Voltaire, le symbole de la liberté de penser.

Voltaire, le symbole de la liberté de penser.

Voltaire, a connu une vie mouvementée, marquée par son engagement au service de la liberté. Après les attentats de 2015, son Traité sur la Tolérance s’est éclairé d’un jour nouveau et ne s’est jamais aussi bien vendu. 

La production littéraire de Voltaire est immense. Elle englobe le théâtre, l’histoire, la philosophie, la poésie, les textes polémiques publiés à propos de tout et à jet continu, les contes, et une prodigieuse correspondance. De son vivant ses oeuvres complètes comptent déjà 40 volumes (édition de Genève de 1775). Après sa mort, l’édition de Kehl (1873-1790) de Beaumarchais incluant la correspondance comprend 70 volumes. L’édition en cours de publication à Oxford en comptera près de 200. Avec son «Traité sur la Tolérance» publié en 1763, Voltaire, comme d’autres grands écrivains, a mis sa plume au service de l’indignation. Au fil des années, on a oublié le contexte de ce traité, mais il n’en demeure pas moins comme le symbole de la liberté de penser et une dénonciation du fanatisme.

250 ans après sa première publication, ce petit texte écrit par Voltaire, écrivain et philosophe des Lumières, a figuré parmi les meilleures ventes du réseau de librairies française Gilbert Joseph, de la FNAC et d’Amazone en 2015.  Les ventes de ce livre qui traite des dangers du fanatisme religieux ont explosé quelques semaines seulement après les attaques extrémistes à Paris. 

Si vous voulez qu’on tolère ici votre doctrine, commencez par n’être ni intolérants ni intolérables. (Voltaire, Traité sur la Tolérance, 1763.)

François-Marie Arouet, dit Voltaire, est né le 21 novembre 1694 à Paris, ville où il est mort le 30 mai 1778, à 83 ans. Il a marqué le XVIIIe siècle et occupe un place particulière dans la mémoire collective française et internationale. On ne compte plus les ouvrages et les biographies qui lui sont consacrées. 

Tout au long de sa vie, Voltaire fréquente les Grands et courtise les monarques, sans dissimuler son dédain pour le peuple, mais il est aussi en butte aux interventions du pouvoir, qui l’embastille et le contraint à l’exil en Angleterre ou à l’écart de Paris. Voltaire aime le confort, les plaisirs de la table et de la conversation qu’il considère, avec le théâtre, comme l’une des formes les plus abouties de la vie en société. Soucieux de son aisance matérielle, qui garantit sa liberté et son indépendance, il acquiert une fortune considérable dans des opérations spéculatives qui préfigurent les grandes spéculations boursières sous Louis XVI et dans la vente de ses ouvrages, ce qui lui permet de s’installer en 1759 au château de Ferney et d’y vivre sur un grand pied, tenant table et porte ouvertes. Il y passera ses vingt années les plus fécondes ▼

Ferney-Voltaire est une commune française située dans le département de l’Ain, en région Auvergne-Rhône-Alpes.

La ville est située en France, à la frontière de la Suisse à seulement 4 km de Genève, et jouit d’une certaine autonomie qui le préserve des tracasseries de Versailles.  Mais Voltaire ne se contente pas de construire le château, il entreprend de créer à Ferney la ville idéale. Investissant ses capitaux, il aménage la seigneurie (drainage de la plaine, création de puits, construction de maisons…)  et favorise l’artisanat d’art comme l’horlogerie et la soierie, si bien que le modeste hameau de 150  âmes en compte plus de 1 200 à la mort de Voltaire.  Généreux, d’humeur gaie, il est néanmoins chicanier et parfois féroce et mesquin avec ses adversaires comme Jean-Jacques Rousseau et Crébillon. 

Classé monument historique, le château de Voltaire a bénéficié d’une restauration complète de 2015 à juin 2018, date à laquelle il a été ouvert au public. ▼

Le pèlerinage à Ferney fait partie en 1770 – 1775, du périple de formation de l’élite européenne éclairée. Considéré par la Révolution française – avec Jean-Jacques Rousseau, son frère ennemi – comme un précurseur, il entre au Panthéon en 1791, le deuxième après Mirabeau. A cette même période, sur l’initiative du marquis de Villette qui l’hébergeait, le «quai des Théatins» où l’écrivain habitait à Paris au moment de sa mort sera baptisé «quai Voltaire». Célébré par la IIIème République, dès 1870, à Paris, un boulevard et une place porte son nom. 

Place Voltaire à Paris.

Voltaire à nourri, au XIXe siècle, les passions antagonistes des adversaires et des défenseurs de la laïcité de l’État et de l’école publique, et, au-delà, de l’esprit des lumières. il demeure une référence universelle et l’ancêtre des intellectuels engagés, l’un de ceux qui ont contribué à édifier le monde moderne. Admiré ou exécré, Voltaire l’insoumis ne laisse personne indifférent, et sa gloire demeure à la mesure des passions qu’elle éveille et des haines qu’elle nourrit. Sa longue carrière a été un incessant combat et nous sommes les héritiers de certaines de ses victoires. 

Voltaire devient célèbre à 24 ans grâce au succès de sa tragédie d’OEdipe (1718).  A sa première sortie de la prison de la Bastille, conscient d’avoir jusque-là gaspillé son temps et son talent, il veut donner un nouveau cours à sa vie, et devenir célèbre dans les genres les plus nobles de la littérature de son époque : la tragédie et la poésie épique. Pour rompre avec son passé, et notamment avec sa famille, afin d’effacer un patronyme aux consonances vulgaires et équivoques, ils se crée un nom euphonique : Voltaire.

Le public qui voit en lui un nouveau Racine, aime ses vers en forme de maximes et ses allusions impertinentes au roi défunt et à la religion. Ses talents de poète mondain triomphent dans les salons et les châteaux. Il devient l’intime des Villars, qui le reçoivent dans leur château de Vaux, et l’amant de Madame de Bernières, épouse du président du parlement de Rouen. Après l’échec d’une deuxième tragédie, il connaît un nouveau succès en 1723 avec La Henriade, poème épique de 4 300 alexandrins se référant aux modèles classiques. 

Le Traité sur le Tolérance est écrit par Voltaire et publié en 1763 suite à l’affaire Calas. Le philosophe lutte pour l’indulgence, la tolérance universelle, la fin des massacres et des exécutions injustes. Ce message se compose de nombreux chapitres qui ont pour but d’éclairer le lecteur sur les situations d’injustices.

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Ce texte vise la réhabilitation de Jean Calas, protestant faussement accusé et exécuté pour avoir assassiné son fils afin d’éviter que ce dernier ne se convertisse au catholicisme. Dans ce traité, Voltaire invite à la tolérance entre les religions et prend pour cible le fanatisme religieux (plus particulièrement celui des jésuites chez lesquels il a fait de brillantes études étant jeune homme) et présente un réquisitoire comme les superstitions accolées aux religions.  Après un premier chapitre à stigmatiser le fanatisme religieux des juges de Toulouse qui ont condamné à mort le protestant Jean CalasVoltaire entreprend de montrer les avantages humains de la tolérance. Empruntant ses exemples à l’histoire, il entend prouver que l’intolérance n’est ni de droit divin ni de droit naturel, mais trouve sa source dans le fanatisme, lui-même engendré par la superstition, qui «est à la religion ce que l’astrologie est à l’astronomie : la fille très folle d’une mère très sage». Exposés historiques dialogues fictifs, témoignages, fausse lettre à un père jésuite, Voltaire multiplie les approches dans cette attaque virulente de sa principale ennemie. 

Pour Voltaire, la philosophie en chassant les démons de l’obscurantisme et du fanatisme offre aux hommes un moyen de rechercher ensemble le bien commun. Facteur de paix sociale, de respect et d’amour réciproques, la tolérance est une des exigences suprêmes de la civilisation et de la société. Avec «Le Traité sur la Tolérance»Voltaire réhabilite la mémoire de Calas, mais surtout il ouvre la voie à l’affirmation de la liberté religieuse telle que nous la concevons aujourd’hui. 

C’est un chef d’oeuvre littéraire inestimable qui a fait écrire à Diderot, non sans ironie : 

«Quand il y aurait un Christ, je vous assure que Voltaire serait sauvé». 

Lorsque Voltaire, brouillé avec Frédéric II, quitte précipitamment la cour de Prusse en 1755, il est interdit de séjour à Paris. Lui, le dramaturge favori de la Comédie-Française, l’historien du roi, doit se réfugier près de Genève, en terre calviniste. C’est là, à soixante ans, alors qu’il pourrait se retirer et jouir paisiblement de sa gloire, qu’il va entamer, avec une fougue et une passion d’adolescent, une carrière nouvelle de combats contre le fanatisme et l’intolérance. Par une étrange ironie de l’histoire, c’est dans les 25 dernières années de sa vie que Voltaire va construire et parfaire l’image que la postérité retiendra de lui : celle d’un intellectuel avant la lettre, engagé dans les luttes et les controverses les plus vives du siècle finissant, et non celle du grand poète et dramaturge classique français qu’il croyait déjà être. 

Ses combats contre toute restriction de la liberté individuelle lui confèrent une immense popularité. Lorsqu’il revient à Paris en 1778, le peuple de la capitale lui réserve un accueil chaleureux et le porte en triomphe pour aller assister à la sixième représentation de sa dernière pièce «Irène». En avril de cette même année, il devient franc-maçon.

Voltaire meurt le 30 mai 1778 à Paris. Le curé de saint Sulpice refusant de l’inhumer, il est enterré à l’abbaye de Scellières. Ses cendres furent transférées au Panthéon le 11 juillet 1791, après une grande cérémonie sans la participation du clergé. 

Voltaire au Panthéon

Les oeuvres de Voltaire dénoncent la guerre, l’intolérance religieuse, l’injustice politique et sociale qui régnaient au XVIIIe siècle. On sent y souffler le vent annonciateur de la Révolution française de 1789. Que l’on apprécie ou pas ce philosophe des Lumières, force est de constater que ses écrits restent aux XXIe siècle d’une étonnante modernité. Le Traité sur la Tolérance est toujours d’actualité aujourd’hui, se plaçant au sommet des ventes des librairies un peu partout dans le monde. 

Stendhal, vérité, passion et quête de soi.

Stendhal (1783 - 1842)
Stendhal (1783 – 1842)

Stendhal, de son vrai nom Henri Beyle, est un des maîtres du roman du XIXe siècle. Dans son oeuvre, il se plaît à analyser finement les sentiments de ses personnages, mais aussi à décrire son époque.  Son obsession ?  La vérité. 

Né en 1783 il a grandi à Grenoble, marqué par la mort de sa mère à l’âge de 7 ans, il grandit sous l’autorité tyrannique de son père et d’un précepteur. Enfant au moment de la Révolution française, il reste très marqué par les événements. Un fossé se creuse entre son père et lui : il déclare ne pas croire en dieu et être républicain.  Il fait ses premiers pas d’autobiographe en commençant à rédiger son journal. Mais il n’utilise pas la première personne : il parle de lui comme d’un personnage qu’il connaît par coeur.   Il devient peu à peu Stendhal lorsque, à l’âge de 17 ans, il part faire la campagne d’Italie à Milan où il est nommé sous-lieutenant au sein du 6e régiment de Dragons. Ce voyage marque à jamais le jeune homme rêveur, épris de nature, de liberté, espérant rencontrer sur son chemin l’amour et la gloire. 

Milan (Italie)
Milan – Italie

Milan est  la porte d’entrée donnant sur un monde nouveau : celui de la vie d’adulte. «Cette ville devint pour moi le plus beau livre de la terre, où j’ai constamment désiré habiter». Les passions si fortes qui agitent les Italiens le fascinent immédiatement. Il est enthousiasmé par la puissance littéraire qui se dégage de leurs comportements. «L’amour et le crime» y sont portés à leur point de perfection, et l’Italie devient une source romanesque intarissable et irremplaçable : «Alors on vit des passions, et non pas l’habitude de la galanterie. Voilà la grande différence entre l’Italie et la France, voilà pourquoi l’Italie a vu naître les Raphaël, les Giorgion, les Titien». 

Pendant cette période, il écrit plusieurs oeuvres autour de l’Italie ainsi que «De l’amour». En 1821, parce qu’il est accusé de sympathie pour les carbonari – affection particulière ressentie dans la nouvelle «Vanina Vanini» – il est expulsé de Milan. 

De retour à Paris, presque ruiné après le décès de son père, il fréquente le milieu littéraire. De 1827 jusqu’en 1826, il a une relation avec Clémentine Curial, la fille de son amie la comtesse Beugnot. 

En 1827, il publie son premier roman «Armance», suivi en 1830 du «Rouge et le Noir», en partie influencé par la révolution de juillet 1830. Après celle-ci, il est nommé consul à Civitavecchia (Italie), mais il s’ennuie et part voyager.  Il découvre Bologne, Florence, Rome, Volterra, puis Naples. Un congé de 1836 à 1839 lui permet de rentrer à Paris. Après avoir achevé son dernier chef-d’œuvre romanesque (en cinquante deux jours) – La Chartreuse de Parme – en 1839, il commence à rédiger son roman – Lamiel – qui reste inachevé.

Stendhal meurt d’une apoplexie à l’âge de 59 ans, laissant son oeuvre autobiographique inachevée. Il avait été fait chevalier de la Légion d’Honneur par Guizot. 

Stendhal vit dans une époque qui se cherche un régime. En 60 ans de vie, il traverse la Révolution Française, le Premier Empire et la Restauration. L’histoire tient une grande place dans son oeuvre. Une personnalité le fascine : Napoléon Bonaparte. A partir de 1810, il participe à l’administration et aux guerres napoléoniennes, à partir de cette date, il est toujours dans le sillage de Napoléon et place beaucoup d’espoir dans l’Empire. La chute du régime en 1814 est pour lui une grande déception. Il déteste la restauration, qu’il juge vaine et médiocre. On retrouve Napoléon à travers les personnages de Stendhal, dont Julien Sorel héros passionné, ambitieux et calculateur,  dans «Le Rouge et le Noir». Il s’endort avec Le Mémorial de Sainte-Hélène (livre écrit par l’historien qui accompagnait Napoléon lors de son exil à Sainte-Hélène). Napoléon est son modèle d’énergie et d’arrivisme. Dans «La Chartreuse de Parme», sa pensée politique dévient plus subtile. Il décrit longuement la bataille de Waterloo. Ses espoirs sont déçus. Stendhal admire le chef militaire, mais rejette le despote. 

De son vivant, Stendhal ne connaît pas une grande célébrité. Il ne peut vivre de ses écrits et poursuit parallèlement une carrière politique. Pourtant, la critique lui reconnaît une qualité littéraire, notamment à la sortie du roman Le Rouge et le NoirMais sa peinture réaliste de la société dérange. Ses contemporains ne cessent de percevoir l’auteur comme aussi dangereux que son personnage, Julien Sorel. Mais un écrivain remarque très vite le génie de Stendhal : Balzac. 

Ce dernier salue avec enthousiasme la parution de La Chartreuse de Parme.

En 1840, il publie un long article à la gloire du roman et de son auteur, il écrit : Je trouve cette oeuvre extraordinaire. Mr Beyle a fait un livre où le sublime éclate de chapitre en chapitre.

Le confinement est une bonne raison de se replonger dans les classiques de la littérature : 

Les deux grands romans de Stendhal sont Le Rouge et Le Noir [1830] et La Chartreuse de Parme [1839]. On y retrouve deux personnages opposés. 

Julien Sorel, héros du Rouge et du Noir. Pour ce roman publié en 1830, Stendhal s’inspire d’un fait divers : L’affaire Berthet. Un jeune homme de condition modeste, engagé comme précepteur, devient l’amant de sa patronne. Renvoyé, il finit par tuer son ancienne maîtresse. Stendhal tient là son intrigue. À lui de donner de la consistance aux personnages. Julien Sorel a 19 ans et se sent très loin de la condition de son père, charpentier. Stendhal construit toute la personnalité de son héros autour du désir de s’en sortir socialement. D’abord en devenant l’amant de Mme de Rênal, puis, une fois chassé, en séduisant la fille du marquis de La Mole. Mais Julien n’est pas uniquement avide de réussite sociale. L’auteur s’attache à en faire un personnage ambigu : acharné dans sa quête de réussite sociale, il est à la fois arriviste et terriblement sensible. 

Fabrice del Dongo, héros de La Chartreuse de Parme, contrairement à Julien Sorel, Fabrice est bien né. Il ne recherche pas une réussite sociale, mais le bonheur. Fils de Marquis, on le suit tout au long du roman, de sa naissance à sa mort. La Chartreuse de Parme est donc un roman d’apprentissage. De déconvenues en déconvenues. Fabrice se retrouve en prison. Pour la première fois, il connaît l’amour avec Clélia Conti. Une fois encore, le sort s’acharne : cet amour est un échec. Pourtant, Fabrice sort grandi de toutes ces étapes franchies. Il veut épuiser tous les charmes de sa vie. Stendhal fait de Fabrice le personnage principal de son livre et le rend héroïque dans ses actes. Contrairement à JulienFabrice représente la vision optimiste du héros stendhalien. Pour lui, tout est prétexte au bonheur, même la prison. Il correspond à l’idéal masculin selon Stendhal. 

Leur point commun : ils refusent la médiocrité, surtout en amour. L’auteur analyse ce qu’il appelle la cristallisation amoureuse : l’esprit se nourrit de la réalité pour idéaliser l’être aimé. Là encore, décortiquer les états de la passion met au jour les motivations de chacun. Fabrice aime simplement par goût du bonheur. Alors que pour Julien, l’amour doit aussi servir socialement. 

Un narrateur pour donner une vue extérieure sur les héros. Stendhal refuse de livrer l’histoire uniquement du côté des personnages. Le narrateur s’immisce : il est observateur et témoin. De temps en temps, il se moque. Plus loin il s’interroge. Mais jamais il ne se montre supérieur. Ce regard narratif très construit opère toujours dans un souci de vérité, d’objectivité. Grâce à cette présence, le lecteur peut prendre du recul. Stendhal façonne ainsi une double approche des personnages. Pour toujours mieux les saisir. Waterloo : quel chambardement !  Et des décors somptueux nous emmènent  sur les bords du lac de Côme et l’Italie Chérie de Stendhal  ! 

Après avoir relu ces livres :  Je me suis demandé pourquoi notre époque avait oublié Stendhal ?  Retrouver cette plume magnifique fut un véritable bonheur, je les avais lus pendants les années lycée, et J’ai trouvé ces oeuvres encore plus belles…. Stendhal oppose quelque jeune homme pur et quelque homme d’esprit à ces monstres de besogne, de niaiserie, de cupidité, de sécheresse, d’hypocrisie ou d’envie, dont il a peint tant de fois les visages, les caractères et les actes. 

Pour Stendhal, ce que l’on connaît le mieux de la réalité est soi-même. Vivre c’est apprendre à découvrir son moi. Ce que Stendhal appelle «egotisme», correspond à cette quête de soi. Le beylisme est la stratégie utilisée pour y arriver. (Après la mort de Stendhal, le beylisme devient le culte de Stendhal lui-même). Pour Stendhal, il faut surtout se protéger de la société, qui brise les individus. Et si Henry  Beyle choisit d’écrire sous le pseudonyme de Stendhal, c’est justement pour se protéger. La société identifie une personne à son nom. Pour Stendhal, le «moi» est au delà. 

Tout romancier met un peu de lui dans ses livres mais c’est surtout la philosophie de Stendhal que l’on retrouve dans ses personnages, comme le besoin de se protéger de la société. Et finalement, Julien Sorel, dans le Rouge et le Noir. Et Fabrice del Dongo, dans la  Chartreuse de Parme, se retrouvent face à eux-mêmes en prison. Cette épreuve de l’isolement leur permet de se trouver, de se connaître. 

Dans les romans de Stendhal, il y a de l’action. Les longues descriptions à la manière de Balzac sont absentes. Dans Stendhal, ça galope ! Et puis, la dimension de recherche de soi-même est un thème qui touche chacun d’entre nous. 

ALEXANDRE DUMAS, l’auteur de plus de 300 œuvres.

ALEXANDRE DUMAS, l'auteur de plus de 300 œuvres.

Un jeune ambitieux, Alexandre Dumas, dit Dumas père, naît à Villers-Cotterêts (Aisne) en 1802. Il est le fils d’un général qui commanda la cavalerie de Bonaparte en Égypte. Orphelin à 3 ans, il passe une enfance libre et peu studieuse.  N’ayant d’autres ressources que la modeste pension que touchait sa mère comme veuve de général, le jeune homme dut songer de bonne heure à se créer des moyens d’existence et il devient clerc chez un notaire de Villers-Cotterêts. – Je venais d’avoir 15 ans, raconte-t-il lui-même, lorsque ma mère entra un jour dans ma chambre, s’approchant de mon lit en pleurs et me dit : «Mon ami, je viens de vendre tout ce que nous avons, pour payer nos dettes» – Eh bien, ma mère ? – «Eh bien, mon pauvre enfant, nos dettes payées, il nous reste deux cent cinquante-trois francs» – De rente ? Ma mère sourit amèrement – «En tout !» – Alors, ma mère, je prendrai ce soir cinquante-trois francs et je partirai pour Paris – «Qu’y feras-tu, mon pauvre ami ?» – J’y verrai les amis de mon père : le duc de Bellune, qui est ministre de la guerre, Sébastiani, Jourdan…- Muni des cinquante-trois francs, Alexandre Dumas embrassa sa mère et se rendit à Paris. Il vit successivement Sébastiani, Jourdan, Bellune, anciens amis de son père ; mais il reçut un accueil indifférent. Il eut plus de chance auprès du général Foy, à qui il avait été recommandé par un électeur influent du département de l’Aisne. «Voyons, que ferons-nous, lui dit le général ?» – Tout ce que vous voudrez. – «Il faut d’abord que je sache en quoi vous êtes doué» – Oh ! à pas grand-chose.- «Voyons, que savez-vous ? un peu de mathématiques ?» – Non, général – «Vous avez fait du droit ?» – Non, général – «Vous avez sans doute quelques notions de géométrie ou de physique ?» – Non, général –  «Vous connaissez le latin ou le grec ?» – Très peu – «Vous vous entendez peut-être en comptabilité ?» – Pas le moins du monde – Et à chaque question, Alexandre Dumas, sentait la rougeur lui monter au visage ; – C’était la première fois qu’on le mettait ainsi face à face avec son ignorance –  «Donnez-moi votre adresse dit le général Foy, je réfléchirai à ce qu’on peut faire de vous».  Dumas écrivit son adresse. «Nous sommes sauvés, s’écria le général en frappant dans ses mains : vous avez une belle écriture».  Trois jours plus tard, Alexandre entrait dans les bureaux du duc d’Orléans, en qualité de simple expéditionnaire,  aux appointements de douze cents francs.  Dumas songea alors à refaire son éducation. Il passait une partie de ses nuits à apprendre les langues anciennes, ou à lire les principaux auteurs de la littérature française. Il suivit de près, en particulier, l’impulsion que l’école romantique donnait à la littérature contemporaine et il ne tarda pas à deviner ce qui, dans les théories nouvelles, pouvait frapper fortement les esprits. Après trois ans d’un travail ardu et opiniâtre, Dumas publiera un volume de Nouvelles (1826), puis quelques pièces de théâtre dont la plus célèbre fut Christine de Suède (1827). Cette pièce, chaudement recommandée par Charles Nodier, mais boudée par les sociétaires de la Comédie-française, fut soumise à la décision de Picard : «Avez-vous une fortune ? » – Pas l’ombre, monsieur – «Quels sont vos moyens d’existence ?» – Une place de douze cents francs – «Eh bien, mon ami, retournez à votre bureau»Ce jugement sommaire ne découragea pas le moins du monde Alexandre Dumas. Il démissionne de son poste auprès du Duc d’Orléans, participe à la révolution de 1830 puis à celle de 1848. Il se présente deux fois comme député dans l’Yonne et essuie deux échecs. Il rejoint alors en 1859 l’armée de Garibaldi en Italie, où il reste pendant quatre ans. Il entreprend de nombreux voyages, tantôt pour le plaisir, tantôt pour fuir le régime politique ou ses créanciers.

Alexandre Dumas père, ici avec Melle Merken

Sa vie devient alors un véritable roman : il multiplie les duels et les aventures amoureuses (il aura 12 enfants, tous de mères différentes), fréquente les cercles littéraires et fait la connaissance de Victor Hugo, chef de file du romantisme. 

Dumas écrit depuis 1825.  Il connaît son premier grand succès avec sa pièce La Noce et l’enterrement. Dès lors, il ne cesse d’écrire : plus de 300 ouvrages au total, dont des pièces de théâtre [Henri III et sa cour, Kean…], des romans [Les trois Mousquetaires, Le comte de Monte-Cristo, La Reine Margot…], des mémoires, des articles, des chroniques (avec Gérard de Nervalet même un dictionnaire de cuisine ! Il devient l’écrivain le plus populaire de l’époque romantique. Dumas gagne, grâce à ses écrits, une fortune considérable mais ne cesse de s’endetter. 

Dumas était un homme jovial et entouré. Il a essentiellement été critiqué par Eugène de Mirecourt, connu pour sa méchanceté. Dumas n’était d’ailleurs pas sa seule cible. Mirecourt avait dressé des charges très dures sur presque tous les auteurs de cette époque. De plus il ne faut pas oublier que Dumas était un quarteronpetit-fils d’une esclave noire. Cela lui valait déjà des inimitiés.

On s’étonnait qu’un nombre si prodigieux d’ouvrages ait pu sortir de la plume et du cerveau de cet homme. En 1847 il eut un procès à soutenir contre deux grands journaux parisien. Alexandre Dumas s’était engagé à leur fournir annuellement, plus de volumes que n’en pouvait écrire l’auteur le plus habile, et on découvrit qu’il avait des collaborateurs secrets et en particulier Auguste Maquet, qui a revendiqué, au moins pour moitié, la propriété des romans les plus populaires et des drames à grands spectacles qui en furent tirés. Alexandre Dumas, s’est défendu du reproche de s’être approprié l’oeuvre de ses collaborateurs, en justifiant qu’il employait ses élèves pour l’essentiel du travail, et qu’il corrigeait ensuite les ouvrages. Quant aux nombreuses compilations et même aux plagiats dont on l’accusait, il se justifia en disant – «L’homme de génie ne vole pas, mais conquiert»– et citait l’exemple de Molière et Shakespeare. 

Alexandre Dumas n’a certes pas le style flamboyant d’un Victor Hugo, mais il possède une verve extraordinaire qui explique sans doute l’immense popularité qui a perduré depuis. Il est en effet l’un des auteurs les plus adaptés au cinéma, au théâtre et à la télévision. 

En 1844, Alexandre Dumas était à l’apogée de sa gloire. Rompant avec le succès des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo (tous deux publiés dans des romans en série), il cherchait un endroit où il pourrait échapper à l’agitation de la ville et trouver le calme dont il avait besoin pour produire de nouveaux manuscrits pour ses éditeurs.

Dumas vivait alors à Saint-Germain-en-Laye. Épris par ce tronçon de la Seine, il a choisi un terrain sur les pentes de Port-Marly, à 20 km à l’ouest de Paris,  comme endroit idéal pour construire sa nouvelle maison. Il a engagé Hippolyte Durand, un architecte de renom de l’époque, pour réaliser son rêve. Le rêve consistait en un château de la renaissance situé tout près d’un château gothique en miniature, doté de son propre petit fossé. Les jardins devaient être aménagés à l’anglaise, avec des grottes, des roches ornementales et des cascades….Dumas donna des instructions et le domaine fut créé selon ses souhaits. 

Quand un architecte informa Alexandre Dumas qu’il en coûterait plusieurs centaines de milliers de francs pour créer le domaine élaboré à l’anglaise qu’il envisageait, le célèbre écrivain Français aurait répondu : «Je l’espère bien !»  

Le 25 juillet 1847, amis, admirateurs et curieux se pressèrent pour sa pendaison de crémaillère…Il a baptisé son grand domaine le château de Monte-Cristo, et sa visite commence par une promenade le long d’un sentier boisé et à travers des grottes artificielles évoquant les grottes exotiques de l’île que son héros Edmond Dantès explore à la recherche de trésors cachés dans le château roman homonyme.

L’endroit isolé de la propriété donne l’impression que l’on se plonge dans les récits dramatiques et romantiques de Dumas.

Château de Monte-Cristo ; l'imagination créative d'Alexandre Dumas.
Château de Monte-Cristo ; l’imagination créative d’Alexandre Dumas.

Le Château de Monte-Cristo est un délice, avec des façades sculptées de tous les côtés. L’histoire, la personnalité et l’inspiration littéraire de Dumas sont visibles partout où l’on se dirige, des fleurs aux anges, en passant par les instruments de musique, aux armes héraldiques et aux bêtes étranges. L’écrivain avait placé des portraits de dramaturges historiques au-dessus de chaque fenêtre du rez-de-chaussée, mais Dumas lui-même occupe une place prépondérante, qui vous accueille toujours par le haut de l’entrée. Le blason de la famille est gravé sur le fronton, ainsi que la devise personnelle de Dumas : «J’aime ceux qui m’aiment». Enfin, les pinacles des deux tourelles du château portent le monogramme de l’écrivain. 

Au premier étage se trouve l’un des points forts du château : un salon de style mauresque authentique.▼

Le château néogothique, appelé par Dumas château d’If est son cabinet de travail. Il le fit construire en face du château, et en a fait son cabinet de travail ! Dumas s’y enferme durant de longues heures pour écrire en paix.

Ce charmant castel entouré d’eau présente des particularités architecturales hors du commun. Dumas y imprime définitivement son âme : De nombreux titres d’oeuvres de l’écrivain figurent en effet sur les façades aux côtés des représentations sculptées dans la pierre de quelques héros tels qu’Edmond Dantès ou le Moine Gorenflot.

On peut y lire : «Laissez-les me jeter la pierre. Les tas de pierre c’est le commencement du piédestal». 

Le parc entoure le château d’une étreinte verte, un cadre gracieux. Dumas souhaitait un jardin à l’anglaise planté des plus beaux arbres : «mélèzes, sapins, chênes, bouleaux, charmes, tilleuls…». Les caractéristiques naturelles de la région, combinées à ses nombreuses sources, étaient les ingrédients parfaits pour l’atmosphère romantique idéalisée qu’il recherchait et le résultat est magnifiquement mis en scène. Des fontaines, des rocailles et des cascades ont complété l’effet. 

Monte-Cristo est du pur Alexandre Dumas, un véritable reflet de son imagination créatrice. C’est particulièrement vrai pour le parc, où la générosité d’esprit et les extravagances de Dumas captivent à présent comme il le faisait de son vivant. 

Dumas aimait recevoir à Monte-Cristo. Il a tenu la cour, a diverti ses conquêtes féminines et a organisé de fabuleuses fêtes, servant des plats culinaires de son cru. Sa porte était ouverte à tout le monde, y compris à ceux qui vivaient à ses frais, profitant de son hospitalité légendaire et de sa franchise. 

La maison de Dumas était également remplie d’animaux domestiques. Chiens et chats parcouraient les lieux, mais la ménagerie comprenait des perroquets, des singes et même un vautour…La vie n’était jamais ennuyeuse chez Dumas. Cela ne pouvait pas durer éternellement, pas même pour Dumas. En 1848, poursuivi par ses nombreux créanciers, Dumas décida de vendre sa propriété ainsi que tous ses meubles et objets de décoration. Le 22 mars 1849, Alexandre Dumas la vendit pour la modique somme de 31 000 francs-or, bien que la propriété lui ait coûté des centaines de milliers de francs-or. Toujours attaché à son domicile, Dumas put rester à Monte-Cristo avec le consentement de l’acheteur, jusqu’en 1851. Il passe la fin de sa vie à la charge de son fils, Alexandre Dumas fils à Puys, près de Dieppe. En arrivant, il a ces mots lucides : «je viens mourir chez toi». On l’installe dans la plus belle chambre de la maison, où il meurt d’un accident vasculaire le 5 décembre 1870. Il a 68 ans, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne s’est jamais épargné. Notamment pour ce qui est du vin et de la gastronomie. D’ailleurs, à la fin de sa vie, il est justement en train d’écrire un Grand dictionnaire de cuisine, qui restera inachevé.   Il sera enterré à Villers-Cotterêts, sa ville natale. Mais le 30 novembre 2002, malgré les protestations des habitants, sa dépouille est transférée au PANTHÉON à Paris. Son cercueil, porté par quatre mousquetaires, est frappé de la célèbre devise «Tous pour un, un pour tous !» Que l’on prononce souvent à l’envers. La veille de sa mort, Alexandre Fils avait trouvé son père le visage fermé. «À quoi songes-tu, papa ?», «Alexandre, crois-tu qu’il restera quelque chose de moi ?», «Ça, papa, je te le jure !». 

En 1969, le château de Monte-Cristo, qui commence à se délabrer est menacé de destruction au profit d’un vaste projet immobilier. Un combat est alors mené de front par les trois villes de Marly-le-Roi, Port Marly et le Pecq qui se réunissent et créent un Syndicat intercommunal ainsi qu’une association, la Société des amis d’Alexandre Dumas. Ils sauvent pas conséquent le château de la destruction. Depuis le site a été classé monument historique, le château de Monte-Cristo et le château d’If ont été restaurés (façades, toitures, escaliers, décorations intérieures, création d’une bibliothèque) À ces travaux d’envergure, se sont ajoutées la restauration de la réalisation du parc ainsi que la mise en place de structures d’accueil. Le salon mauresque a été entièrement restauré par des artisans marocains grâce au mécénat du roi Hassan II du Maroc.

Il ne manque au domaine actuel, pour être conforme à l’original, que l’espace occupé par les écuries. 

Le Syndicat intercommunal et la société des amis de Dumas, travaillent main dans la main pour assurer son rayonnement et ont a cœur de sauvegarder le patrimoine architectural hors du commun qu’Alexandre Dumas nous a laissé. ▼

Ernest Hemingway, l’aventurier de la vie.

Ernest Hemingway, l'aventurier de la vie.
Ernest Hemingway

Cinquante cinq ans après sa disparition, Ernest Hemingway, écrivain hors normes, suscite de par le monde une fascination intacte. Romancier hors pair, journaliste sur tous les front, chasseur et pêcheur passionné, boxeur, d’un tempérament hâbleur et paranoïaque, il est l’homme de plusieurs vies et de toutes les aventures de son siècle. 

Hemingway. Plus qu’un nom, une marque de fabrique. Un mythe. Une légende. Papa Hemingway pour les aficionados du personnage, Hem’ pour les intimes de l’oeuvre.

Géant de l’écriture, il défiait tous les dangers et plaçait le courage physique et moral au sommet de l’échelle de ses valeurs. Boxeur, chasseur, aficionado, correspondant de guerre et même agent secret, il a tiré de ces expériences extrêmes un style résolument contemporain qui allait révolutionner la littérature.  

Ernest Miller Hemingway est né à Oak (Illinois) aux États-Unis le 21 juillet 1899, dans un milieu bourgeois. En 1917, il délaisse les études universitaires pour devenir reporter au Kansas City Star. Exempté du service militaire en raison d’une vue déficiente, il réussit tout de même à prendre part à la Première Guerre Mondiale, comme il le souhaitait : il devient conducteur d’ambulance sur le front italien pour la Croix-Rouge. Mais il est grièvement blessé par un obus et témoin de la mort de plusieurs compagnons d’armes, expérience qui le marque à jamais. Il vit alors un amour malheureux, et les thèmes mêlés de l’amour et de la guerre se retrouveront dans plusieurs de ses oeuvres de fiction. 

A la fin de la guerre, Hemingway devient correspondant à Paris du Star de Toronto. C’est là qu’il commence sa carrière littéraire, encouragé par des écrivains américains expatriés comme Ezra Pound et Gertrude Stein.

La maison d’Ernest Hemingway en Floride.

À partir de 1927, il s’installe successivement à Key West (Floride), en Espagne et en Afrique. Pendant la guerre d’Espagne, il retourne dans ce pays comme correspondant de guerre, une fonction qu’il remplira de nouveau durant la Seconde Guerre mondiale ( il participe au débarquement  du 6 juin 1944 en Normandie) À la fin de la guerre, Hemingway s’installe près de la Havane, à Cuba, puis à Ketchum (Idaho). 

Hemingway est ce qu’on appelle un «personnage». La passion, l’excès, la féroce envie de se frotter à la mort ont scandé sa vie. Ambulancier sur le front Italien à «Libérateur du Ritz» à Paris en 1944, reporter de guerre ou boxeur, il est encore un amoureux des femmes et un passionné des chasses les plus dangereuses. Autant de facettes flamboyantes destinées à masquer l’angoisse et les failles de cette personnalité mystérieuse et complexe. 

Il fut avant tout un bourlingueur, un aventurier de l’impossible qui ne cherchait que ses propres limites, qu’il fût devant sa fidèle Corona – qu’il appelait son psychiatre – et sur laquelle il tapa la plupart de ses textes, ou qu’il provoquât un face-à-face avec un lion, une femme fatale ou quinze daïquiris doubles. Au-delà de ces images, voici un homme sincère et fidèle, droit comme un I et fort comme la mort. Hem’ n’aura vécu que pour trois choses, se plaisait-il à dire : «écrire, chasser et faire l’amour».  

Les femmes de sa vie : Elles furent quatre à convoler avec lui : Hadley Richardson (de 1921 à 1927), Pauline Pfeiffer (de 1927 à 1940), Martha Gellhorn (de 1940 à 1945), et enfin Mary Welsh (de 1946 à 1961). ▼

* Hadley Richardson – Pauline Pfeiffer – Martha Gellhorn – Mary Welsh *

L’auteur Naomi Wood nous emmène à Paris, Antibes, Key West et Cuba dans «Mrs Hemingway». A travers le point de vue fictif de ses quatre épouses, elle raconte comment il fallait aimer – et être aimé par – l’écrivain le plus célèbre de sa génération et comment Ernest Hemingway était aussi un gars «Tendre, sensible et parfois délicat».

Hemingway est l’un des plus grands auteurs de l’entre-deux-guerres. Elliptique, parfois laconique, débarrassé de tout lyrisme, son style est marqué par son expérience du journalisme et par une exigence d’exactitude et de réalisme. Il permet à cet auteur de camper avec force deux catégories de personnages :

La première est celle de la «lost generation», une génération d’hommes et de femmes à qui la Première Guerre Mondiale a fait perdre toute foi dans les valeurs morales, et qui vit avec un désintérêt désespéré tout ce qui ne concerne pas sa propre quête émotionnelle. «Lost generation» : Cette expression fut forgée par Gertrude Stein pour désigner dans les années vingt et trente, un groupe d’écrivains américains dont certains ont participé à la Première Guerre Mondiale en France, et d’autres, qui désenchantés par l’absence de valeurs régnant aux États-Unis après-guerre, ont rejoint Paris. Ces écrivains sont réunis, d’une part, par un même constat, celui de l’inadéquation du monde d’après-guerre et des valeurs dont ils ont hérité, et, d’autre part, par une même recherche, celle d’une force morale et d’un langage artistique qui puisse l’exprimer. Les plus illustres sont Ernest Hemingway, Dos Passos, Fitzgerald, Arichibald MacLeish, Malcolm Cowley. 

La seconde catégorie se compose d’aventuriers, de héros au caractère simple et aux émotions intenses, hommes engagés dans la guerre, boxeurs professionnels et toréadors. Hemingway décrit, en évitant l’élucidation psychologique, jugée fallacieuse, la lutte courageuse et dérisoire de ces personnages contre l’état des choses, et en particulier contre la seule réalité inéluctable, la mort. 

Ernest Hemingway

Parmi les premières oeuvres d’Hemingway, il faut citer les recueils de nouvelles telles que «Trois Histoires et Dix Poèmes» (1923), sa toute première publication, «De nos Jours» (1925), ensemble de nouvelles inspirées de sa jeunesse, ou encore «Hommes sans femmes» (1927). Un peu plus tard, le recueil «Le gagnant ne gagne rien» (1933) décrit la vie de nécessiteux en Europe. C’est toutefois un roman qui établit sa renommée : «Le soleil se lève aussi» (1926) raconte l’histoire d’Américains et de Britanniques vivant en France et en Espagne, qui appartiennent à la «Lost generation» d’après la Première Guerre mondiale. 

En 1929, Hemingway publie son deuxième grand roman, «l’Adieu aux armes», histoire d’amour sur fond de Première Guerre Mondiale qui s’achève sur la mort en couches de la femme aimée et souligne l’absurdité de la destinée humaine. «Mort dans l’après-midi» (1932), recueil de nouvelles sur la tauromachie, et les «Vertes Collines d’Afrique» (1935), ouvrage consacré à la chasse au gros gibier, l’une des passions de l’auteur. 

Élevé à l’école de Kipling, ami de Fitzgerald, de Joyce ou Dos Passos, Hemingway laisse une oeuvre immense, marquée par son goût du voyage, d’un « Ailleurs » où l’entraînent un autre lieu, une autre femme, un autre récit. 

S’il a commencé par explorer les thèmes du désespoir et de la défaite, c’est à partir de la fin des années trente qu’il porte un intérêt croissant aux problèmes sociaux. Son roman «En avoir ou pas» et son unique pièce de théâtre, «La Cinquième Colonne» (1938), condamnent avec véhémence les injustices économiques et politiques. Dans le roman «Pour qui sonne le glas» (1940), qui s’inspire de son expérience de la guerre d’Espagne, Hemingway montre que la disparition de la liberté dans un pays, quel qu’il soit, met la liberté en danger dans le monde entier. Ce roman reste son oeuvre la plus célèbre. 

Durant la décennie suivante, il écrit encore un roman, «Au-delà du fleuve et sous les arbres» (1950) et, en 1952, «Le vieil homme et la mer», roman puissant et héroïque qui met en scène le combat solitaire d’un vieux pêcheur pour ramener sa proie à terre, combat qui trouve sa justification en lui-même bien plus qu’en son résultat. Ce livre lui vaut le prix Pulitzer en 1953 et le prix Nobel de littérature en 1954. 

Le dernier texte publié de son vivant est un recueil d’oeuvres poétiques (1960). Ses autres écrits ont été publiés à titre posthume : c’est le cas de «Paris est une fête» (1964), un récit de ses années parisiennes.

Si vous avez la chance d’avoir vécu jeune homme à Paris, où que vous y alliez pour le reste de votre vie, cela ne vous quitte pas, car paris est une fête.

Ernest Hemingway.

Un oeuvre inachevée, «Le jardin d’Eden» a été publiée en 1986, mais de nombreux manuscrits restent encore à ce jours inédits.

Tous ses romans sont empreints de cette différence qu’a ainsi résumée son amie et confidente Marlène Dietrich : 

Ce qu’il y a de plus incroyable, concernant Ernest, c’est qu’il a trouvé le temps de faire les choses dont la plupart des hommes se contentent de rêver.

Marlène Dietrich.

Personnage excessif, bon vivant, buveur notoire, mais aussi sportif, pêcheur, chasseur, amateur de corrida et de femmes, Hem’ a mené une vie aventureuse, où il se plaisait à côtoyer la mort. Dépressif, il se suicide le 2 juillet 1961 au petit matin, à Ketchum, dans l’Idaho, et met un point final à son existence, de la même façon qu’il achevait un roman, celui de sa vie.

Maison d’Ernest Hemingway à Ketchum dans l’Idaho.

Derrière cet auteur à la vitalité débordante, au courage sans bornes et au style unique, derrière le mythe, il y avait avant tout un homme passionné et passionnant, n’ayant eu réellement pour objectif que la littérature.

 POUR ALLER PLUS LOIN :

  • Paris est une fête

Au cours de l’été 1957, Hemingway commença à travailler sur «les vignettes parisiennes», comme il appelait alors Paris est une fête. Il y travailla à Cuba et à Ketchum, et emporta même le manuscrit avec lui en Espagne pendant l’été 59, puis à Paris, à l’automne de cette même année.

Le livre qui resta inachevé, fut publié de manière posthume en 1964. Pendant les trois années, ou presque, qui s’écoulent entre la mort de l’auteur et la première publication, le manuscrit subit d’importants amendements de la main des éditeurs. Se trouve aujourd’hui restitué et présenté pour la première fois le texte manuscrit original tel qu’il était au moment de la mort de l’écrivain en 1961.

Ainsi, «Le poisson pilote et les riches», l’un des textes les plus personnels et intéressants, retrouve ici ces passages, supprimés par les premiers éditeurs, dans lesquels Hemingway assume la responsabilité d’une rupture amoureuse, exprime ses remords ou encore parle de «l’incroyable bonheur» qu’il connut avec Pauline, sa deuxième épouse. Quant à «Nada y pues nada», autre texte inédit et capital, écrit en trois jours en 1961, il est le reflet de l’état d’esprit de l’écrivain au moment de la rédaction, trois semaines seulement avant une tentative de suicide. Hemingway y déclare qu’il était né pour écrire, qu’il «avait écrit et qu’il écrirait encore»….