Brocéliande ou l’éternelle quête du Graal …

Forêt mythique, Brocéliande se place au cœur de la légende arthurienne, où monde réaliste et monde surnaturel se superposent, entre croyances populaires et foi chrétienne.

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De Gaston Bachelard – «La forêt est un état d’âme» – à Félix Bellamy – «il faut croire que les grandes forêts ont le don d’attirer les prodiges» – en passant par François-René de Chateaubriand – «Qui dira le sentiment qu’on éprouve en entrant dans ces forêts aussi vieilles que le monde, et qui seules donnent une idée de la création, telle qu’elle sortit des mains de Dieu» – La forêt a de tout temps exercé sur les hommes une grande fascination.

L’obscurité des sous-bois, fermant les portes du ciel aux malheureux qui s’y égarent, et la lumière rasante du soleil filtrant à travers les branches engendrent chez l’homme crainte et espoir de disparaître et de renaître. C’est le lieu où l’on vient perdre le petit poucet ; celui où le diable donne rendez-vous aux sorcières pour danser le sabbat au milieu d’une clairière. Angoissante, la forêt peut tout autant se révéler accueillante et protectrice. Ermites et moines viennent y chercher la paix de l’âme dans le silence propice à la méditation ; les druides y coupent le gui sacré, réputé pour ses vertus médicales, mais aussi pour chasser les mauvais esprits ; sorciers et marginaux s’y réfugient à l’écart de la civilisation qui les a rejetés.

BROCÉLIANDE, L’IMAGINAIRE FORÊT

La forêt de Brocéliande ne ressemble pourtant à aucune autre forêt. Peut-être parce qu’elle n’existe que dans notre imaginaire. Incarnation du merveilleux et de l’enchantement, elle vit à travers la légende arthurienne, mise en scène par une littérature intemporelle qui va de Geoffroy de Mommouth à Julien Gracq en passant par Chrétien de Troyes et les romantiques du XIXe siècle.

Située, d’après les textes, dans la forêt de Paimpont (Ille-et-Vilaine), au cœur de cette Bretagne où foi chrétienne et croyances populaires s’entremêlent, Brocéliande invite à un parcours initiatique sur les pas de Merlin l’enchanteur, de la fée Viviane et des chevaliers de la Table ronde dont l’obsession à trouver le Graal se construisait sur le terreau de l’âme humaine, entre le Bien et le Mal, le rêve et la réalité.

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La Symbolique de la Table Ronde :

Dans la légende arthurienne, la table où se réunissent les preux chevaliers est ronde, à la différence de celles utilisées à l’époque médiévale par les rois, qui est carrée, sur laquelle le monarque prend place au milieu, légèrement en hauteur pour montrer sa puissance, offrant les places d’honneur de part et d’autre de son siège. La forme circulaire se veut aussi à l’image du monde.

À la source de la légende …

L’histoire de la forêt de Brocéliande s’écrit au conditionnel tant sont nombreuses les incertitudes. Nous sommes au Ve siècle après J.C., en Bretagne, de l’autre côté de la Manche. Comme dans toute l’Europe, les barbares, ici Saxons, Scots ou Angles, disputent aux peuples plus ou moins romanisés le pouvoir de posséder terres et pouvoir. Parmi les plus valeureux de ces résistants se distingue un certain Artus, seigneur de Camelot, près de Londres, entouré de preux chevaliers réunis dans la confrérie de la Table Ronde. Leur but est de défendre coûte que coûte leurs possessions. D’épiques combats, alimentés par la tradition orale, se transforment aux siècles suivants en récits légendaires qui associent à leur résistance la conquête du Graal.

Engagé aux côtés de Guillaume le Conquérant dans la bataille d’Hastings (14/10/1066), Raoul II de Montfort, seigneur de Gaël, entend ces récits guerriers. De retour sur ses terres de Paimpont, le chevalier s’en fait largement l’écho dans les soirs de veillée, racontant à l’envi des récits embellis. Ces péripéties guerrières se diffusent bientôt d’un côté à l’autre de la Manche, jusqu’à inspirer la littérature médiévale. Le plus connu des ces « romanciers » est Chrétien de Troyes. Au XIIe siècle, ce clerc, en plaçant la légende arthurienne dans le cadre de la forêt de Brocéliande, offre aux lecteurs une double entrée, entre le monde réaliste (les chevaliers de la table ronde) et le monde surnaturel et immortel, peuplé d’enchanteurs et de fées.

Paimpont – Abbaye du VIIe siècle

Connu depuis les temps anciens pour ses forges qui utilisaient le minerai de fer, très présent dans son sous-sol, ainsi que pour son abbaye du VIIe siècle fondée par le roi Judicaël, le village de Paimpont ouvre la porte du rêve à qui veut entreprendre un voyage au cœur de la légende arthurienne. Dans cette ancienne terre sacrée des druides, plantée de hêtres, de châtaigniers et parsemée d’étangs et de rochers gréseux, les passionnés de légendes celtiques cherchent dans cette nature qu’on dirait inventée, tous les symboles à leur quête.

Au val sans retour, le mystérieux étang du Miroir aux fées, royaume de la fée Morgane, la demi-sœur du roi Arthur, invite à se baigner dans ses eaux pour accéder à un autre monde et y trouver la paix des temps premiers où l’homme vivait en harmonie avec la nature.

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Fontaine de Barenton

Le fol amour se découvre à la fontaine de Barenton, là même où Merlin et Viviane se rencontrèrent pour la première fois. Merlin, sage parmi les sages, conseiller du roi Arthur et initiateur de prodiges dont celui d’arracher l’épée Excalibur de sa gangue rocheuse et permettre ainsi à Arthur d’accéder au trône. Merlin, qui abandonne toute sagesse pour offrir à Viviane, dont il est éperdument amoureux, le secret pour garder à jamais un homme. Faiblesse du mage dont profite la fée pour l’enfermer pour l’éternité dans les neuf cercles d’une prison infranchissable. Merlin, dont le tombeau se situe près du village de Landelles, scellé par trois grosses pierres.

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Sur l’une des pierres, des mains ont gravé : «Ici a été enfermé l’enchanteur par la fée Viviane»

Autre cercle de pierres, celui de la demeure de la fée Viviane, qui n’est autre qu’une ancienne chambre funéraire. Partout, à travers Brocéliande, résonne la présence des chevaliers de la Table ronde : Lancelot, Perceval, Gauvain…, habillés de leur armure et de leurs faiblesses. L’abandon de la quête pour Lancelot, par amour pour la reine Guenièvre ; Mordred, le traître, né d’une relation adultérine d’Arthur et qui finira par assassiner son père ; Perceval le Gallois, vainqueur de la quête du Saint-Graal et père de Lohengrin, le chevalier du cygne. Tous ceux auxquels Merlin et Arthur ont confié la mission d’assurer la paix du royaume avant de partir à la recherche du Graal et de le rapporter.

Ce Graal, qui est d’abord assimilé à la coupe de la fertilité ou au chaudron d’abondance dans la tradition celtique, tant recherché par les alchimistes, puis christianisé par Chrétien de Troyes qui l’identifie à la coupe qui aurait recueilli le sang du Christ. Objet d’un quête éternelle pour accéder à la sagesse et à la connaissance spirituelle, le Graal nous appartient, qu’il soit ou ne soit pas. Parce que les hommes qui n’ont plus de quête n’ont plus d’espoir ; parce que les pays qui n’ont pas de légendes sont condamnés à mourir de froid.

Eglise du Graal à Tréhorenteuc

L’ABBÉ VISIONNAIRE DE TRÉHORENTEUC

Pour qui cherche le Graal – L’imagination humaine reste féconde pour brouiller et multiplier les lieux – L’église de Tréhorenteuc est un passage indispensable. Non qu’elle puisse receler un fantastique secret, mais parce que dans cette forêt de Brocéliande qui bruisse de mystères, l’abbé Gillard, imprégné des histoires des chevaliers de la Table ronde, a fait communier tradition évangélique et légendes celtiques sur ses murs et ses vitraux. Ainsi l’allégorie représentant le Christ et les quatre apôtres sous les traits d’un cerf blanc et de quatre lions.

De 1942 au début des années 1950, aidé par deux prisonniers de guerre allemands, peintre et ébéniste dans le civil, l’abbé restaure le sanctuaire avec la bénédiction des autorités françaises et ecclésiastiques, réalisant un chemin de croix installé dans le chœur. Une œuvre surprenante qui montre, au gré des symboles qui la peuplent, les résurgence des mœurs païennes celtiques que le dogme chrétien n’a pas complètement occulté.

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