augmente, la probabilité de nouvelles discordances, réelles ou imaginées, augmente aussi, ces dernières remettant encore plus en question l’honnêteté des personnes ou des réalités concernées. Mais même s’il n’y a pas de nouvelles brèches dans lesquelles le doute viendrait se glisser, il n’y a pas d’exposition suffisamment exhaustive qui puisse débouter complètement les théories du complot : les complotistes supposent que toutes les soi-disant coulisses qui sont montrées sont des mises en scène qui cachent toujours les véritables coulisses, qui restent hors de portée.

Les dirigeants nationaux-populistes, en revanche, bénéficient de la présomption d’innocence : ils représentent les intérêts du peuple et leurs intentions sont pures, de sorte qu’ils en méritent la confiance à condition que leur version de la réalité soit en conflit avec celle défendue par les autres, leurs « médias corrompus » et leurs « scientifiques vendus ».

Le méga-complot est donc une vision globale du complot, en ce sens que tout ce qui arrive peut être expliqué par une seule cause. La croyance dans ce type de complot se retrouve déjà durant la période de la Révolution française : certains groupes, comme les francs-maçons ou les juifs, ont très vite été accusés d’avoir renversé la monarchie pour déstabiliser le christianisme.

On entend aussi parler d’un «nouvel ordre mondial». Cette expression très vague est en général utilisée pour désigner la mise en œuvre d’un complot planétaire….qui évoque la possibilité d’un gouvernement mondial unique et l’établissement d’une liste de droits que tous les humains devraient posséder. Selon certains, le nouvel ordre mondial (souvent écrit par les complotistes avec des majuscules) existe depuis un certain temps car le petit groupe qui dirige le monde en secret a atteint son objectif ; selon d’autres, cela ne saurait tarder. En tous les cas, c’est dans cette grille de lecture univoque que l’on trouve le plus haut degré d’irrationalité.

Hormis le refus du hasard et des coïncidences, une autre caractéristique du discours conspirationniste consiste à refuser, ignorer ou feindre d’ignorer les témoignages, parfois très nombreux, qui ne vont pas dans le sens de sa théorie. Si vous n’êtes pas d’accord, soit vous êtes trop naïf, soit vous faites partie du complot. Dans tous les cas, pas moyen de débattre, le conspirationniste a réponse à tout.

Face aux différents discours conspirationnistes, on est tenté de penser que leur degré d’irrationnalité est assez élevé. Mais il serait plus juste de dire qu’il est variable. Quels sont les groupes le plus souvent soupçonnés d’être à l’origine d’un complot ou d’un méga-complot ? Le plus souvent, ce sont les services secrets tels que la CIA ou le Mossad, ce qui, a priori, ne paraît pas irrationnel, puisque le but de ces organisations est en effet d’agir secrètement. Mais la liste ne s’arrête pas là. Les Illuminati sont souvent associés aux francs-maçons. Pourtant, il y a entre ces deux groupes une différence de taille : le premier n’existe pas. Ou plutôt il a existé en Bavière entre 1776 et 1785. C’était un mouvement de tendance rationaliste qui soutenait des idéaux des Lumières (d’où son nom qui signifie «illuminés»). Certains pensent aussi que les Illuminati sont liés au satanisme. D’autres les associent à un groupe plus extravagant encore : les hommes-Lézards !!! Ainsi, des francs-maçons aux reptiliens en passant par les Illuminati, le glissement vers l’irrationnel n’est pas aussi improbable qu’on pourrait le penser. Ce qui relie les trois et qui facilite ce glissement, est l’ésotérisme, à savoir la croyance en un enseignement occulte réservé à un petit groupe d’initiés, à propos desquels on peut alors envisager toutes les spéculations possibles.

la croyance au méga-complot repose souvent sur l’idée que les comploteurs, pour mener à bien leurs projets, ont recours à la manipulation mentale. En effet, dissimuler aux yeux du monde entier un complot d’une si grande ampleur semble, de prime abord, irréaliste. Pour justifier le fait que la plupart des gens ne se rendent compte de rien, l’argument avancé par les adeptes du méga-complot consiste à affirmer que nos esprits sont manipulés à notre insu. Les complotises évoquent d’ailleurs souvent des messages secrets, diffusés dans les médias, les films, les clips vidéos, afin de nous influencer.

Les théoriciens du complot défendent parfois des thèses mutuellement contradictoires. Par exemple, croire que la princesse Diana a été assassinée mais, en parallèle, affirmer qu’elle a simulé sa propre mort. Cette caractéristique provient du besoin absolu des théoriciens du complot de s’opposer à la thèse officielle, au point de négliger la cohérence de leurs croyances.

Le discours complotiste est souvent manichéen (les forces du mal contre les forces du bien) et totalisant : quoi qu’il se passe, tout événement est intégrable dans la théorie du complot. Nous décelons des formes dans les nuages parce que notre esprit est ainsi fait : malgré lui, il cherche des schémas, et finit par en trouver. À l’inverse nous avons tendance à éprouver de l’anxiété quand les causes d’un évènement donné nous échappent. Difficile de dire si le monde est devenu trop complexe pour nous ou s’il l’a toujours été, mais la masse d’information à laquelle nous sommes constamment exposés renforce cette anxiété. L’explication systématique par une théorie du complot satisfait dans une certaine mesure notre quête de sens. On peut même avoir l’impression d’être plus malin que tout le monde, plus lucide, de ne pas se faire avoir. Il se peut aussi que certains évènements particulièrement atroces nous poussent au déni. Est-il possible, dans ces conditions, d’éviter de tomber dans le complotisme ? C’est difficile, mais on peut tenter de garder une certaine lucidité et il faut garder à l’esprit que démasquer un complot est une tâche de longue haleine, qui requiert l’expérience et les outils de nombreux historiens, sans compter le temps nécessaire pour que tous les documents soient rendus accessibles au public. Ce n’est pas un travail superficiel d’analyse d’images ou de vidéos, souvent truquées, qui nous permettra de savoir si on a affaire ou non à une conspiration.

On vous ment ! Vous êtes sûr ? Comment reconnaître une théorie du complot ?  – Eugène.com

Le risque de se laisser influencer par des croyances dangereuses au point d’y perdre la raison vient du besoin de trouver coûte que coûte un sens à sa vie. Si les autres nous transmettent une explication qui correspond à notre vision du monde ou qui nous dispense de la chercher par nous-mêmes, la facilité est de l’adopter. Mais ce qui fait la plus grande force des croyances irrationnelles, c’est qu’elles ont tendance à s’accorder avec nos attentes intuitives. Aussi intelligent, cultivé et critique soit-il, aucun être humain n’est à l’abri de croire à quelque ineptie, essentiellement parce qu’il est difficile d’accepter le hasard. Chercher le destin, la fatalité, la conspiration, le complot, l’intention, bonne ou mauvaise, derrière le hasard est un biais universel. «Jamais deux sans trois», «il n’y a pas de fumée sans feu», «qui rit vendredi, dimanche pleurera» etc…, sont autant d’expressions qui manifestent notre besoin de causalité et de sens.

Le plus frappant, ce n’est pas un évènement en soi ni même les thèses complotistes, mais c’est la façon dont tout cela fonctionne au quotidien, avec des millions de petites manipulations et de petits mensonges permanents et intraçables. les gens font confiance à des auteurs non qualifiés pour leur dispenser l’information. Ce qui est étonnant, en revanche, c’est que les médias ne font quasiment rien pour l’empêcher, et que ça ne choque personne ! Si en l’occurrence un type se fait cent mille dollars en créant un buzz bidon sur le Web, beaucoup auront tendance à penser : «Bien joué !» On est presque content pour lui. Et les grands médias, en toute connaissance de cause, auront participé !. Ce qui est effrayant, c’est la quantité de décisions importantes basées sur des informations incorrectes ou manipulées. Si une histoire se propage à propos de problèmes rencontrés par Apple, les actions d’Apple vont baisser parce que les gens vont la croire. Le monde bidon influence le monde réel. Et ça, c’est terrible.

Alors que des vérités simples sont à portée de main et que les faisceaux de preuves existent, les vérités alternatives farfelues séduisent les foules, et on voit se lever une foule de gens, les «conspirationnistes», pour déclarer que l’explication commune est mensongère. Ils en préfèrent une autre, «abracadabrantesque», à contresens du raisonnement général, laquelle malgré ses incohérences gagne de plus en plus d’adeptes.

Les théories du complot exercent chez les adultes le même attrait que les contes de fées chez les enfants. Ce sont des fables imaginatives riches en fantaisies. Elles distraient comme peut distraire un magicien dans un spectacle. Mais elles peuvent aussi conduire à des épilogues dramatiques. La fascination qu’exercent les théories du complot et le succès étonnant des vérités alternatives ont une explication. On pourrait les considérer comme de nouvelles formes de mythologies. Dans les société anciennes, les mythes venaient combler des vides. Les mythes offrent une explication à ce qui échappe à notre compréhension. Aujourd’hui l’excès de rationalisme des société modernes nous prive du recours au mythe mais conduit à la fabrication de mythologies contemporaines qui sont les théories du complot. Elles mettent en jeu les mêmes ressources : un imaginaire foisonnant et une crédulité naïve.

Au fond, ce qui est en notre pouvoir, ce n’est peut-être pas de faire qu’il y ait moins de gens qui croient en des choses bizarres ou folles, mais qu’il n’y en ait pas plus puisqu’il est très rare que l’on puisse faire changer d’avis ceux qui sont déjà convaincus.

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