Voltaire, le symbole de la liberté de penser.

Voltaire, le symbole de la liberté de penser.

Voltaire, a connu une vie mouvementée, marquée par son engagement au service de la liberté. Après les attentats de 2015, son Traité sur la Tolérance s’est éclairé d’un jour nouveau et ne s’est jamais aussi bien vendu. 

La production littéraire de Voltaire est immense. Elle englobe le théâtre, l’histoire, la philosophie, la poésie, les textes polémiques publiés à propos de tout et à jet continu, les contes, et une prodigieuse correspondance. De son vivant ses oeuvres complètes comptent déjà 40 volumes (édition de Genève de 1775). Après sa mort, l’édition de Kehl (1873-1790) de Beaumarchais incluant la correspondance comprend 70 volumes. L’édition en cours de publication à Oxford en comptera près de 200. Avec son «Traité sur la Tolérance» publié en 1763, Voltaire, comme d’autres grands écrivains, a mis sa plume au service de l’indignation. Au fil des années, on a oublié le contexte de ce traité, mais il n’en demeure pas moins comme le symbole de la liberté de penser et une dénonciation du fanatisme.

250 ans après sa première publication, ce petit texte écrit par Voltaire, écrivain et philosophe des Lumières, a figuré parmi les meilleures ventes du réseau de librairies française Gilbert Joseph, de la FNAC et d’Amazone en 2015.  Les ventes de ce livre qui traite des dangers du fanatisme religieux ont explosé quelques semaines seulement après les attaques extrémistes à Paris. 

Si vous voulez qu’on tolère ici votre doctrine, commencez par n’être ni intolérants ni intolérables. (Voltaire, Traité sur la Tolérance, 1763.)

François-Marie Arouet, dit Voltaire, est né le 21 novembre 1694 à Paris, ville où il est mort le 30 mai 1778, à 83 ans. Il a marqué le XVIIIe siècle et occupe un place particulière dans la mémoire collective française et internationale. On ne compte plus les ouvrages et les biographies qui lui sont consacrées. 

Tout au long de sa vie, Voltaire fréquente les Grands et courtise les monarques, sans dissimuler son dédain pour le peuple, mais il est aussi en butte aux interventions du pouvoir, qui l’embastille et le contraint à l’exil en Angleterre ou à l’écart de Paris. Voltaire aime le confort, les plaisirs de la table et de la conversation qu’il considère, avec le théâtre, comme l’une des formes les plus abouties de la vie en société. Soucieux de son aisance matérielle, qui garantit sa liberté et son indépendance, il acquiert une fortune considérable dans des opérations spéculatives qui préfigurent les grandes spéculations boursières sous Louis XVI et dans la vente de ses ouvrages, ce qui lui permet de s’installer en 1759 au château de Ferney et d’y vivre sur un grand pied, tenant table et porte ouvertes. Il y passera ses vingt années les plus fécondes ▼

Ferney-Voltaire est une commune française située dans le département de l’Ain, en région Auvergne-Rhône-Alpes.

La ville est située en France, à la frontière de la Suisse à seulement 4 km de Genève, et jouit d’une certaine autonomie qui le préserve des tracasseries de Versailles.  Mais Voltaire ne se contente pas de construire le château, il entreprend de créer à Ferney la ville idéale. Investissant ses capitaux, il aménage la seigneurie (drainage de la plaine, création de puits, construction de maisons…)  et favorise l’artisanat d’art comme l’horlogerie et la soierie, si bien que le modeste hameau de 150  âmes en compte plus de 1 200 à la mort de Voltaire.  Généreux, d’humeur gaie, il est néanmoins chicanier et parfois féroce et mesquin avec ses adversaires comme Jean-Jacques Rousseau et Crébillon. 

Classé monument historique, le château de Voltaire a bénéficié d’une restauration complète de 2015 à juin 2018, date à laquelle il a été ouvert au public. ▼

Le pèlerinage à Ferney fait partie en 1770 – 1775, du périple de formation de l’élite européenne éclairée. Considéré par la Révolution française – avec Jean-Jacques Rousseau, son frère ennemi – comme un précurseur, il entre au Panthéon en 1791, le deuxième après Mirabeau. A cette même période, sur l’initiative du marquis de Villette qui l’hébergeait, le «quai des Théatins» où l’écrivain habitait à Paris au moment de sa mort sera baptisé «quai Voltaire». Célébré par la IIIème République, dès 1870, à Paris, un boulevard et une place porte son nom. 

Place Voltaire à Paris.

Voltaire à nourri, au XIXe siècle, les passions antagonistes des adversaires et des défenseurs de la laïcité de l’État et de l’école publique, et, au-delà, de l’esprit des lumières. il demeure une référence universelle et l’ancêtre des intellectuels engagés, l’un de ceux qui ont contribué à édifier le monde moderne. Admiré ou exécré, Voltaire l’insoumis ne laisse personne indifférent, et sa gloire demeure à la mesure des passions qu’elle éveille et des haines qu’elle nourrit. Sa longue carrière a été un incessant combat et nous sommes les héritiers de certaines de ses victoires. 

Voltaire devient célèbre à 24 ans grâce au succès de sa tragédie d’OEdipe (1718).  A sa première sortie de la prison de la Bastille, conscient d’avoir jusque-là gaspillé son temps et son talent, il veut donner un nouveau cours à sa vie, et devenir célèbre dans les genres les plus nobles de la littérature de son époque : la tragédie et la poésie épique. Pour rompre avec son passé, et notamment avec sa famille, afin d’effacer un patronyme aux consonances vulgaires et équivoques, ils se crée un nom euphonique : Voltaire.

Le public qui voit en lui un nouveau Racine, aime ses vers en forme de maximes et ses allusions impertinentes au roi défunt et à la religion. Ses talents de poète mondain triomphent dans les salons et les châteaux. Il devient l’intime des Villars, qui le reçoivent dans leur château de Vaux, et l’amant de Madame de Bernières, épouse du président du parlement de Rouen. Après l’échec d’une deuxième tragédie, il connaît un nouveau succès en 1723 avec La Henriade, poème épique de 4 300 alexandrins se référant aux modèles classiques. 

Le Traité sur le Tolérance est écrit par Voltaire et publié en 1763 suite à l’affaire Calas. Le philosophe lutte pour l’indulgence, la tolérance universelle, la fin des massacres et des exécutions injustes. Ce message se compose de nombreux chapitres qui ont pour but d’éclairer le lecteur sur les situations d’injustices.

Amazon.fr - Traité sur la tolérance - Classiques et Patrimoine - VOLTAIRE -  Livres

Ce texte vise la réhabilitation de Jean Calas, protestant faussement accusé et exécuté pour avoir assassiné son fils afin d’éviter que ce dernier ne se convertisse au catholicisme. Dans ce traité, Voltaire invite à la tolérance entre les religions et prend pour cible le fanatisme religieux (plus particulièrement celui des jésuites chez lesquels il a fait de brillantes études étant jeune homme) et présente un réquisitoire comme les superstitions accolées aux religions.  Après un premier chapitre à stigmatiser le fanatisme religieux des juges de Toulouse qui ont condamné à mort le protestant Jean CalasVoltaire entreprend de montrer les avantages humains de la tolérance. Empruntant ses exemples à l’histoire, il entend prouver que l’intolérance n’est ni de droit divin ni de droit naturel, mais trouve sa source dans le fanatisme, lui-même engendré par la superstition, qui «est à la religion ce que l’astrologie est à l’astronomie : la fille très folle d’une mère très sage». Exposés historiques dialogues fictifs, témoignages, fausse lettre à un père jésuite, Voltaire multiplie les approches dans cette attaque virulente de sa principale ennemie. 

Pour Voltaire, la philosophie en chassant les démons de l’obscurantisme et du fanatisme offre aux hommes un moyen de rechercher ensemble le bien commun. Facteur de paix sociale, de respect et d’amour réciproques, la tolérance est une des exigences suprêmes de la civilisation et de la société. Avec «Le Traité sur la Tolérance»Voltaire réhabilite la mémoire de Calas, mais surtout il ouvre la voie à l’affirmation de la liberté religieuse telle que nous la concevons aujourd’hui. 

C’est un chef d’oeuvre littéraire inestimable qui a fait écrire à Diderot, non sans ironie : 

«Quand il y aurait un Christ, je vous assure que Voltaire serait sauvé». 

Lorsque Voltaire, brouillé avec Frédéric II, quitte précipitamment la cour de Prusse en 1755, il est interdit de séjour à Paris. Lui, le dramaturge favori de la Comédie-Française, l’historien du roi, doit se réfugier près de Genève, en terre calviniste. C’est là, à soixante ans, alors qu’il pourrait se retirer et jouir paisiblement de sa gloire, qu’il va entamer, avec une fougue et une passion d’adolescent, une carrière nouvelle de combats contre le fanatisme et l’intolérance. Par une étrange ironie de l’histoire, c’est dans les 25 dernières années de sa vie que Voltaire va construire et parfaire l’image que la postérité retiendra de lui : celle d’un intellectuel avant la lettre, engagé dans les luttes et les controverses les plus vives du siècle finissant, et non celle du grand poète et dramaturge classique français qu’il croyait déjà être. 

Ses combats contre toute restriction de la liberté individuelle lui confèrent une immense popularité. Lorsqu’il revient à Paris en 1778, le peuple de la capitale lui réserve un accueil chaleureux et le porte en triomphe pour aller assister à la sixième représentation de sa dernière pièce «Irène». En avril de cette même année, il devient franc-maçon.

Voltaire meurt le 30 mai 1778 à Paris. Le curé de saint Sulpice refusant de l’inhumer, il est enterré à l’abbaye de Scellières. Ses cendres furent transférées au Panthéon le 11 juillet 1791, après une grande cérémonie sans la participation du clergé. 

Voltaire au Panthéon

Les oeuvres de Voltaire dénoncent la guerre, l’intolérance religieuse, l’injustice politique et sociale qui régnaient au XVIIIe siècle. On sent y souffler le vent annonciateur de la Révolution française de 1789. Que l’on apprécie ou pas ce philosophe des Lumières, force est de constater que ses écrits restent aux XXIe siècle d’une étonnante modernité. Le Traité sur la Tolérance est toujours d’actualité aujourd’hui, se plaçant au sommet des ventes des librairies un peu partout dans le monde. 

L’ Épigramme un aspect de l’art

Comment choisiriez-vous de savourer l’épigramme ? Le préféreriez-vous grillé à point ou bien l’aimeriez-vous mieux relevée et piquante à souhait ? 

De genre masculin, l’épigramme préparé par le boucher est un haut de côtelette d’agneau destiné à être grillé.

Au féminin, l’épigramme est une affaire de poète satirique : c’est une courte pièce de vers qui se termine par un trait piquant. 

📌L’âge d’or de l’épigramme se situe aux XVIIe et XVIIIe siècles.

L'âge d'or de l'épigramme se situe aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Dans les salons littéraires, les rivalités entre auteurs s’exprimaient sous forme de poèmes de quatre vers généralement, dont le dernier – appelé la pointe – était destiné à égratigner l’adversaire ou même à le blesser dans son amour propre. Il arrivait parfois que l’un des deux adversaires succombât à l’attaque, tué par le ridicule. 

Il suffit de se rappeler le nom de Fréron, ce critique littéraire qui avait eu la malencontreuse idée de s’attaquer à Voltaire et qui fut exécuté en quatre verts dont on se souvient encore..

L’autre jour au fond d’un vallon
Un serpent piqua Jean Fréron
Que pensez-vous qu’il arriva ? 
Ce fut le serpent qui creva. 

Un éditeur, nommé Legeay, ayant illustré la couverture d’un des ouvrages, qu’il publiait avec le portrait de Voltaire encadré par celui de deux de ses ennemis – dont, une fois de plus, le fameux Fréron – s’attira cette épigramme :

Legeay vient de mettre Voltaire
Entre la Baumelle et Fréron, 
Ce serait vraiment un calvaire
S’il y avait un bon larron ! 

Boileau ne fut pas tendre avec le vieux Corneille dont les deux dernières tragédies avaient été des échecs :

J’ai vu l’«Agésilas»
Hélas ! 
Mais, après l’«Attila»
Holà !  

Le poète Lebrun, surnommé Lebrun-Pindare (1729 – 1807), composa de très méchantes épigrammes dont celle-ci dédiée « à Chloris, dont l’haleine était fâcheuse ». 

Oui, vous avez, Chloris, les traits de Vénus même ; 
Oui, de vos yeux, le charme est triomphant ; 
Vos yeux ordonnent qu’on vous aime, 
Mais votre bouche le défend !

Souvent de jeunes et belles personnes étaient la cible d’épigrammes perfides qui s’en prenaient à leur absence de grâce, leur manque d’esprit, ou bien encore à la légèreté de leur conduite. Les mauvaises langues ne manquent pas de prétendre que ces vers satiriques étaient l’oeuvre de soupirants éconduits : 

Quand elle danse avec le pas lourd des chameaux, 
On pense que parler ferait mieux son affaire,
Hélas ! A peine a-t-elle dit trois mots, 
C’est la danseuse qu’on préfère ! 

Ou encore : 
Nature, en formant votre corps, 
Lui donna tant d’avantages, 
Que celui qui forma l’esprit, 
En fut jaloux et, de dépit, 
Refusa d’achever l’ouvrage.
 

La Comtesse de Genlis (1746 – 1830 ), après avoir été dame d’honneur de la duchesse de Chartres, se vit confier l’éducation des enfants de la famille d’Orléans, dont le futur roi Louis-Philippe. Amie des philosophes, elle mena une existence assez libre. Sur le tard, elle publia ses «Mémoires» Ce qui lui valut cette méchante épigramme : 

Genlis à six francs le volume ! 
Disait un jour un amateur, 
Dans le temps que son poil valait mieux que sa plume, 
Pour un écu, j’avais l’auteur ! 

Revenons à Boileau, un spécialiste de la satire, dont je citerai ces vers vengeurs qu’il composa «pour mettre au bas d’une méchante gravure qu’on avait fait de lui» :

Du célèbre Boileau tu vois ici l’image
Quoi ? C’est là, diras-tu, ce critique achevé ? 
D’où vient le noir chagrin qu’on lit sur son visage ? 
C’est de se voir si mal gravé ! 

C’est à un poète anonyme qu’on doit le distique suivant inspiré par George Sand qui avait épousé en 1822 le baron Dudevant dont elle eut deux enfants : 

Elle est Dudevant, par-devant
Et George Sand, par derrière. 

En un sens, le satiriste de 1830 arbore pour partie l’éthos de l’honnête homme, de ce modèle de civilité que reste alors l’«homme de monde». Il partage avec lui deux caractéristiques essentielles. D’une part, une maîtrise et un usage immodéré du mot d’esprit et du persiflage, d’autre part, l’épigramme provoque «un effet de connivence» à double détente : il relève, dans les salons mondains comme dans la petite presse, d’une création collective, renvoyant une image flatteuse du groupe ou de l’auteur lui-même ; et cet énoncé ironique associe, voire soude, le lecteur au crédo défendu.

📌Sous le Second Empire ▼

L'Épigramme sous le second Empire

l’opposition républicaine déchaînait ses traits. Voici ce qu’écrivait un certain Edmond Héraud pour fustiger les inconditionnels de Napoléon III : 

Si l’Empereur faisait un pet, 
Geoffroi dirait qu’il sent la rose
Et le Sénat aspirerait ….
A l’honneur de prouver la chose. 

Le jour du mariage de Napoléon III avec Eugénie de Montijo (1853), cette épigramme anonyme courut Paris : 

Montijo, plus belle que sage, 
De l’Empereur comble les voeux.
Ce soir s’il trouve un pucelage, 
C’est que la belle en avait deux ! 

Victor Hugo, lui, s’était écrié : L’aigle épouse une cocotte, ce qui était moins drôle.

Quelle place du XIXe siècle accorda-t-il, à l’esprit indissociablement ludique et critique qui habite ces coups de lancettes – et qui définit, selon les frères Goncourt, la blague moderne ! Une place, sans doute, intermédiaire. Antoine de Baecque a pu distinguer, dans Les éclats du rire, deux formes historiquement prises par l’«esprit» français : «Le mode caricatural est essentiel au jeu politique et à l’habitus de la démocratie républicaine française, autant que le bel esprit satirique se trouvait incarner l’être et le paraître monarchiques sous l’Ancien Régime. 

En définitive, l’épigramme de 1830, est quelque part entre ces deux politiques du sourire – ou plutôt elle permet de penser, entre elles, une relation de continuité plutôt que d’opposition. 

La moquerie, la perfidie, a continué à avoir des porte-paroles très doués : 

📌 Les acteurs, on le sait, n’aiment guère les critiques. Voici comment le comédien Sylvain (1851 -1930 ) se vengea d’un critique qui l’avait malmené : 

Ce Monsieur qui toujours bougonne
Mériterait des coups de pied
Dans un endroit de sa personne
Qui le représente en entier. 

Après avoir obtenu de fantastiques triomphes avec Cyrano de Bergerac et l’AiglonEdmond Rostand fit attendre longtemps son chantecler. Ce fut hélas ! un échec éclatant : 

Nous sommes fort admirateurs, 
Chanteclerc, de ta voix sonore :
Elle fait s’éveiller l’aurore
Et s’endormir les spectateurs. 

 📌Sous l’occupation, dans la presse clandestine, la satire retrouva tout son mordant. Voici les vers que Jean Paulhan écrivit sur Abel Bonnard et Abel Hermant, deux auteurs qui avaient choisi la collaboration avec les Allemands : 

Tandis qu’Abel Bonnard lèche notre vainqueur,
Abel Hermant l’évente et pose quelques fleurs
Sur son ventre ou ses pieds. On se demande enfin, 
Voyant de tels Abels, ce que font les Caïns. 

L’épigramme est un peu oubliée en France, pour ne pas dire sous-estimée. Avec la chanson, elle semble être la seule forme poétique rythmée, versifiée et vivante où la langue dans la forme possède une réelle audience. 

📌  Georges Brassens :

Que jamais l’art abstrait, qui sévit maintenant,
N’enlève à vos attraits ce volume étonnant,
Au temps où les faux culs sont la majorité
Gloire à celui qui dit toute la vérité.

Serge Gainsbourg – les mots inutiles : 

Les mots sont usés jusqu’à la corde
On voit le jour au travers
Et l’ombre des années mortes
Hante le vocabulaire.

Plus près de nous : SCRED CONNEXIONNi vu ni connu, « Bonhomme », 2009.

Bonhomme, c’est dans la tête, pas dans les bras.
Tout comme les valeurs d’la femme
sont dans l’coeur pas dans les draps.
 

23 mai 2020 – Nobels années – Blagues et Dessins

Mon épigramme  : 

Quand Didier Raoult 
se targuait de pouvoir soigner des familles entières 
ce n’était point pour en sauver moult 
mais pour faire agrandir les cimetières ! 

Si vous aussi, vous aimez l’humour satirique ou moqueur, Amusez-vous !

L’existence agitée de la Joconde

Le plus célèbre tableau de tous les temps est peint sur un panneau de bois de peuplier d’Italie et ne mesure guère que 0.40 m² (Hauteur 0.77 m – largeur 0.53 m – épaisseur 3.68 mm ) C’est le portrait d’une jeune femme pourtant vieille de six siècles, nommée LISA DEL GIOCONDO. 

La Joconde

Épouse de Messer ZANOBI DEL GIOCONDO, un obscur nobliau florentin, Madona LISA a 24 ans lorsque LEONARD DE VINCI la prend pour modèle. Il n’achèvera son œuvre que six ans plus tard après de nombreuses esquisses, quelques pauses et d’innombrables retouches.

D’une femme banale au visage régulier et aux mains potelées, le génie de Léonard parvint à créer un archétype de l’universelle beauté. La mortelle s’était transfigurée en une divine au sourire éternellement mystérieux. 

Amoureux de sa création, le peintre ne voulut pas se séparer de son chef d’oeuvre. Au mari venu prendre possession du portrait de sa femme il prétendit que le tableau n’était pas terminé. Lorsque, quelques années plus tard, mal considéré dans son pays (En Italie, il était accusé de viol sur de jeunes éphèbes.  Il est jugé pour sodomie en réunion à Florence et il est acquitté grâce à la présence d’une personne influente.) Léonard de Vinci quitta l’Italie pour la France où l’appelait François 1er. Il emporta ce tableau dans ses bagages ainsi que la «Sainte Anne» et le «Saint Jean Baptiste». Le souverain, aussitôt qu’il la vit, tomba amoureux de la Joconde et il sut convaincre le peintre de la lui céder contre une véritable fortune : 12 000 livres – C’est ainsi qu’en 1516, l’année d’après MARIGNAN, la Joconde fut naturalisée Française. 

Le Clos Lucé - Amboise -
LE CLOS LUCÉ – AMBOISE

Léonard de Vinci, mourut trois ans plus tard, le 2 mai 1519, dans une chambre du château de Clous (aujourd’hui le Clos Lucé), après avoir –  dit la légende – contemplé une dernière fois son chef d’œuvre qu’il avait réclamé à son chevet. 

La Joconde fut d’abord l’orgueil du «cabinet doré» de Fontainebleau avant de trôner à Versailles dans la petite galerie du roi. 

Après l’avoir confiée au garde-meubles de la place de la Concorde, la Révolution l’installa au Louvre. En 1870, elle fut cachée dans les souterrains de l’arsenal de Brest. En 1914, on la mit à l’abri à Bordeaux, puis à Toulouse. En 1939, elle fut dissimulée dans la cave du château d’Amboise, avant d’être envoyée dans des demeures anonymes du Lot et des Causses pour échapper à la convoitise de ce grand «collectionneur» qu’était le Maréchal Goering. 

Dans l’existence agitée de MONA LISA, on compte aussi un enlèvement, une blessure et deux grands voyages. 

Le 21 août 1911, le brigadier des gardiens du Louvre, l’honorable Poupardin, fit irruption chez Mr Bénédicte, conservateur des Antiquités Égyptiennes qui remplaçait le directeur du Musée, Mr Homolle, en vacances dans les Vosges. «Monsieur ! On a volé la Joconde !». 

Ce fut un scandale énorme qui prit vite un tour international. L’opinion publique accusait Guillaume II, l’Empereur d’Allemagne, d’avoir monté le coup. Ce fut un autre Guillaume qu’on arrêta : le poète Guillaume Apollinaire. Il avait, quelques années auparavant, employé comme secrétaire et homme à tout faire, un drôle de loustic nommé Géry-Pieret. L’amusement de celui-ci était de dérober des statuettes et des masques phéniciens dans la salle des antiques au Louvre. Il en faisait cadeau à des amis : il avait même vendu deux masques à Picasso pour 80 Francs, et donné une statuette à son maître. Bien que totalement étranger à cette affaire, Guillaume Apollinaire fut arrêté pour complicité de vol et passa dix jours en prison. Il fut d’ailleurs le seul homme arrêté en France pour le vol de la Joconde. 

MONA LISA resta introuvable pendant deux ans. Jusqu’au 11 décembre 1913 où un inconnu viendra la proposer au signore Geri, un antiquaire de Florence. Le vendeur de la Joconde était un ouvrier vitrier Italien  nommé Vincenzo Parugia qui, au cours des travaux de ravalement du Louvre, l’avait emportée sous son manteau. Pendant deux ans, il avait gardé la Joconde pour lui tout seul dans sa chambre misérable. Mais en décembre 1913, Vincenzo Perugia décide de se débarrasser du tableau.  L’antiquaire, aidé du directeur du musée des Offices, Giovani Pogi, examine et authentifie le tableau. Aussitôt, les deux hommes préviennent les autorités. Lors de son procès, Peruggia avance des arguments patriotiques : Il se sentait humilié de voir la Joconde si loin de son pays, alors il l’a emportée.  Il s’attendait en fait à être récompensé pour avoir rendu le chef-d’oeuvre de Vinci à l’Italie. Il eut droit à des menottes et à un 12 ans de prison, mais n’en fera que sept. 

Le retour de MONA LISA en France sera considéré comme le plus beau des cadeaux de Noël. Elle revint dans son pays avec les honneurs réservés aux souverains et retrouva sa place de première dame du Louvre.

En 1956, un cuisinier bolivien, probablement cinglé, projeta un caillou contre MONA LISA et lui écorcha le bras. Après avoir réparé les dégâts, on enferma le tableau à l’abri des attentats dans une cage en verre blindé.

En 1963, la France accepta d’envoyer aux États-Unis la plus prestigieuse de ses ambassadrices. Elle embarqua sur le France, accompagnée de ses gardes du corps, de ses médecins et des officiels qui avaient à leur tête André Malraux, le ministre des Beaux-Arts, celui-là même qui avait qualifié la Joconde de mortelle au regard du divin. Le commandant Croisille accueillit MONA LISA en gants blancs et la conduisit à la cabine M79 qui lui avait été réservée, au centre du bateau afin sans doute de lui épargner les atteintes du mal de mer…Le mardi 8 janvier à 22 heures, le président John Kennedy avait convié le Tout-Washington à venir admirer le célèbre tableau, la MONA LISA, gracieusement prêté aux États-Unis d’Amérique par le Gouvernement français de la Ve République. 

La Joconde, de Léonard de Vinci, exposée à Washington en 1963.  PHOTO : AFP
La Joconde, de Léonard de Vinci, exposée à Washington en 1963. PHOTO : AFP

En 1974, la Joconde, qui avait pris goût aux voyages, partit pour le Japon. Cette fois elle emprunta l’avion. L’Empire du Soleil Levant vivait, depuis l’annonce de cette visite, à l’heure MONA LISA. Son sourire était sur toutes les affiches, sur tous les tee-shirts, dans toutes les vitrines. 

Il est 14 h 27, ce 16 avril 1974, et la Joconde s’envoie en l’air. Pour la dernière fois, elle décolle du tarmac de l’aéroport d’Orly, à bord du vol AF 1626 entourée d’éminents responsables du Louvre, un personnel de bord très réduit, et dans la cabine de pilotage, le commandant Vignau et le chef pilote Henri Chappotteau. 

L’exposition à Tokyo ouvre le 20 avril, quatre jours plus tard. Pourtant, l’avion a failli ne pas partir. Pas à cause de la période de deuil en France, causée par la mort du président de la République Georges Pompidou, le 2 avril. Mais parce que le personnel naviguant est en grève. La Joconde finit cependant par décoller.  A Tokyo, le tableau est accueilli comme le chef d’État d’une grande puissance. Dès l’atterrissage, l’avion a été immédiatement cerné par des cars à l’aéroport d’Haneda. Il y avait une quantité énorme de policiers. De fin avril à début juin , la Joconde attire 1,5 millions de visiteurs au Muséum national de Tokyo. La foule était si dense qu’on dut limiter à neuf secondes le délai pendant lequel on était autorisé à contempler la superstar : le temps d’une rapide déclaration d’amour….Le temps d’un sourire. A la fin de l’expo, son retour à Paris est assuré par la Japan Airlines. 

C’était il y a presque 47 ans. La Joconde n’a pas perdu son sourire, et reste l’icône du plus grand musée du monde, à tel point que les millions de touristes des pays lointains ne pensent souvent même pas à aller voir d’autres chefs d’œuvre, regrette-t-on au Louvre. 

Il est vrai que ce tableau est particulier : La Joconde semble vous suivre du regard… Et si  on veut l’imaginer, hautaine, triste, ou joyeuse… Elle le sera ! Léonard de Vinci a réussi ce tour de force grâce à une technique qu’il a inventée : Le Sfumato ! 

Après deux mois de travaux de rénovation en 2019, le célèbre tableau de Léonard de Vinci, est de nouveau installé face au plus grand tableau du musée, les Noces de Cana de Véronèse. Le fond bleu nuit, sur lequel il a été déposé, met en valeur la vivacité des couleurs des œuvres du XVIe siècle vénitien qui l’entourent.  La Joconde est à présent visible derrière un verre plus transparent dont le fond sombre lui donne encore  plus de profondeur !

Stendhal, vérité, passion et quête de soi.

Stendhal (1783 - 1842)
Stendhal (1783 – 1842)

Stendhal, de son vrai nom Henri Beyle, est un des maîtres du roman du XIXe siècle. Dans son oeuvre, il se plaît à analyser finement les sentiments de ses personnages, mais aussi à décrire son époque.  Son obsession ?  La vérité. 

Né en 1783 il a grandi à Grenoble, marqué par la mort de sa mère à l’âge de 7 ans, il grandit sous l’autorité tyrannique de son père et d’un précepteur. Enfant au moment de la Révolution française, il reste très marqué par les événements. Un fossé se creuse entre son père et lui : il déclare ne pas croire en dieu et être républicain.  Il fait ses premiers pas d’autobiographe en commençant à rédiger son journal. Mais il n’utilise pas la première personne : il parle de lui comme d’un personnage qu’il connaît par coeur.   Il devient peu à peu Stendhal lorsque, à l’âge de 17 ans, il part faire la campagne d’Italie à Milan où il est nommé sous-lieutenant au sein du 6e régiment de Dragons. Ce voyage marque à jamais le jeune homme rêveur, épris de nature, de liberté, espérant rencontrer sur son chemin l’amour et la gloire. 

Milan (Italie)
Milan – Italie

Milan est  la porte d’entrée donnant sur un monde nouveau : celui de la vie d’adulte. «Cette ville devint pour moi le plus beau livre de la terre, où j’ai constamment désiré habiter». Les passions si fortes qui agitent les Italiens le fascinent immédiatement. Il est enthousiasmé par la puissance littéraire qui se dégage de leurs comportements. «L’amour et le crime» y sont portés à leur point de perfection, et l’Italie devient une source romanesque intarissable et irremplaçable : «Alors on vit des passions, et non pas l’habitude de la galanterie. Voilà la grande différence entre l’Italie et la France, voilà pourquoi l’Italie a vu naître les Raphaël, les Giorgion, les Titien». 

Pendant cette période, il écrit plusieurs oeuvres autour de l’Italie ainsi que «De l’amour». En 1821, parce qu’il est accusé de sympathie pour les carbonari – affection particulière ressentie dans la nouvelle «Vanina Vanini» – il est expulsé de Milan. 

De retour à Paris, presque ruiné après le décès de son père, il fréquente le milieu littéraire. De 1827 jusqu’en 1826, il a une relation avec Clémentine Curial, la fille de son amie la comtesse Beugnot. 

En 1827, il publie son premier roman «Armance», suivi en 1830 du «Rouge et le Noir», en partie influencé par la révolution de juillet 1830. Après celle-ci, il est nommé consul à Civitavecchia (Italie), mais il s’ennuie et part voyager.  Il découvre Bologne, Florence, Rome, Volterra, puis Naples. Un congé de 1836 à 1839 lui permet de rentrer à Paris. Après avoir achevé son dernier chef-d’œuvre romanesque (en cinquante deux jours) – La Chartreuse de Parme – en 1839, il commence à rédiger son roman – Lamiel – qui reste inachevé.

Stendhal meurt d’une apoplexie à l’âge de 59 ans, laissant son oeuvre autobiographique inachevée. Il avait été fait chevalier de la Légion d’Honneur par Guizot. 

Stendhal vit dans une époque qui se cherche un régime. En 60 ans de vie, il traverse la Révolution Française, le Premier Empire et la Restauration. L’histoire tient une grande place dans son oeuvre. Une personnalité le fascine : Napoléon Bonaparte. A partir de 1810, il participe à l’administration et aux guerres napoléoniennes, à partir de cette date, il est toujours dans le sillage de Napoléon et place beaucoup d’espoir dans l’Empire. La chute du régime en 1814 est pour lui une grande déception. Il déteste la restauration, qu’il juge vaine et médiocre. On retrouve Napoléon à travers les personnages de Stendhal, dont Julien Sorel héros passionné, ambitieux et calculateur,  dans «Le Rouge et le Noir». Il s’endort avec Le Mémorial de Sainte-Hélène (livre écrit par l’historien qui accompagnait Napoléon lors de son exil à Sainte-Hélène). Napoléon est son modèle d’énergie et d’arrivisme. Dans «La Chartreuse de Parme», sa pensée politique dévient plus subtile. Il décrit longuement la bataille de Waterloo. Ses espoirs sont déçus. Stendhal admire le chef militaire, mais rejette le despote. 

De son vivant, Stendhal ne connaît pas une grande célébrité. Il ne peut vivre de ses écrits et poursuit parallèlement une carrière politique. Pourtant, la critique lui reconnaît une qualité littéraire, notamment à la sortie du roman Le Rouge et le NoirMais sa peinture réaliste de la société dérange. Ses contemporains ne cessent de percevoir l’auteur comme aussi dangereux que son personnage, Julien Sorel. Mais un écrivain remarque très vite le génie de Stendhal : Balzac. 

Ce dernier salue avec enthousiasme la parution de La Chartreuse de Parme.

En 1840, il publie un long article à la gloire du roman et de son auteur, il écrit : Je trouve cette oeuvre extraordinaire. Mr Beyle a fait un livre où le sublime éclate de chapitre en chapitre.

Le confinement est une bonne raison de se replonger dans les classiques de la littérature : 

Les deux grands romans de Stendhal sont Le Rouge et Le Noir [1830] et La Chartreuse de Parme [1839]. On y retrouve deux personnages opposés. 

Julien Sorel, héros du Rouge et du Noir. Pour ce roman publié en 1830, Stendhal s’inspire d’un fait divers : L’affaire Berthet. Un jeune homme de condition modeste, engagé comme précepteur, devient l’amant de sa patronne. Renvoyé, il finit par tuer son ancienne maîtresse. Stendhal tient là son intrigue. À lui de donner de la consistance aux personnages. Julien Sorel a 19 ans et se sent très loin de la condition de son père, charpentier. Stendhal construit toute la personnalité de son héros autour du désir de s’en sortir socialement. D’abord en devenant l’amant de Mme de Rênal, puis, une fois chassé, en séduisant la fille du marquis de La Mole. Mais Julien n’est pas uniquement avide de réussite sociale. L’auteur s’attache à en faire un personnage ambigu : acharné dans sa quête de réussite sociale, il est à la fois arriviste et terriblement sensible. 

Fabrice del Dongo, héros de La Chartreuse de Parme, contrairement à Julien Sorel, Fabrice est bien né. Il ne recherche pas une réussite sociale, mais le bonheur. Fils de Marquis, on le suit tout au long du roman, de sa naissance à sa mort. La Chartreuse de Parme est donc un roman d’apprentissage. De déconvenues en déconvenues. Fabrice se retrouve en prison. Pour la première fois, il connaît l’amour avec Clélia Conti. Une fois encore, le sort s’acharne : cet amour est un échec. Pourtant, Fabrice sort grandi de toutes ces étapes franchies. Il veut épuiser tous les charmes de sa vie. Stendhal fait de Fabrice le personnage principal de son livre et le rend héroïque dans ses actes. Contrairement à JulienFabrice représente la vision optimiste du héros stendhalien. Pour lui, tout est prétexte au bonheur, même la prison. Il correspond à l’idéal masculin selon Stendhal. 

Leur point commun : ils refusent la médiocrité, surtout en amour. L’auteur analyse ce qu’il appelle la cristallisation amoureuse : l’esprit se nourrit de la réalité pour idéaliser l’être aimé. Là encore, décortiquer les états de la passion met au jour les motivations de chacun. Fabrice aime simplement par goût du bonheur. Alors que pour Julien, l’amour doit aussi servir socialement. 

Un narrateur pour donner une vue extérieure sur les héros. Stendhal refuse de livrer l’histoire uniquement du côté des personnages. Le narrateur s’immisce : il est observateur et témoin. De temps en temps, il se moque. Plus loin il s’interroge. Mais jamais il ne se montre supérieur. Ce regard narratif très construit opère toujours dans un souci de vérité, d’objectivité. Grâce à cette présence, le lecteur peut prendre du recul. Stendhal façonne ainsi une double approche des personnages. Pour toujours mieux les saisir. Waterloo : quel chambardement !  Et des décors somptueux nous emmènent  sur les bords du lac de Côme et l’Italie Chérie de Stendhal  ! 

Après avoir relu ces livres :  Je me suis demandé pourquoi notre époque avait oublié Stendhal ?  Retrouver cette plume magnifique fut un véritable bonheur, je les avais lus pendants les années lycée, et J’ai trouvé ces oeuvres encore plus belles…. Stendhal oppose quelque jeune homme pur et quelque homme d’esprit à ces monstres de besogne, de niaiserie, de cupidité, de sécheresse, d’hypocrisie ou d’envie, dont il a peint tant de fois les visages, les caractères et les actes. 

Pour Stendhal, ce que l’on connaît le mieux de la réalité est soi-même. Vivre c’est apprendre à découvrir son moi. Ce que Stendhal appelle «egotisme», correspond à cette quête de soi. Le beylisme est la stratégie utilisée pour y arriver. (Après la mort de Stendhal, le beylisme devient le culte de Stendhal lui-même). Pour Stendhal, il faut surtout se protéger de la société, qui brise les individus. Et si Henry  Beyle choisit d’écrire sous le pseudonyme de Stendhal, c’est justement pour se protéger. La société identifie une personne à son nom. Pour Stendhal, le «moi» est au delà. 

Tout romancier met un peu de lui dans ses livres mais c’est surtout la philosophie de Stendhal que l’on retrouve dans ses personnages, comme le besoin de se protéger de la société. Et finalement, Julien Sorel, dans le Rouge et le Noir. Et Fabrice del Dongo, dans la  Chartreuse de Parme, se retrouvent face à eux-mêmes en prison. Cette épreuve de l’isolement leur permet de se trouver, de se connaître. 

Dans les romans de Stendhal, il y a de l’action. Les longues descriptions à la manière de Balzac sont absentes. Dans Stendhal, ça galope ! Et puis, la dimension de recherche de soi-même est un thème qui touche chacun d’entre nous. 

ALEXANDRE DUMAS, l’auteur de plus de 300 œuvres.

ALEXANDRE DUMAS, l'auteur de plus de 300 œuvres.

Un jeune ambitieux, Alexandre Dumas, dit Dumas père, naît à Villers-Cotterêts (Aisne) en 1802. Il est le fils d’un général qui commanda la cavalerie de Bonaparte en Égypte. Orphelin à 3 ans, il passe une enfance libre et peu studieuse.  N’ayant d’autres ressources que la modeste pension que touchait sa mère comme veuve de général, le jeune homme dut songer de bonne heure à se créer des moyens d’existence et il devient clerc chez un notaire de Villers-Cotterêts. – Je venais d’avoir 15 ans, raconte-t-il lui-même, lorsque ma mère entra un jour dans ma chambre, s’approchant de mon lit en pleurs et me dit : «Mon ami, je viens de vendre tout ce que nous avons, pour payer nos dettes» – Eh bien, ma mère ? – «Eh bien, mon pauvre enfant, nos dettes payées, il nous reste deux cent cinquante-trois francs» – De rente ? Ma mère sourit amèrement – «En tout !» – Alors, ma mère, je prendrai ce soir cinquante-trois francs et je partirai pour Paris – «Qu’y feras-tu, mon pauvre ami ?» – J’y verrai les amis de mon père : le duc de Bellune, qui est ministre de la guerre, Sébastiani, Jourdan…- Muni des cinquante-trois francs, Alexandre Dumas embrassa sa mère et se rendit à Paris. Il vit successivement Sébastiani, Jourdan, Bellune, anciens amis de son père ; mais il reçut un accueil indifférent. Il eut plus de chance auprès du général Foy, à qui il avait été recommandé par un électeur influent du département de l’Aisne. «Voyons, que ferons-nous, lui dit le général ?» – Tout ce que vous voudrez. – «Il faut d’abord que je sache en quoi vous êtes doué» – Oh ! à pas grand-chose.- «Voyons, que savez-vous ? un peu de mathématiques ?» – Non, général – «Vous avez fait du droit ?» – Non, général – «Vous avez sans doute quelques notions de géométrie ou de physique ?» – Non, général –  «Vous connaissez le latin ou le grec ?» – Très peu – «Vous vous entendez peut-être en comptabilité ?» – Pas le moins du monde – Et à chaque question, Alexandre Dumas, sentait la rougeur lui monter au visage ; – C’était la première fois qu’on le mettait ainsi face à face avec son ignorance –  «Donnez-moi votre adresse dit le général Foy, je réfléchirai à ce qu’on peut faire de vous».  Dumas écrivit son adresse. «Nous sommes sauvés, s’écria le général en frappant dans ses mains : vous avez une belle écriture».  Trois jours plus tard, Alexandre entrait dans les bureaux du duc d’Orléans, en qualité de simple expéditionnaire,  aux appointements de douze cents francs.  Dumas songea alors à refaire son éducation. Il passait une partie de ses nuits à apprendre les langues anciennes, ou à lire les principaux auteurs de la littérature française. Il suivit de près, en particulier, l’impulsion que l’école romantique donnait à la littérature contemporaine et il ne tarda pas à deviner ce qui, dans les théories nouvelles, pouvait frapper fortement les esprits. Après trois ans d’un travail ardu et opiniâtre, Dumas publiera un volume de Nouvelles (1826), puis quelques pièces de théâtre dont la plus célèbre fut Christine de Suède (1827). Cette pièce, chaudement recommandée par Charles Nodier, mais boudée par les sociétaires de la Comédie-française, fut soumise à la décision de Picard : «Avez-vous une fortune ? » – Pas l’ombre, monsieur – «Quels sont vos moyens d’existence ?» – Une place de douze cents francs – «Eh bien, mon ami, retournez à votre bureau»Ce jugement sommaire ne découragea pas le moins du monde Alexandre Dumas. Il démissionne de son poste auprès du Duc d’Orléans, participe à la révolution de 1830 puis à celle de 1848. Il se présente deux fois comme député dans l’Yonne et essuie deux échecs. Il rejoint alors en 1859 l’armée de Garibaldi en Italie, où il reste pendant quatre ans. Il entreprend de nombreux voyages, tantôt pour le plaisir, tantôt pour fuir le régime politique ou ses créanciers.

Alexandre Dumas père, ici avec Melle Merken

Sa vie devient alors un véritable roman : il multiplie les duels et les aventures amoureuses (il aura 12 enfants, tous de mères différentes), fréquente les cercles littéraires et fait la connaissance de Victor Hugo, chef de file du romantisme. 

Dumas écrit depuis 1825.  Il connaît son premier grand succès avec sa pièce La Noce et l’enterrement. Dès lors, il ne cesse d’écrire : plus de 300 ouvrages au total, dont des pièces de théâtre [Henri III et sa cour, Kean…], des romans [Les trois Mousquetaires, Le comte de Monte-Cristo, La Reine Margot…], des mémoires, des articles, des chroniques (avec Gérard de Nervalet même un dictionnaire de cuisine ! Il devient l’écrivain le plus populaire de l’époque romantique. Dumas gagne, grâce à ses écrits, une fortune considérable mais ne cesse de s’endetter. 

Dumas était un homme jovial et entouré. Il a essentiellement été critiqué par Eugène de Mirecourt, connu pour sa méchanceté. Dumas n’était d’ailleurs pas sa seule cible. Mirecourt avait dressé des charges très dures sur presque tous les auteurs de cette époque. De plus il ne faut pas oublier que Dumas était un quarteronpetit-fils d’une esclave noire. Cela lui valait déjà des inimitiés.

On s’étonnait qu’un nombre si prodigieux d’ouvrages ait pu sortir de la plume et du cerveau de cet homme. En 1847 il eut un procès à soutenir contre deux grands journaux parisien. Alexandre Dumas s’était engagé à leur fournir annuellement, plus de volumes que n’en pouvait écrire l’auteur le plus habile, et on découvrit qu’il avait des collaborateurs secrets et en particulier Auguste Maquet, qui a revendiqué, au moins pour moitié, la propriété des romans les plus populaires et des drames à grands spectacles qui en furent tirés. Alexandre Dumas, s’est défendu du reproche de s’être approprié l’oeuvre de ses collaborateurs, en justifiant qu’il employait ses élèves pour l’essentiel du travail, et qu’il corrigeait ensuite les ouvrages. Quant aux nombreuses compilations et même aux plagiats dont on l’accusait, il se justifia en disant – «L’homme de génie ne vole pas, mais conquiert»– et citait l’exemple de Molière et Shakespeare. 

Alexandre Dumas n’a certes pas le style flamboyant d’un Victor Hugo, mais il possède une verve extraordinaire qui explique sans doute l’immense popularité qui a perduré depuis. Il est en effet l’un des auteurs les plus adaptés au cinéma, au théâtre et à la télévision. 

En 1844, Alexandre Dumas était à l’apogée de sa gloire. Rompant avec le succès des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo (tous deux publiés dans des romans en série), il cherchait un endroit où il pourrait échapper à l’agitation de la ville et trouver le calme dont il avait besoin pour produire de nouveaux manuscrits pour ses éditeurs.

Dumas vivait alors à Saint-Germain-en-Laye. Épris par ce tronçon de la Seine, il a choisi un terrain sur les pentes de Port-Marly, à 20 km à l’ouest de Paris,  comme endroit idéal pour construire sa nouvelle maison. Il a engagé Hippolyte Durand, un architecte de renom de l’époque, pour réaliser son rêve. Le rêve consistait en un château de la renaissance situé tout près d’un château gothique en miniature, doté de son propre petit fossé. Les jardins devaient être aménagés à l’anglaise, avec des grottes, des roches ornementales et des cascades….Dumas donna des instructions et le domaine fut créé selon ses souhaits. 

Quand un architecte informa Alexandre Dumas qu’il en coûterait plusieurs centaines de milliers de francs pour créer le domaine élaboré à l’anglaise qu’il envisageait, le célèbre écrivain Français aurait répondu : «Je l’espère bien !»  

Le 25 juillet 1847, amis, admirateurs et curieux se pressèrent pour sa pendaison de crémaillère…Il a baptisé son grand domaine le château de Monte-Cristo, et sa visite commence par une promenade le long d’un sentier boisé et à travers des grottes artificielles évoquant les grottes exotiques de l’île que son héros Edmond Dantès explore à la recherche de trésors cachés dans le château roman homonyme.

L’endroit isolé de la propriété donne l’impression que l’on se plonge dans les récits dramatiques et romantiques de Dumas.

Château de Monte-Cristo ; l'imagination créative d'Alexandre Dumas.
Château de Monte-Cristo ; l’imagination créative d’Alexandre Dumas.

Le Château de Monte-Cristo est un délice, avec des façades sculptées de tous les côtés. L’histoire, la personnalité et l’inspiration littéraire de Dumas sont visibles partout où l’on se dirige, des fleurs aux anges, en passant par les instruments de musique, aux armes héraldiques et aux bêtes étranges. L’écrivain avait placé des portraits de dramaturges historiques au-dessus de chaque fenêtre du rez-de-chaussée, mais Dumas lui-même occupe une place prépondérante, qui vous accueille toujours par le haut de l’entrée. Le blason de la famille est gravé sur le fronton, ainsi que la devise personnelle de Dumas : «J’aime ceux qui m’aiment». Enfin, les pinacles des deux tourelles du château portent le monogramme de l’écrivain. 

Au premier étage se trouve l’un des points forts du château : un salon de style mauresque authentique.▼

Le château néogothique, appelé par Dumas château d’If est son cabinet de travail. Il le fit construire en face du château, et en a fait son cabinet de travail ! Dumas s’y enferme durant de longues heures pour écrire en paix.

Ce charmant castel entouré d’eau présente des particularités architecturales hors du commun. Dumas y imprime définitivement son âme : De nombreux titres d’oeuvres de l’écrivain figurent en effet sur les façades aux côtés des représentations sculptées dans la pierre de quelques héros tels qu’Edmond Dantès ou le Moine Gorenflot.

On peut y lire : «Laissez-les me jeter la pierre. Les tas de pierre c’est le commencement du piédestal». 

Le parc entoure le château d’une étreinte verte, un cadre gracieux. Dumas souhaitait un jardin à l’anglaise planté des plus beaux arbres : «mélèzes, sapins, chênes, bouleaux, charmes, tilleuls…». Les caractéristiques naturelles de la région, combinées à ses nombreuses sources, étaient les ingrédients parfaits pour l’atmosphère romantique idéalisée qu’il recherchait et le résultat est magnifiquement mis en scène. Des fontaines, des rocailles et des cascades ont complété l’effet. 

Monte-Cristo est du pur Alexandre Dumas, un véritable reflet de son imagination créatrice. C’est particulièrement vrai pour le parc, où la générosité d’esprit et les extravagances de Dumas captivent à présent comme il le faisait de son vivant. 

Dumas aimait recevoir à Monte-Cristo. Il a tenu la cour, a diverti ses conquêtes féminines et a organisé de fabuleuses fêtes, servant des plats culinaires de son cru. Sa porte était ouverte à tout le monde, y compris à ceux qui vivaient à ses frais, profitant de son hospitalité légendaire et de sa franchise. 

La maison de Dumas était également remplie d’animaux domestiques. Chiens et chats parcouraient les lieux, mais la ménagerie comprenait des perroquets, des singes et même un vautour…La vie n’était jamais ennuyeuse chez Dumas. Cela ne pouvait pas durer éternellement, pas même pour Dumas. En 1848, poursuivi par ses nombreux créanciers, Dumas décida de vendre sa propriété ainsi que tous ses meubles et objets de décoration. Le 22 mars 1849, Alexandre Dumas la vendit pour la modique somme de 31 000 francs-or, bien que la propriété lui ait coûté des centaines de milliers de francs-or. Toujours attaché à son domicile, Dumas put rester à Monte-Cristo avec le consentement de l’acheteur, jusqu’en 1851. Il passe la fin de sa vie à la charge de son fils, Alexandre Dumas fils à Puys, près de Dieppe. En arrivant, il a ces mots lucides : «je viens mourir chez toi». On l’installe dans la plus belle chambre de la maison, où il meurt d’un accident vasculaire le 5 décembre 1870. Il a 68 ans, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne s’est jamais épargné. Notamment pour ce qui est du vin et de la gastronomie. D’ailleurs, à la fin de sa vie, il est justement en train d’écrire un Grand dictionnaire de cuisine, qui restera inachevé.   Il sera enterré à Villers-Cotterêts, sa ville natale. Mais le 30 novembre 2002, malgré les protestations des habitants, sa dépouille est transférée au PANTHÉON à Paris. Son cercueil, porté par quatre mousquetaires, est frappé de la célèbre devise «Tous pour un, un pour tous !» Que l’on prononce souvent à l’envers. La veille de sa mort, Alexandre Fils avait trouvé son père le visage fermé. «À quoi songes-tu, papa ?», «Alexandre, crois-tu qu’il restera quelque chose de moi ?», «Ça, papa, je te le jure !». 

En 1969, le château de Monte-Cristo, qui commence à se délabrer est menacé de destruction au profit d’un vaste projet immobilier. Un combat est alors mené de front par les trois villes de Marly-le-Roi, Port Marly et le Pecq qui se réunissent et créent un Syndicat intercommunal ainsi qu’une association, la Société des amis d’Alexandre Dumas. Ils sauvent pas conséquent le château de la destruction. Depuis le site a été classé monument historique, le château de Monte-Cristo et le château d’If ont été restaurés (façades, toitures, escaliers, décorations intérieures, création d’une bibliothèque) À ces travaux d’envergure, se sont ajoutées la restauration de la réalisation du parc ainsi que la mise en place de structures d’accueil. Le salon mauresque a été entièrement restauré par des artisans marocains grâce au mécénat du roi Hassan II du Maroc.

Il ne manque au domaine actuel, pour être conforme à l’original, que l’espace occupé par les écuries. 

Le Syndicat intercommunal et la société des amis de Dumas, travaillent main dans la main pour assurer son rayonnement et ont a cœur de sauvegarder le patrimoine architectural hors du commun qu’Alexandre Dumas nous a laissé. ▼

Cézanne, le génie à l’état pur !

Longtemps incompris, ce grand pionnier de la modernité, né en 1839, n’a été reconnu qu’à la fin de sa vie. Solitaire et bourru, l’ami d’enfance de Zola n’était heureux qu’un pinceau à la main.

Cézanne, le génie à l'état pur.

Giverny, le 28 novembre 1894. Dans la salle à manger aux murs jaunes de la maison de Claude Monet, une joyeuse assemblée devise sur l’art et la politique en partageant un bon repas. Tous grands pionniers de la modernité, ils s’impatientent de la frilosité de l’époque : Rodin se bat pour imposer sa statue de BalzacClemenceau lutte contre l’extrême droite, Monet déconcerte avec sa dernière série sur la cathédrale de Rouen. Quant à Cézanne, il est le plus incompris de tous. 

La montagne Sainte-Victoire.
La montagne Sainte-Victoire peinte par Cézanne

Éternel refusé au Salon de Paris, le peintre vit l’essentiel du temps en reclus à Aix-en Provence. 

Devant la montagne Sainte Victoire, il entre en symbiose avec la nature, espérant en restituer l’âme sur sa toile. Ses oeuvres, traversées de lignes géométriques et d’épaisses couches de peinture, préfigurent déjà le cubisme et l’abstraction. Depuis des décennies, la critique d’art officielle l’étrille inlassablement, le qualifiant de «fou amoureux de la laideur», mais les collectionneurs commencent à reconnaître son génie et la nouvelle génération le vénère.

Pourtant, l’ermite d’Aix demeure une énigme. Que cherche ce type tout dépenaillé, la barbe en broussaille et le regard fiévreux, qui bat la campagne avec son chevalet ? *«Je veux me perdre dans la nature, repousser avec elle, comme elle, avoir les tons têtus des rocs, l’obstination rationnelle du monde, la fluidité de l’air, la chaleur du soleil»*. Comment peindre le parfum d’une pomme ? Comment capter l’essence de son sujet, que ce soit un paysage, un objet ou un être ? Il fallait certainement la ferveur obstinée d’un homme à la fois philosophe et mystique pour inventer une nouvelle façon de peindre. 

Au XXe siècle, Picasso ne s’y trompera pas en le qualifiant de «père de la peinture moderne». Au point qu’une rumeur prétend qu’il est en réalité un peintre célèbre qui se cache sous un pseudonyme pour pouvoir livrer une oeuvre audacieuse en toute liberté. Audacieux et libre, il l’est en effet. Mais il se cache, c’est de ses semblables, dont il supporte mal la présence.

Paul Cézanne n’aspire qu’à peindre. Mais, à force de solitude, l’artiste à fleur de peau est devenu bourru, impatient et impulsif…en gardant un goût prononcé pour les blagues et la provocation. Un mélange détonnant pour la bonne société du XIXe siècle. Quelques années plus tôt, exaspéré par l’extrême coquetterie d’Édouard Manet, il lui avait lancé : *«Je ne vous serre pas la main, je ne me suis pas lavé depuis huit jours!»*Monet a donc prévenu ses invités des possibles sautes d’humeur de son ami. Mais, en cette belle journée d’automne, ému aux larmes par l’affectueuse poignée de main de RodinCézanne est heureux. Il rit aux éclats des plaisanteries de Clemenceau, mange allègrement sa viande avec ses doigts et amuse avec son vigoureux accent provençal. Il accepte même les compliments. Quelques jours plus tard, il quitte pourtant brutalement Giverny,  saisi par un de ses accès de doute.

De retour dans le Midi, il se retranche à nouveau de tout, oubliant jusqu’à l’existence de sa femme Hortense et de son fils, Paul, qui vivent le plus souvent à Paris. Il répond à peine aux lettres de Renoir et Pissaro, les compagnons de toujours. De Zola, l’ami d’enfance, il n’a plus guère de nouvelles depuis leur brouille de 1886. Décidément, *«le temps n’amène de progrès que dans le travail, sinon c’est une décomposition constante»*. Alors, au travail ! 

Cabanon de Paul Cézanne à Bibémus.
Cabanon de Paul Cézanne à Bibémus.

Dans son modeste cabanon, niché dans les carrières de Bibémus, loin du confort que lui permet son récent héritage, il poursuit sa recherche de perfection : il peindra plus de quatre-vingts fois sa chère montagne Sainte-Victoire, déchirant et conspuant les toiles qu’il estime ratées. Et il est rarement satisfait : Il ne reste aujourd’hui qu’environ 300 tableaux du maître, tous accrochés dans les plus grands musées du monde. Il n’aura eu qu’un mince avant-goût de sa gloire posthume, mais il ne l’a jamais vraiment recherchée. Pas plus qu’il n’a cédé à la facilité. Et pourtant, sa vie aurait pu être parfaitement douillette s’il avait mis ses pas dans ceux de son père….Mais très tôt, le fils du banquier d’Aix a préféré la poésie d’un lever de soleil à la comptabilité. Très tôt, aussi, la découverte de l’amitié a bouleversé son existence. 

Né le 19 janvier 1839, Paul est le fils naturel d’un chapelier et d’une ouvrière qui ne se marieront que cinq ans plus tard. Aîné de deux soeurs, Marie et Rose, il assiste dans son enfance à l’enrichissement spectaculaire de son père. Louis-Auguste ouvre une banque avec un succès qui vaudra à la famille Cézanne beaucoup de mépris et de jalousies. Mais, à 12 ans, le solide Paul n’en souffre pas. Sportif et bon élève, il brille particulièrement en mathématiques et en latin, et pas du tout en dessin….

Un jour dans son nouveau collège, il prend la défense d’un orphelin de père un peu chétif et zozotant. Le lendemain, son protégé, un certain Émile Zola, lui apporte un panier de pommes pour le remercier. Les deux adolescents deviennent inséparables. Durant sept ans ensemble, ils déclament de la poésie, partent en balade de l’aube jusqu’au crépuscule et partagent leurs rêves : Émile sera écrivain, Paul sera peintre. Ils balayeront l’art académique et rien ne pourra les arrêter ! Cette période restera toujours pour Cézanne la plus solaire de sa vie, celle qu’il revivra à coups de pinceaux en reproduisant les paysages qu’il arpentait alors. Les pommes, symbole de cette amitié fondatrice, deviendront le sujet de prédilection de ses nombreuses natures mortes.

Cézanne, le génie à l'état pur.

En 1858, Émile part pour Paris et supplie son ami de le suivre. Paul hésite. La foule et la grisaille de la capitale ne l’attirent guère. Et puis il faudrait affronter son père qui accepte déjà mal qu’il suive des cours de dessin…Ce père autoritaire et triomphant vient d’acheter la superbe résidence Jas-de-Bouffan et laisse Paul y installer son premier atelier, tout en exigeant qu’il fasse des études de droit. L’apprenti peintre obtempère, incapable de tenir tête à son père. Déprimé, il abandonne tout en 1860 pour rejoindre Émile à Paris. Mais son échec au concours d’entrée aux Beaux-Arts le convainc qu’il n’a aucun talent et il retourne à Aix pour travailler dans la banque paternelle. Durant un an, il peint les murs du salon du Jas-de-Bouffan, mais l’appel de la peinture est trop fort. Il repart à Paris avec une misérable pension de son père qui désavouera toujours sa vocation. 

Durant dix ans, il approfondit sa formation et cherche son style : il copie d’abord des oeuvres du Louvres, puis s’essaye à des sujets romantiques teintés d’érotisme ou franchement sanglants. Il s’exerce grâce aux modèles de l’académie Charles Suisse, où il noue de solides amitiés avec Camille PissaroAuguste RenoirClaude Monet et Alfred Sisley. Avec eux il déclenchera un scandale en 1874 en exposant pour la première fois des oeuvres impressionnistes. Peu à peu, Cézanne s’affranchit des écoles et aspire à une vision épurée qu’il explore surtout lors de ses nombreux retours en Provence. 

Ses premières toiles vraiment personnelles ne se vendent pas. Méprisé par les artistes installés, pas toujours compris de ses amis, il doit surtout affronter le regard dubitatif d’Émile qui le considère de plus en plus comme un artiste «impuissant» et un génie «avorté». Les mots sont rudes. Mais, depuis quelques années, les deux amis s’éloignent insensiblement. Leur rivalité amoureuse pour la belle Gabrielle en est probablement le point de départ. D’abord éprise de Paul, elle a finalement cédé aux avances d’Émile, qu’elle épouse en 1870. Cézanne se consolera dans les bras d’un de ses modèles, Hortense Figuet, dont il aura un fils en 1872. Leur amour sera de courte durée, mais il ne l’abandonnera pas, même s’il cache sa famille à son père pendant des années ! Hortense restera néanmoins son modèle préféré. La quarantaine de portraits qu’il a fait d’elle sont autant de chefs-d’oeuvre. 

Atelier de Paul Cézanne
Atelier de Paul Cézanne

L‘année de son mariage est aussi celle de deux autres événements majeurs : son père meurt, lui laissant un bel héritage qui le sort enfin de la pauvreté. Il partage sa fortune avec sa femme et son fils et équipe son atelier sans compter : ce sera son seul luxe. L’autre événement qui l’éloigne plus encore de Zola est la publication de l’Oeuvre, un roman sur un peintre raté qui s’inspire de Cézanne. Zola ne comprend vraiment rien au génie de son ami. Ils s’écriront encore, mais ne se reverront pas jusqu’à la mort de l’auteur des Rougon-Macquart en 1902. 

Dans les années 1890, Ambroise Vollard devient le marchand de Cézanne et sera le premier à exposer ses oeuvres. À Paris, sa côte monte peu à peu tandis qu’il s’isole à Aix. Il fait construire son atelier des Lauves en 1901 et poursuit son ascension esthétique de la montagne Sainte-Victoire. Le sommet qu’il atteindra sera sa victoire sainte, celle de peindre l’indicible : *«Toute la volonté du peintre doit être de silence. Il doit faire taire en lui toutes les voix des préjugés, oublier, faire silence, être un écho parfait. Alors sur sa plaque sensible, tout le paysage s’inscrira»*. 

Il meurt le 15 octobre 1906, à 67 ans, d’une pneumonie attrapée en peignant sa montagne durant des heures, malgré le froid et la pluie. Alité, il continuait à se lever pour dessiner. Il est mort comme il a vécu : un pinceau à la main. 

*Les citations sont extraites de sa correspondance et de la biographie que lui a consacrée Bernard Fauconnier, Cézanne (éd.Folio).

La Colombie est un pays fabuleux !

En 2016, la fin de la guérilla avec les Farc a confirmé l’ouverture enthousiaste du pays au tourisme. Bienvenue dans un nouvel Eldorado entre Andes et Caraïbes.

Non, ce n’est pas dangereux de voyager en Colombie

Les deux décennies 80 et 90 ont été particulièrement sombres pour la Colombie, entre trafic de drogue et conflit intérieur. Certaines régions splendides, jusqu’alors déconseillées, sont désormais ouvertes. Les villes à la réputation autrefois sulfureuse, Medellin ou Bogota, ont depuis 15 ans mis en œuvre de profondes mutations sociales.

Carthagène et la côte caraïbe ▼

Top 7 Kreuzfahrt Ausflüge in Cartagena de Indias ab 44€ | Meine Landausflüge

C’est la perle du pays et presque une bulle à part. Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, Carthagène des Indes (pour la distinguer de son homonyme espagnol) est un remarquable exemple d’architecture coloniale. Après une longue léthargie, le cœur historique revit. Fondée en 1533, sur trois îles marécageuses, la ville garde 12 km de remparts. L’or des Andes pillé par les conquistadors affluait ici avant d’être embarqué pour l’Espagne, tandis qu’arrivaient les esclaves africains. D’où la richesse des grandes demeures parées de calcaire marin et dotées de massives portes cloutées à heurtoir. Les crépis colorés ont retrouvé leur pimpant alors que les balcons débordent de bougainvillées.

Getsemani, Histoire et Street Art à Cartagena / Voyage en Colombie

La prospérité a gagné le quartier voisin de Getsemani, plus modeste. Truffé de boutiques artisanales, de petits restaurants et de terrasses, il vibre encore le dimanche soir, comme si le week-end ne devait jamais s’arrêter.

Les colombiens aiment faire la fête en toute occasion, qu’ils trinquent au rhum ou à l’aguardiente dans un restaurant, qu’ils dansent la Salsa ou qu’ils jouent du Tambour.

Le quartier de la Boquilla s’ouvre aussi aux visiteurs qui viennent se balader dans la mangrove, pêcher le crabe au casier ou s’initier au tambour avec des locaux toujours disponibles et enjoués. La presqu’île de Baru et les îles du Rosaire, à une heure de bateau de Carthagène, offrent une délicieuse journée de farniente, en particulier pour les plongeurs.

Au cœur des cordillères andines

Circuit en Colombie : La Colombie sans concession - Nomade Aventure
Les Palmiers de cire

La cordillère des Andes se divise en trois grandes branches. Elles entaillent l’ouest du pays, nécessitant de nombreux aéroports pour passer de l’une à l’autre. 80% de la population y vit, profitant d’un climat clément et de terres fertiles. Le pic Cristobal Colon – en hommage au navigateur Christophe Colomb – culmine au nord, à 5 775 mètres, c’est le cinquième plus haut sommet au monde suivi par de nombreux hauts sommets. Les 3 000 mètres s’atteignent sans problème – Il est situé dans le parc national de la Sierra Nevada de Santa Marta.   la capitale Bogota, se trouve sur un plateau, à 2 640 mètres. À cette hauteur, dans la vallée de San Félix ou celle de Cocora, s’élancent de curieux palmiers de cire, nommés ainsi pour leur couche protectrice. Symboles menacés du pays, ils cumulent les records, tant pour leur taille (jusqu’à 60 mètres) que pour l’altitude où ils poussent. Tous les végétaux s’acclimatent selon l’altitude et donc la température : fleurs, légumes, céréales et tubercules de toutes sortes, fruits tropicaux… Ils font des marchés une explosion de couleurs et de saveurs. Mais le roi des pentes abruptes, entre 1 000 et 2 000 mètres, c’est le café.

Café de COLOMBIE Région Huila , Torrefaction de cafe, Pamiers

Une vaste région lui est dédiée, dont le cœur se trouve vers Manizales, Pereira et Armenia. L’arabica est cueilli à la main, tout au long de l’année, et séché dans des petites fincas ou des haciendas, avant d’être porté dans des coopératives comme à Salamina.

La récolte du café connaît des pics en avril/mai et octobre/novembre.

Une capitale et un pays optimistes

Colombie - Bogota, 2 600 mètres plus près des Étoiles | Le Magazine du  Voyage Autrement
Bogota – la place Bolivar –

Les touristes français ont été pionniers, arrivant à Bogota à la fin des années 2 000. À juste titre : depuis six ans, les agences réceptives se multiplient, et les visiteurs aussi. Un symbole parmi d’autres : auparavant, le meilleur café était exporté et on se contentait d’un jus insipide et ultra-sucré. Désormais, les bars de connaisseurs mettent en avant sa provenance, des quarante parfums et servent des expressos !

L’accord de paix entre le gouvernement et la guérilla des Farc, signé en septembre 2016, suivi de leur désarmement, entérine un tournant majeur après des décennies de luttes internes. L’ex-trafiquant Pablo Escobar n’a plus rien d’un modèle…contrairement à la chanteuse Shakira. Medellin, la deuxième ville du pays, naguère connue pour son cartel de la drogue, se distingue aujourd’hui par ses transports en commun et son innovation économique. Les jeunes cessent d’être vigiles ou infirmières pour se lancer dans l’hôtellerie ou l’artisanat, et fréquentent assidûment les boites à salsa. Bogota et ses 9 millions d’habitants connaît les disparités des mégalopoles d’Amérique latine. Fondée en 1538 sur une ville d’Indiens Chibchas, la capitale fut modelée par des architectes andalous autour de la place Bolivar.

Circuit de 18 jours en Colombie : Version Charme et Luxe
Quartier de la Candelaria à Bogota

En cours de réhabilitation, le quartier central et pentu de la Candelaria se prête à la promenade au milieu des façades acidulées et des panneaux de graffiti imagés – les graffitis du quartier de la Candelaria à Bogota, sont tolérés voire financés par la municipalité ! – l’altitude oblige à ralentir le pas pour grimper les ruelles – Quant à l’exotisme, il éclate aussi bien sur les grands retables dorés coloniaux qu’au marché de Paloquemao.

Medellin et l’art de la volupté

Medellín est une destination remplie de culture, d’innovation et d’histoire. Une ville enchanteresse grâce à ses paysages montagneux impressionnants, l’amabilité de ses habitants et son climat agréable qui lui confère le titre de « la ville du printemps éternel ». C’est ici que Fernando Botero est né en 1932. Il s’inspire de l’art précolombien et de la Renaissance, créant des personnages aux formes très rondes, sur la toile ou en bronze. 23 statues parsèment la place Botero dans sa ville natale. C’est un endroit parfait pour se promener et profiter des palmiers et du ciel bleu de la ville qui vont de pair avec l’art.

Voyage à Medellin, ville de l'éternel printemps - Colombie
Musée d’Antioquia – Medellin – Sculpture de Fernando Botero –

Le Musée d’Antioquia est l’un des musées les plus célèbres de Colombie  et une des attractions touristiques importantes de ce pays. Dans le musée, il y a plusieurs salles comprenant des œuvres de plusieurs artistes internationaux, mais les plus célèbres sont celles remplies de collections de peintures et sculptures de l’artiste populaire colombien Fernando Botero, qui dispose de plus de 100 œuvres dans le musée. 

Rep. Fernando Botero 40 x 50cm étiré peinture huile toile art décoration  m042 | eBay

Les œuvres de Botero contiennent de nombreuses références à sa propre culture, et dans un style unique, elles remettent en question le concept de la beauté dans notre siècle. Botero se fige parfois sur les scènes  de la vie quotidienne des Colombiens – souvent des scènes dramatiques dans la rue, où un individu est poursuivi par un policier dans l’indifférence totale, ou comme dans le suicide,  un homme désespéré se défenestre.   Et, bien sûr, il y a des moments de divertissement, où les couples dansent dans une salle de danse. L’un des éléments qui caractérisent le mieux les tableaux de Botero est sa capacité à combiner  la culture latino-américaine, nourrie par son penchant pour l’hyperbole et le fantastique,  avec celle de l’Europe d’une manière exceptionnelle.

Quelques merveilles naturelles

Grande comme deux fois la France, mêlant tous les écosystèmes – en particulier, la forêt amazonienne (un tiers de son territoire) – la Colombie a un énorme potentiel en matière d’écotourisme. Il ne reste qu’à le développer !

La plus belle rivière du monde coule dans le parc national de la Serrania de la Macarena, une chaîne montagneuse au centre du pays.

Caño cristales, la plus belle rivière du monde
Le ruisseau des cristaux – parc national de la Serrania de la Macarena –

Parsemé de cascades, le Cano Cristales (ruisseau des cristaux) se colore de jaune, vert, bleu, noir et surtout de rouge, grâce à une plante aquatique qui transparaît dans ses eaux limpides. Les couleurs changent en fonction de la saison. Pas moins de 420 espèces d’oiseaux ont été recensées dans le seul parc de la Serrania de la Macarena, sans parler des amphibiens, des reptiles ou des primates. L’ours andin, le puma, le colibri ou le condor figurent parmi les stars du pays, tout comme la baleine à bosse qui se reproduit de juillet à octobre sur la côte du Pacifique. Le sous-sol du pays n’est pas en reste. Les mines de sel de Zipaquira, au nord de Bogota, ont été reconverties en une immense cathédrale. Et, si l’on évite la contrefaçon au marché noir, les émeraudes sont le plus étincelant des souvenirs.  « le seul risque d’un voyage en Colombie, c’est de ne plus vouloir en repartir ».

Week-End dans la capitale de La Belgique.

Résultat de recherche d'images pour "bruxelles ville"
Bruxelles – Dans les jardins du quartier du Mont des Arts, où les plus beaux musées de la ville se laissent visiter.

On trouve tout et son contraire dans cet îlot francophone en pays flamand. Au-delà de sa Grand-Place, la cité Belge, arty et volontairement décalée, a une personnalité qui mérite qu’on l’envisage sous plusieurs angles. Je vous propose de visiter BRUXELLES,  la plus européenne des capitales entre tradition et modernité. 

L’ART NOUVEAU né dans les dernières années du XIXe siècle et emporté par la Première Guerre Mondiale, a été un mouvement éphémère. Heureusement, il y a Ixelles et Saint-Gilles. À la lisière de ces quartiers du sud du centre ville, le musée HORTA porte haut et fort la mémoire du chef de file incontesté de l’Art nouveau belge, Victor Horta. 

Résultat de recherche d'images pour "Bruxelles le musée Horta"
Le Musée Horta, joyau de l’Art nouveau belge, offre une plongée dans la belle Époque.

Un art total, tout en ondulations, ornementations de fer et de mosaïques, des poignées de porte aux balcons en forme d’ailes de libellules.

Nul autre quartier de la capitale belge ou le pire côtoie le meilleur en architecture – compte autant de vestiges de la belle époque : hôtels Tassel, Solvay, hannon, étonnants édifices signés Paul Hankar...Rares sont ceux qui se visitent, ce qui explique l’affluence au musée Horta, mais ils se laissent admirer depuis la rue et offrent un beau but de promenade. Au passage, on découvre un quartier chic et arty, où les bonnes tables côtoient les galeries d’art et où nombre des très nombreux Français installés dans la capitale belge depuis une vingtaine d’années ont élu domicile.

DANS LE QUARTIER ROYAL,  quarante-huit statues des anciennes corporations de la ville bordent la bulle de verdure du square du Petit Sablon.

Résultat de recherche d'images pour "bruxelles square du petit sablon"
Square du Petit Sablon – Bruxelles

En face, l’église Notre-Dame semble vouloir percer le ciel de ses flèches gothiques. Elle précède la Place du Grand Sablon, bordée de boutiques chics. Quelques centaines de mètres plus loin Le contraste est d’autant plus saisissant avec la solide architecture classique des musées royaux des Beaux-arts, quelques centaines de mètres plus loin ▼

Résultat de recherche d'images pour "bruxelles musée royaux des beaux arts"
Musée des Beaux-Arts

Des primitifs flamands à Magritte,  en passant par les oeuvres contemporaines du Moderne Muséum, ces quatre musées ont de quoi satisfaire toutes les curiosités artistiques.

Résultat de recherche d'images pour "musée des instruments de musique bruxelles"
Le MIM

Le dernier-né, le Fin-de-siècle Muséum, s’intéresse à l’Art Nouveau, qui s’illustre aussi au musée des Instruments de musique, remarquable autant pour sa collection que pour sa façade. Celui que les Bruxellois appellent simplement le MIM est en effet logé dans le bâtiment de l’ancien magasin Old England, splendeur Art nouveau de 1899.

AUTOUR DE LA GRAND-PLACE :

Plus on se rapproche du haut beffroi de l’hôtel de ville, et plus on entre dans le territoire des icônes de Bruxelles.

Premières d’ente elles, les galeries de Saint-Hubert et leurs longues verrières sous lesquelles scintillent les boutiques chics. Elles mènent au cœur vibrant de la ville : La Grand-Place

Résultat de recherche d'images pour "Bruxelles la grand place"
Bordée de demeures à pignons, la Grand-Place est le cœur de Bruxelles.

​D’un côté l’hôtel de ville et sa tour gothique, de l’autre la dentelle de pierre de la maison du roi. Tout autour : une série de demeures aux noms parfois surprenants – la Brouette, le Sac, la Louve – plus belles les unes que les autres. Une splendeur qui se pare de couleurs dorées à la nuit tombée.

Résultat de recherche d'images pour "manneken pis bruxelles"
Manneken-Pis

L’icône suivante est très petite en taille, mais grande en importance aux yeux des Bruxellois. Le Manneken-Pis est bien plus qu’une statue d’un gamin espiègle urinant : ce bronze d’à peine plus de 50 cm de haut est le symbole de l’esprit d’irrévérence et d’indépendance des habitants de la ville.

Le quartier décline d’autres icônes – l’incontournable Musée de la BD, la biscuiterie Dandoy, les belles Halles Saint-Géry – mais présente aussi une nouveauté dans l’air du temps : le long boulevard Anspach est depuis peu piétonnier. On respire ! 

À la nuit tombée, L’Atomium, conçu pour l’Exposition universelle de 1958, s’illumine ▼ 

Résultat de recherche d'images pour "atonium  bruxelles"
L’Atonium

L’Atonium est devenu au fil du temps un symbole de la capitale Belge et un lieu touristique incontournable de Bruxelles,  comme la Tour Eiffel  à Paris. 

Son nom provient de la combinaison des mots «atome» et «aluminium», matière avec laquelle les sphères étaient originellement recouvertes. Il représente les neuf atomes et les jonctions sont en fait une schématisation de la maille du cristal de fer agrandit 165 milliards de fois.  

Cette oeuvre d’art, crée par l’architecte André Waterkeyn, se compose de 9 sphères, chaque sphère est reliée aux autres par des tubes qui reposent sur 3 piliers. Ses éclairages et des clignotements symbolisent le trajet d’un électron dans un atome. A l’intérieur on effectue un promenade surréaliste à travers les tubes et les sphères métalliques, d’où l’on apprécie un panorama fantastique sur Bruxelles et ses alentours. 

AU COEUR DE LA VILLE les Bruxellois appellent «Caprice des Dieux» le bâtiment du Parlement européen, ▼ en référence à sa forme qui évoque le célèbre fromage. 

Résultat de recherche d'images pour "parlement européen bruxelles"
Le bâtiment du Parlement Européen date des années 1990.

Avec le Berlaymont, quelques centaines de mètres plus au nord, qui abrite le siège de la Commission européenne (ne se visite pas), cet édifice sans charme est l’un des piliers de l’Europe. C’est par ce simple mot que les habitants désignent ce quartier de quelques kilomètres carrés qui concentre tant de fonctionnaires, diplomates et lobbyistes qu’il est l’un des moteurs du dynamisme et du cosmopolitisme de la capitale Belge. 

Plusieurs sites permettent d’en apprendre plus sur ces institutions souvent décriées et perçues comme complexes. Le Parlamentarium affiche une présentation multimédia high-tech, la Maison de l’histoire européenne revient sur les épisodes glorieux (ou non) de l’histoire des pays de l’UE, et il est même possible de visiter l’hémicycle.

Pour varier un peu, le mieux est d’aller prendre l’air dans le parc du Cinquantenaire ▼ 

Résultat de recherche d'images pour "parc du cinquantenaire bruxelles"
Le Parc du Cinquantenaire abrite un arc de Triomphe, érigé à l’initiative du roi Léopold II, dont le sommet dévoile un beau panorama de la ville.

Ou tenter de visiter l’étonnant musée Wiertz, se trouvant face au parlement européen et présentant les oeuvres de ce fantasque artiste du XIXe siècle.

Résultat de recherche d'images pour "Musée Wietz"

C’est en 1850 que le sculpteur de talent, l’écrivain prolifique mais aussi le peintre Antoine Wiertz (1840 -1865) qui, de son vivant, n’hésitait pas à se comparer aux plus grands, eut l’idée de se faire construire un énorme atelier aux frais de l’état. Un contrat fut passé entre l’artiste et le ministère de l’intérieur qui prévoyait qu’en échange de l’aide reçue, Wiertz léguerait à sa mort ses œuvres à l’état. Le bâtiment restauré à grand frais, abrite aujourd’hui la majeure partie de son œuvre et en particulier ses monumentales toiles représentant des scènes mythologiques. Le musée se visite gratuitement, conformément aux volontés de l’artiste...Mais il reste fermé le Week-End. D’ailleurs il n’accueille que 4 000 visiteurs en moyenne par an, soit une quinzaine par jour….Une fréquentation dérisoire si l’on tient compte des frais de fonctionnement : Chauffage, surveillance, conservation des oeuvres. Logiquement chaque visiteur «coûterait» ainsi de l’argent. Mais pourquoi ne pas fermer en semaine et ouvrir les samedis et dimanches, lorsque les gens sont disponibles ? Cela ne devrait pas coûter plus cher …. Explications dans cette vidéo

Vous l’aurez compris,  ce musée doit rester confidentiel…. Est-ce une histoire humoristique Belge ? 

En fait, Les Bruxellois, veulent un espace publique qui le reste et des musées ouverts à tous. En 2017 ils ont demandé aux autorités belges que cesse la déferlante administrative et son cortège de mesures sécuritaires dans le parc et le quartier Léopold. Ils s’apposent à la mainmise de l’administration européenne sur le musée Wiertz et ses annexes. Plutôt que le vendre au Parlement européen  – Pour un euro symbolique – Ils demandent à l’état Belge qu’il honore la mémoire et le testament d’Antoine Wiertz en ouvrant à nouveau sa maison aux artistes et en faisant en sorte que le musée soit mieux promu et plus souvent accessible.

Les Bruxellois auront-ils gain de cause ?  Je leur souhaite, car on les aime beaucoup et ils nous le rendent bien.

Jean de La Fontaine : des fables pour instruire et divertir.

Nous autres, petits français, sommes nourris dès notre tendre jeunesse au pur jus de LA FONTAINE. On pourrait se demander quelle étrange aberration a conduit des générations successives de pédagogues à décider que LA FONTAINE est un auteur pour enfants sous prétexte qu’il met en scène dans ses fables des animaux doués de la parole. 

Rien n’est plus cruel,  en réalité, que ce théâtre animal où les agneaux innocents sont dévorés, où les ânes sans défense sont livrés au bourreau pour trois brins d’herbe qu’ils ont mangés et où des grenouilles vachement gonflées éclatent de vanité. Mais jamais ce fabuliste misanthrope et souriant n’a caché que ses animaux n’étaient que des hommes mal déguisés qui se mettent un loup sur le visage pour commettre leurs forfaits. Il serait regrettable que la réputation d’auteur scolaire faite – bien à tort – à La Fontaine, détournât plus tard l’adolescent ou l’homme de la lecture de ses Fables. 

Comment un lecteur ne suivrait-il pas pas les préceptes d’une morale si simplement, si joliment exprimée que les mots en restent à jamais gravés dans sa mémoire? 

La France, pays de LA FONTAINE, devrait être sage entre toutes les nations puisque la morale quotidienne s’y trouve mise en vers légers et souriants. Ah ! si nous avions eu un juriste, poète comme lui, pour mettre le Code Civil en vers inoubliables, nul ne serait plus censé ignorer la loi! 

Dans le langage quotidien, nous utilisons sans nous en rendre compte – et sans lui verser ce droit d’auteur moral qui se nomme la reconnaissance – les images et les expressions ou les vers de notre ami le fabuliste.

Une comédie animale et humaine : 

C’est ainsi que LA FONTAINE définit son recueil. «Ce n’est pas aux hérons que je parle ; écoutez, humains». Quelque 180 animaux peuplent ses fables. Parmi eux, il y a les puissants et les faibles. 

Le renard et le singe

«Les forts» sont souvent des carnivores [le lion, le loup, le renard, le chat….], des rapaces [le vautour, l’aigle…] Les victimes, ou «faibles», sont généralement symbolisées par l’agneau, l’âne ou la souris. Mais tous les personnages n’entrent pas forcément dans l’une de ces catégories. Les animaux utilisant la ruse peuvent parvenir à changer de classe : C’est le cas du renard ou du singe. L’art d’instruire :

Les messages du 1er recueil présentent une morale traditionnelle. La Fontaine signale au lecteur les dangers qui le menacent. Il lui propose de se contenter d’un bonheur simple. Il lui conseille de se méfier des autres, d’utiliser la ruse plutôt que la force brutale et, enfin, de ne compter que sur lui-même. 

Dans le 2ème recueil, il insiste souvent sur l’idée que l’homme est sot, avide et superficiel. Il l’accuse d’ingratitude, de cruauté et de manque de piété. Selon lui, il faut accepter la mort, savoir profiter de l’amitié, chercher la retraite dans la nature et respecter les autres peuples. La fabuliste affirme aussi ses idées politiques. Il défend la monarchie contre la démocratie, à condition que le peuple soit solidaire de son roi. Par ailleurs, La Fontaine est un catholique convaincu. Selon lui, seul Dieu peut guider les hommes. La sagesse passe par un équilibre entre l’âme et le corps. L’homme doit s’accepter tel qu’il est, supprimer ses désirs et ses passions. La Fontaine lui conseille de rester chez lui, de ne pas voyager ni de s’intéresser à la science. La sagesse passe par l’épicurisme : L’homme doit profiter de la vie, de façon modeste, en jouissant des biens que lui offre la nature.

L’art de divertir : 

La Fontaine n’est pas un donneur de leçons. D’ailleurs, il sait ridiculiser les beaux discours, à l’image de celui du Pédant faisant la morale à l’Enfant qui se noie. Pour ne pas ennuyer le lecteur, il a recours au comique. La confusion qui règne entre les mondes animal, humain, minéral, végétal et mythologique complique les récits. Mais elle permet surtout de jouer sur les mots et les situations. La Fontaine, utilise la moquerie et la satire pour attaquer les vices. Le comique de la description passe par la caricature. Celle du Renard «serrant la queue, et portant bas l’oreille» ou encore celle du Héron « au long bec emmanché d’un long cou». Les exemples de comique de geste sont également nombreux  – L’âne «se vautrant, grattant, et frottant». Enfin, l’auteur utilise aussi le comique de caractère pour grossir le défaut d’un personnage : la légèreté de la Cigale et l’avarice de la fourmi, l’hypocrisie du Renard et la vanité du Corbeau. 

Son mot d’ordre : plaire. «On ne considère en France que ce qui plaît ; c’est la grande règle et pour ainsi dire la seule», écrit-il dans sa préface. 

C’est la manière de dire les choses qui les rend légères ou sérieuses. La Fontaine joue sur le décalage. La fable est traditionnellement un genre qui s’adresse aux enfants. Or, il est évident que La Fontaine a écrit pour les adultes. Cela provoque un comique de décalage. La Fontaine joue sans cesse sur les registres : il passe du registre inférieur au registre supérieur. Cette alternance crée une surprise et un plaisir à la lecture. Et de ce fait, une connivence et un jeu unissent l’auteur et le lecteur. 

En étudiant les fables d’Ésope, on constate qu’il n’y a pas de dialogue. Au contraire, La Fontaine fait appel au style direct. Par exemple, «Le renard s’en saisit et dit : Mon bon Monsieur…» La Fontaine reprend le ton des comtes, qui souvent s’adressent directement au public. Un réseau de langage au style direct se mêle à la narration, qui, elle, est plus objective. De ce fait, l’écriture est très dynamique. Le langage de chaque personnage nous donne des indications sur son physique, sur son niveau social, mais surtout sur sa psychologie. 

La fourmi, symbole de la minutie et de l'économie.

La fourmi, symbole de la minutie et de l’économie. La Fontaine est un moraliste: la psychologie et le caractère des personnages l’intéressent plus que leur niveau social. Pour lui, la position sociale n’importe que dans la mesure où elle a une influence sur le caractère d’un personnage. 

Les Fables de LA FONTAINE sont des textes d’une richesse inépuisable. Mais elles sont également des textes difficiles, pour les enfants comme pour les adultes. Le langage de La Fontaine est en voie d’archaïsme. Il fait des allusions au langage savant. Son style est très allusif car La Fontaine a souvent recours à l’ellipse. Tout cela fait que ses fables ne sont pas compréhensibles facilement.

Un loup affamé et affaibli rencontre un chien gras, beau et puissant. Le loup fait des compliments au chien qu’il admire, et celui-ci lui dit que si il veut être aussi bien soigné que lui, il n’a qu’à le suivre, et obéir à son Maître. Mais la contrepartie de ces soins est que le chien est attaché et qu’il est au service de son Maître justement. Le loup lui répond qu’il préfère être affamé mais libre, que bien nourri et asservi. 

«Qu’est-ce là ? Lui dit-il. Rien. – Quoi ? Rien ? – Peu de chose – Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché de ce que vous voyez est peut-être la cause – Attaché ? dit le loup : vous ne courrez dont pas ou vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ? – Il importe si bien, que de tous vos repas je ne veux en aucune sorte, et ne voudrais pas même ce prix à un trésor – Cela dit, maître loup s’enfuit, et court encor».

La morale de cette histoire est que la liberté n’a pas de prix. Il vaut mieux être libre mais affamé, que bien nourri mais attaché.

Sa vie : 1621-1695 

Jean de la Fontaine naît à Château-Thierry [Aisne] le 8 juillet 1621. Son père était maître des Eaux et Forets et capitaine des chasses. 

Une jeunesse sans soucis :  Après le collège, il entre en 1641 à l’Oratoire, où il mène une vie monacale qui ne l’intéresse pas plus que le travail scolaire. Il quitte l’établissement 18 mois plus tard. En 1649, il décroche un diplôme d’avocat. En 1647, son père le marie à une jeune fille de 14 ans, Marie Héricart. En 1652, il retourne à Château-Thierry et hérite de la charge paternelle de maître des Eaux et Forêts. Ne parvenant pas à exercer cette lourde tâche, il revend la charge. 

Préciosité et libertinage : Quand il se rend à Paris, il fréquente les société précieuses et libertines. Sa vocation poétique s’éveille de plus en plus. Il passe de longues heures à lire, traduit l’Eunuque de Térence, compose un poème, Adonis, qu’il offre à Nicolas Fouquet. Au moment de la chute de FouquetLa Fontaine reste son plus fidèle défenseur. Cette fidélité lui vaut la haine de Colbert, puis celle de Louis XIV lui-même. 

Ses protecteur :  Après Fouquet, il devient le protégé de la duchesse d’Orléans. En 1673, Mme de La Sablière le recueille et, après la mort de celle-ci en 1693, Mme d’Hervart. En 1684, il est élu a l’Académie française. Il y retrouve ses amis Boileau, Perrault et Furetière. Malade, il meurt chez ses derniers protecteurs, le couple d’Hervart. 

Après lui, la fable devient une mode et influence des auteurs comme Perrault, Mme de Villedieu, ou encore Furetière. 

Intemporelle grandeur de La Fontaine :  Les changements considérables connus par l’humanité depuis La Fontaine n’ont altéré en rien la pertinence de ses analyses de l’âme humaine  – L’homme sur le fond n’a pas beaucoup évolué. 

Yamoussoukro et sa fameuse Basilique !

Yamoussoukro est située à 240 kilomètres au nord d’Abidjan qui est la capitale économique du pays. 

Yamoussoukro

Autrefois, Yamoussoukro était un petit village nommé N’Gokro. Le nom a été changé en souvenir d’une reine de Baoulé appelée Yamousso, on y a ajouté Kro, qui veut dire village en langue baoulé. Yamoussoukro signifie «Village de la reine Yamoussou». 

Il y a 37 ans, le président Félix Houphouët-Boigny transférait la capitale de la Côte d’ivoire à Yamoussoukro. D’immenses chantiers ont été lancés pour la transformer en ville moderne : aéroport international, institut polytechnique, palais présidentiel, et aussi le plus grand lieu de culte chrétien du monde ! Mais le transfert des institutions n’a jamais eu lieu. 

Sur l’un des immenses boulevards de Yamoussoukro, trois voitures zigzaguent en tous sens pour contourner les innombrables nids-de-poule. L’image résume l’état de la capitale administrative ivoirienne : démesurée et quelque peu délaissée.  A «Yakro» règne une atmosphère de capitale fantôme : de vastes étendues colonisées par les hautes herbes, de rares écoliers déambulant sur des trottoirs géants, d’immenses édifices quasiment vides et le sentiment qu’une modeste bourgade est venue habiter un décor de mégapole au beau milieu de la jungle ivoirienne. Mais on respire mieux qu’à Abidjan, congestionnée dans ses embouteillages permanents et son air pollué.

Yamoussoukro incarne surtout le délire d’un Président qui a voulu faire de son petit village le centre du monde et qui a dépensé, sans compter, pour réaliser son rêve dans une ville qui n’a de capitale que le nom. 

Les 4 principaux bâtiments de Yamoussoukro sont très impressionnants. Ils sont situés aux 4 points cardinaux de la ville : La Préfecture au nord, la Fondation au sud, l’Hôtel du Président à l’est et la Basilique Notre-Dame-de-La-Paix à l’ouest. Les premières lettres de chaque édifice mises bout à bout forment les initiales du Président Félix Houphouët-Boigny. Il fallait y penser!

Au pied de la Basilique Notre-Dame-de-la-Paixnous sommes éblouis par tant de beauté mais aussi surpris de la voir, plantée là au milieu de nulle part..▼ 

Basilique Notre Dame de la Paix - Yamoussoukro - Côte d'Ivoire -
Basilique Notre-Dame-De-La-Paix – Yamoussoukro – Côte d’Ivoire –

Passé l’étonnement, il ne reste plus qu’à la visiter et admirer de près cette prouesse architecturale réalisée par Pierre Fakhoury, Ivoiro-Libanais architecte en chef de Félix Houphouët-Boigny, et Louis-Antoine Césario, directeur des grands travaux de Côte-d’Ivoire.

Une débauche de Chiffres : 

  • Hauteur totale de l’édifice avec la croix : 158 mètres – La coupole : hauteur 60 mètres et 90 mètres de diamètre à la base – surface externe 14 300 mètres carrés – La Lanterne : hauteur 40 mètres poids 320 tonnes.
  • Le péristyle : 128 colonnes doriques – Le parvis : 84 colonnes doriques – le tambour : 48 colonnettes corinthiennes – L’intérieur de la basilique : 48 colonnes doriques – 12 colonnes ioniques – 48 pilastres corinthiens.
  • Superficie en marbres : 70 000 mètres carrés, (allée, parvis et intérieur) 
  • Vitraux : 12 baies rectangulaires de 21 mètres de haut sur 11 mètres de large – 12 baies en plein cintre de 28 mètres de haut sur 11 mètres de large – 12 baies des Apôtres, de 13 mètres de haut sur 8 mètres de large – verrière du Saint-Esprit : 40 mètres de diamètres – Superficie totale des vitraux : 7 400 mètres carrés. 

Le poids de la partie centrale est estimé à 98 000 tonnes. 

A travers cette oeuvre colossale, l’ancien Président voulait réaffirmer sa foi catholique face à la montée de l’Islam dans son pays. Le 10 Août 1985, lors de sa seconde visite en Côte d’ivoire, Jean-Paul II bénit la première pierre placée sous la Basilique actuelle. Un an plus tard, les premiers coups de pioche font démarrer les travaux de l’énorme chantier. Trois bonnes années s’écouleront, temps record pour une réalisation d’une telle envergure, avant que la nouvelle église soit bénie. La basilique fut officiellement consacrée par le Pape en septembre 1990.

Une immense colonnade incurvée délimite la grande place de trois hectares, la construction elliptique autour de la place forme un imposant péristyle à deux rangées de cent vingt-huit colonnes doriques.  Quatre chapelles dédiées aux quatre Evangélistes couronnent le tout. Celle situé au Nord-Est, dédiée à Saint-Jean, cache sous sa coupole sept cloches de bronze ; la plus grosse, le bourdon, pèse 4300 kilos. Coulées à Orléans, en France, dans la fonderie à tradition familiale des Bollé, suspendues à une charpente en iroko, bois venant du coeur du pays. Des mètres carrés de marbre venant d’Italie, d’Espagne et du Portugal, s’étalent comme un tapis coloré, en dessins géométriques et en rosaces sur le sol de la basilique et sur le parvis qui l’entoure. 

Parvis de Notre-Dame-de-la-Paix – Yamoussoukro

Pour qui regarde du parvis les fûts cannelés de ses 84 colonnes doriques, ceux-ci soutiennent un énorme plancher fait de larges surfaces carrées et rectangulaires de caissons de staff. Ce plafond, outre sa fonction décorative, protège les verrières de l’entrée de la Basilique et sert d’abri contre le soleil à tous ceux qui, pendant les grandes cérémonies, n’ont pas trouvé de place à l’intérieur. 

L’ensemble de l’édifice a été dimensionné au regard des règles architecturales classiques et des capacités d’accueil définies par le Maître d’ouvrage lui-même : 

  • 7 000 personnes assises et 11 000 personnes debout dans la nef centrale.
  • 30 000 personnes debout sur le parvis
  • plus de 150 000 personnes debout dans l’espace compris entre les colonnes de l’esplanade.

C’est donc un ordre de 200 000 personnes qui peuvent être rassemblées ici. 

Dès l’entrée, on est surpris par la fraîcheur et la demi-ombre envahissant un immense espace

Un ensemble de colonnes doriques et ioniques géantes ( plus de 30 mètres de haut) entoure le sanctuaire et s’élance vers le déambulatoire et la coupole dont on admire les proportions harmonieuses. Alors que les colonnes doriques sont pleines, les douze colonnes ioniques sont creuses. Elles sont numérotées car elles cachent six escaliers et quatre ascenseurs qui permettent d’atteindre le déambulatoire des Apôtres et les terrasses extérieures. Deux d’entre elles ont un rôle purement technique et abritent des câbles. 

La coupole

La coupole de forme hémisphérique, légèrement ogivale, haute de 60 mètres et d’un diamètre de 90 mètres, elle est parmi les plus grandes du monde. Ce qu’elle pourrait avoir d’écrasant est corrigé par les lignes verticales des colonnes, des colonnettes doubles et des nervures du dôme lui-même, lesquelles lignes élancent tout le bâtiment vers le ciel. Ce dôme doit son allure à des milliers de plaques d’aluminium laqué, installées sur une charpente en acier galvanisé. 

Le Baldaquin

Au centre de la basilique, sous la coupole, un très haut baldaquin de laiton et de bronze surplombe le maître-autel. L’ensemble brille de la couleur dorée du laiton poli à laquelle s’ajoutent les reflets multicolores de la lumière des vitraux. Au sommet du baldaquin s’élève vers le ciel une croix dorée soutenue par une sphère terrestre, insigne royal. Vers elle convergent des rameaux de palmier rappelant l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem et soulignant encore la royauté du Christ. Une grande coupole bleu foncé (de près de sept mètres de diamètre), figurant le ciel avec ses losanges étoile de couleur jaune, domine l’autel. Dans son intérieur, elle cache des projecteurs qui éclairent le magnifique lustre électrique à la française. Ses pendeloques en verre opalescent, enfilées sur de longues tiges pendues au bord de la coupole ou descendant de son centre permettent d’obtenir de riches effets de diffraction de la lumière.  

Au coeur de l’église, sur une estrade circulaire, la table de la messe s’expose aux regards de tous les visiteurs. Elle est en marbre, ses bords sont légèrement ondulés pour lui donner la délicatesse d’un tissu qui la recouvrirait. 

Les 24 grands vitraux disposés autour du sanctuaire composent une véritable paroi de verre dans laquelle seules les colonnes doriques s’engagent. Dans l’émerveillement du soleil tropical, ils exposent et communiquent visuellement l’enseigne biblique. Cet « art de peindre avec la lumière », typique de l’architecture des églises catholiques, a servi de « Bible en images » aux illettrés de l’époque de son épanouissement, c’est à dire au Moyen Age. Là il s’associe au goût de l’Africain pour la couleur. 

D’une surface totale jamais égalée, les vitraux de Yamoussoukro rivalisent avec ceux qui font la gloire des grandes cathédrales gothiques. Ils doivent leurs coloris à l’ancienne technique de fabrication du verre antique. L’ensemble, l’exploit de l’équipe de « France Vitrail International », étincelle de bleus, de rouges, de jaunes et aussi des verts de la végétation africaine. 

Pour jouir d’une vue d’ensemble des jardins, d’un vaste panorama sur la ville de Yamoussoukro et sur la savane qui l’entoure, il faut sortir par l’une des 24 portes qui font communiquer le déambulatoire des Apôtres et les larges terrasses entourant le tambour. 

On domine alors de 34 mètres les vastes terrains de 135 hectares autour de la basilique, et notre vue de promène sur des espaces de verdure, sur des bâtiments surgis du sol. Dans la lumière et la chaleur étouffante du soleil, l’axe principal de cet ensemble ordonné fuit à l’horizon : c’est une allée de marbre et de granit d’un kilomètre de long où aucun arbre n’arrête le regard. 

Derrière la Basilique, deux bâtiments rigoureusement identiques se laissent apercevoir. 

Parfaitement équilibrés, dominés par la ligne droite dans la répartition de leur masses architecturales et dans leur sobre décoration, ils sont d’un pur style néo-classique. Par la présence de colonnes, par leurs coloris, par le choix des matériaux, ils s’harmonisent avec le sanctuaire. L’un, celui du Sud-est, est destiné à l’accueil du Saint-Père et de sa suite lors de ses visites en Côte-d’Ivoire. L’autre, celui du Sud-Ouest, abrite les bureaux et les logements du rectorat. A l’entrée trois bâtiments construits après l’achèvement de l’œuvre d’ensemble sont destinés à l’accueil pratique des visiteurs, et toutes les commandes techniques : son, éclairage, sonnerie des cloches, climatisation…se font depuis une salle spéciale : le synoptique, qui se trouve à l’entrée de la crypte. 

La Sonorisation : 

La basilique constitue le plus vaste volume sonorisé du monde et la qualité du son produit à l’intérieur de son enceinte fermée est sans précédent.  Le système de sonorisation se situe à trois niveaux :

  • Au niveau du sol
  • Au niveau du déambulatoire des douze Apôtres avec les pièges à sons : ces plaques à croix ou à carrés sur les trumeau.
  • Au niveau de la coupole : un chambre sourde a été créée sous la voûte en perforant les panneaux de staff et en utilisant des matériaux modernes.  
  • A l’intérieur des colonnes du baldaquin se cachent des haut-parleurs qui diffusent un son d’une puissance acoustique pouvant aller jusqu’à 90 décibels. 

La Climatisation : 

La répartition uniforme et stable d’une couche d’air frais s’étalant sur toute la surface de la basilique mais sur une hauteur de trois ou quatre mètres seulement, même lors de l’ouverture des portes, est assurée par un système de climatisation intégré dans les colonnettes des bancs.

L’éclairage : 

2428 projecteurs d’une puissance extraordinaire ont été mis en place. C’est grâce à eux que l’on obtient cet effet imposant et splendide de la Basilique illuminée la nuit. Elle se fait repérer et admirer de bien loin. 

Notre-Dame-De-La-Paix,  est une Oeuvre immense et surréaliste où la pierre et le verre s’unissent selon les règles de l’art pour le plaisir de nos yeux.  Sa construction a soulevé beaucoup de controverses en raison des montants faramineux engloutis par Houphouët-Boignyface à la pauvreté d’une grande partie de la population ivoirienne. Mais les critiques de l’époque ne semblent plus avoir vraiment cours, c’est à présent, surtout un sentiment d’abandon qui nourrit la colère des habitants. Félix Houphouët-Boigny s’est éteint en 1993, et son successeur, Henri-Konan Bédié (victime d’un coup d’État en décembre 1999), s’est désintéressé de Yamoussoukro, et depuis toutes les promesses sont restées lettres mortes.

Nous achevons notre visite, à 20 km de la basilique, par une balade au lac des caïmans, à l’entrée du palais présidentiel ▼

Le Palais PrésidentielYamoussoukro

Le palais est une demeure construite sur six étages et d’architecture contemporaine. L’entrée est gardée de part et d’autre par deux béliers d’or grandeur nature (pour comprendre le symbole, il suffit de savoir qu’en langue baoulé, bélier se dit «Boigny»). Le palais ne se visite pas, mais on peut se promener autour du célèbre lac pour voir les 200 caïmans sacrés ayant appartenu au Président. Ces sauriens ont pour la plupart été offerts à Felix Houphouët-Boigny par ses amis et leur repas quotidien vers 17 heures est un véritable spectacle. Chaque jour des Donzos officient devant les curieux pour nourrir les sauriens et organiser des séances photos. Jusqu’à ce jour tragique de 2012 où, tentant de sortir de la fosse après avoir fait le spectacle, il tomba et glissa devant les reptiles qui décidèrent d’en faire leur repas. D’autres victimes suivirent. Depuis, l’accès au lac est sensé être plus surveillé et réglementé. Mais nous avons pu nous en approcher sans problème. Le rituel perdure conformément à la tradition. Chaque jour vers 17 heures, les reptiles reçoivent leur offrande : Des poulets balancés vivants dans la fosse. 

On ne s’attarde pas ! 

Nous quittons Yamoussoukro pour rejoindre notre hôtel situé à 335 kilomètres de là, dans le village d’Assinie en bordure du l’océan.  Dans les méandres de la mangrove se mélangent les eaux douces et les eaux salées. C’est tout un écosystème préservé. 

Sur les bords du golfe de Guinée, Assinie offre un double visage sauvage est domestiqué. Sa longue plage en a fait une station balnéaire privée devenue célèbre en 1978, puisque c’est là que fut tourné le film «Les Bronzés». Le meilleur endroit pour profiter de la vie en Côte d’Ivoire, se reposer à l’ombre d’un cocotier, barboter dans une piscine pour se rafraîchir, sauter dans les vagues,  siroter un jus de fruit et refaire le monde avec ses amis !