Lofoten, un archipel sauvage et majestueux !

Sous le cri des mouettes et des cormorans, une traversée des îles les plus légendaires de la Scandinavie nous attend : les Lofoten dans leur tenue d’été.

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Les îles LOFOTEN – NORVEGE

Quand le pied s’y pose après cinq heures de mer, la terre ferme chancelle. Sous la passerelle qui s’étire dans la lumière matinale, nos jambes flageolent accoutumées à contrer le roulis. Ces îles sont stables pourtant. Nous avons accosté à Svolvaer, chef lieu aux pontons sonores, aux maisons design, sur fond de monts saupoudrés de neige. Des maisons en uniforme, au garde-à-vous sur la rive : ce sont des rorbuer. Rorbuer est le pluriel de rorbu : «maisons de rameurs». Pendant huit siècles, ces chalets rouges logeaient pour quatre mois leurs vingt pêcheurs dans l’odorante promiscuité du goudron, des sueurs et des saumures. Loyers salés, tabagie lourde, chauffage aux gaz rampants, ces palaces douteux sont évincés par les bateaux d’après-guerre, assez gros pour accueillir les « rameurs ». Les rorbuer crasseux ont donc pourri, glissant planche à planche dans l’algue des baies…Jusqu’à ce retour en grâce en 1970 quant les touristes leur trouvent du cachet ! Trois coups de pinceau, et le rorbu s’offrait au routard. Aujourd’hui c’est un logement de charme.

Adossée à la rambarde blanche, notre blonde logeuse cherche dans sa poche, la clé de notre nid, la porte gémit.

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Un poêle en fonte vintage pétille. Du plancher qui grince, la femme enlève un bouchon de zinc de la taille d’une casserole : une trappe ouvre sur l’eau, clapotante et glaciale. « C’est pour pêcher ! » dit-elle en montrant ligne et hameçons sur la table de chevet : « Vous pourrez dîner sans sortir ! ». Je lui demande si ça mord parfois….? Avec une grimace espiègle, elle répond : « les mains tendres comme les vôtres ne prennent évidemment jamais rien ! »J’aime l’hospitalité rieuse des Lofoten.

Un contrée si déserte courrait à l’enlisement mental, mais les 25 000 âmes d’ici ont l’habitude de l’ailleurs : la pêche rameutait tout le Nord et, la pêche finie, on mariait précipitamment des filles aux ventres ronds, aux suaves jours de mai. Ainsi, les branches des arbres généalogiques caressent du nord au sud de la Norvège, les autres contrées scandinaves et l’Écosse, et – qui sait ? – peut-être Dieppe et Fécamp.

La route E10 alterne les rives : à tribord, la face océane et sa collante barbe à papa de brume ; à bâbord, la côté intérieure et solaire du Vestfjord. Là se perche le village de Kabelväg et son aquarium chantant le roi du cru, le skrei : morue d’élite.

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Séchoir à Morue

La morue fraye ici : 2 millions d’oeufs par femelle, dont 20 seulement deviendront poissons. Père et mère sont souvent victimes de la rude habilité des pêcheurs. Jadis, des lois alambiquées déterminaient le type d’hameçon et les horaires pour limiter les rixes entre pêcheurs à la ligne, à la traîne et au filet. Le XIXe siècle a tenté de simplifier, avant que le XXe siècle n’arrive avec ses gros chaluts.

Nous repartons, doublant l’île de Skrova, où l’on harponne encore des baleines. Plus loin, Henningsvaer : le village rue, où la rue est un cheval, tend sur l’eau ses deux façades de bicoques. Une Venise en bois. Passé Leknes, nous bifurquons à droite : l’Atlantique. Les plages blanches avalent les crachats de l’écume, mousse délicate qui monte au ciel comme une neige inversée. Au loin, on distingue parfois l’aileron noir et blanc des orques, croquant les bancs de harengs de leurs dents coniques.

Nous sommes attendus sur Gimsoya, l’île suivante. Notre hôtesse a déjà sellé nos chevaux islandais. Petits, noirs, simples.

C’est avec eux que les Vikings ont galopé sur le monde. Ceux-ci ont leur musée à Lofotr, dans cette longue maison de chef reconstituée où s’affairent les figurants en costume, cuisinant, sculptant et tissant selon les techniques perdues des rois de la mer.

Pour renouer avec un passé plus récent, nous regagnons Vestfjord. Une route mince serpente jusqu’au Nusfjord. conservatoire de la maison des Lofoten : le rouge des murs était obtenu en touillant huile de fois et sang de morue. Les toits de tourbe isolent de l’hiver et, aux beaux jours, se mettent à verdir. Autour, le vent chahute les touffes de lupins. Là-haut sur les montagnes, les derniers névés se fondent en cascades dans la sphaigne humide. L’eau reste pétrifiée par le froid qui rôde, un fauve chassé de son dîner attend que vous tourniez les talons.

À Moskenes, toutes les six heures, la marée pousse d’une côte à l’autre 350 000 m3 d’eau à la seconde. C’est le Maelström.

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Il est ponctuel mais modeste. Quand le vent s'en mêle, les vagues atteignent 15 mètres formant, comme un potier, un tourbillon effrayant qui aspire les cachalots et bateaux imprudents. Si l'on en croit Jules Verne, il a au moins englouti le Nautilus et son capitaine Nemo ! 
  

Le Vestfjord serait aussi hanté par le Draugen, marin sans sépulture aux traits cadavéreux qui, par jalousie mesquine, vous emporte avec lui dans les bas-fonds.

Sur leurs pilotis entrelacés, les rorbuer de Reine semblent posés sur des tranches de tour Eiffel.

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Des claies s’échelonnent, portées à bout de bras par une forêt de madriers. Loques et pendeloques de morues y sont pendues par milliers, bruissant gibet où ballottent les poissons, telle une immense lessive de gants de cuir. De là le nom anglais stockfish, « poissons sur bâtons ». Seul le climat d’ici autorise cette momification économique, à l’air libre, la salinité dissuadant mouches et mouchettes. En mai, les séchoirs sont chargés et, le 12 juin, on fait la collecte. Entre-temps, l’huile de fois de morue est extraite dans la petite ville de Àlesund , plus au sud, la peau tannée en un cuir élégant et inattendu. « Pengene vare lukter! » plaisantent les locaux : « Notre argent a de l’odeur » .

Dans quelques semaines, la nuit polaire va s’inverser dans le midnattsol, soleil de minuit scandinave. Mais dans la courte obscurité laissée noire par l’absence de lampadaire, les rubans pétillent encore comme un crémant aux bulles fines. Plus on scrute, plus disparaît la certitude de la couleur ; non plus le vert facile des cartes postales, mais des luminescences inexprimables : celles des aurores boréales !

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Une aurore boréale, due à l’interaction entre vent solaire et magnétisme du pôle.

Nordlys, dit-on ici : Lumière du Nord. Un petit côté chauvin, comme on affirmerait « Notre lumière à nous ». Ce nord là a sa fierté !

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