Brocéliande ou l’éternelle quête du Graal …

Forêt mythique, Brocéliande se place au cœur de la légende arthurienne, où monde réaliste et monde surnaturel se superposent, entre croyances populaires et foi chrétienne.

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De Gaston Bachelard – «La forêt est un état d’âme» – à Félix Bellamy – «il faut croire que les grandes forêts ont le don d’attirer les prodiges» – en passant par François-René de Chateaubriand – «Qui dira le sentiment qu’on éprouve en entrant dans ces forêts aussi vieilles que le monde, et qui seules donnent une idée de la création, telle qu’elle sortit des mains de Dieu» – La forêt a de tout temps exercé sur les hommes une grande fascination.

L’obscurité des sous-bois, fermant les portes du ciel aux malheureux qui s’y égarent, et la lumière rasante du soleil filtrant à travers les branches engendrent chez l’homme crainte et espoir de disparaître et de renaître. C’est le lieu où l’on vient perdre le petit poucet ; celui où le diable donne rendez-vous aux sorcières pour danser le sabbat au milieu d’une clairière. Angoissante, la forêt peut tout autant se révéler accueillante et protectrice. Ermites et moines viennent y chercher la paix de l’âme dans le silence propice à la méditation ; les druides y coupent le gui sacré, réputé pour ses vertus médicales, mais aussi pour chasser les mauvais esprits ; sorciers et marginaux s’y réfugient à l’écart de la civilisation qui les a rejetés.

BROCÉLIANDE, L’IMAGINAIRE FORÊT

La forêt de Brocéliande ne ressemble pourtant à aucune autre forêt. Peut-être parce qu’elle n’existe que dans notre imaginaire. Incarnation du merveilleux et de l’enchantement, elle vit à travers la légende arthurienne, mise en scène par une littérature intemporelle qui va de Geoffroy de Mommouth à Julien Gracq en passant par Chrétien de Troyes et les romantiques du XIXe siècle.

Située, d’après les textes, dans la forêt de Paimpont (Ille-et-Vilaine), au cœur de cette Bretagne où foi chrétienne et croyances populaires s’entremêlent, Brocéliande invite à un parcours initiatique sur les pas de Merlin l’enchanteur, de la fée Viviane et des chevaliers de la Table ronde dont l’obsession à trouver le Graal se construisait sur le terreau de l’âme humaine, entre le Bien et le Mal, le rêve et la réalité.

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La Symbolique de la Table Ronde :

Dans la légende arthurienne, la table où se réunissent les preux chevaliers est ronde, à la différence de celles utilisées à l’époque médiévale par les rois, qui est carrée, sur laquelle le monarque prend place au milieu, légèrement en hauteur pour montrer sa puissance, offrant les places d’honneur de part et d’autre de son siège. La forme circulaire se veut aussi à l’image du monde.

À la source de la légende …

L’histoire de la forêt de Brocéliande s’écrit au conditionnel tant sont nombreuses les incertitudes. Nous sommes au Ve siècle après J.C., en Bretagne, de l’autre côté de la Manche. Comme dans toute l’Europe, les barbares, ici Saxons, Scots ou Angles, disputent aux peuples plus ou moins romanisés le pouvoir de posséder terres et pouvoir. Parmi les plus valeureux de ces résistants se distingue un certain Artus, seigneur de Camelot, près de Londres, entouré de preux chevaliers réunis dans la confrérie de la Table Ronde. Leur but est de défendre coûte que coûte leurs possessions. D’épiques combats, alimentés par la tradition orale, se transforment aux siècles suivants en récits légendaires qui associent à leur résistance la conquête du Graal.

Engagé aux côtés de Guillaume le Conquérant dans la bataille d’Hastings (14/10/1066), Raoul II de Montfort, seigneur de Gaël, entend ces récits guerriers. De retour sur ses terres de Paimpont, le chevalier s’en fait largement l’écho dans les soirs de veillée, racontant à l’envi des récits embellis. Ces péripéties guerrières se diffusent bientôt d’un côté à l’autre de la Manche, jusqu’à inspirer la littérature médiévale. Le plus connu des ces « romanciers » est Chrétien de Troyes. Au XIIe siècle, ce clerc, en plaçant la légende arthurienne dans le cadre de la forêt de Brocéliande, offre aux lecteurs une double entrée, entre le monde réaliste (les chevaliers de la table ronde) et le monde surnaturel et immortel, peuplé d’enchanteurs et de fées.

Paimpont – Abbaye du VIIe siècle

Connu depuis les temps anciens pour ses forges qui utilisaient le minerai de fer, très présent dans son sous-sol, ainsi que pour son abbaye du VIIe siècle fondée par le roi Judicaël, le village de Paimpont ouvre la porte du rêve à qui veut entreprendre un voyage au cœur de la légende arthurienne. Dans cette ancienne terre sacrée des druides, plantée de hêtres, de châtaigniers et parsemée d’étangs et de rochers gréseux, les passionnés de légendes celtiques cherchent dans cette nature qu’on dirait inventée, tous les symboles à leur quête.

Au val sans retour, le mystérieux étang du Miroir aux fées, royaume de la fée Morgane, la demi-sœur du roi Arthur, invite à se baigner dans ses eaux pour accéder à un autre monde et y trouver la paix des temps premiers où l’homme vivait en harmonie avec la nature.

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Fontaine de Barenton

Le fol amour se découvre à la fontaine de Barenton, là même où Merlin et Viviane se rencontrèrent pour la première fois. Merlin, sage parmi les sages, conseiller du roi Arthur et initiateur de prodiges dont celui d’arracher l’épée Excalibur de sa gangue rocheuse et permettre ainsi à Arthur d’accéder au trône. Merlin, qui abandonne toute sagesse pour offrir à Viviane, dont il est éperdument amoureux, le secret pour garder à jamais un homme. Faiblesse du mage dont profite la fée pour l’enfermer pour l’éternité dans les neuf cercles d’une prison infranchissable. Merlin, dont le tombeau se situe près du village de Landelles, scellé par trois grosses pierres.

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Sur l’une des pierres, des mains ont gravé : «Ici a été enfermé l’enchanteur par la fée Viviane»

Autre cercle de pierres, celui de la demeure de la fée Viviane, qui n’est autre qu’une ancienne chambre funéraire. Partout, à travers Brocéliande, résonne la présence des chevaliers de la Table ronde : Lancelot, Perceval, Gauvain…, habillés de leur armure et de leurs faiblesses. L’abandon de la quête pour Lancelot, par amour pour la reine Guenièvre ; Mordred, le traître, né d’une relation adultérine d’Arthur et qui finira par assassiner son père ; Perceval le Gallois, vainqueur de la quête du Saint-Graal et père de Lohengrin, le chevalier du cygne. Tous ceux auxquels Merlin et Arthur ont confié la mission d’assurer la paix du royaume avant de partir à la recherche du Graal et de le rapporter.

Ce Graal, qui est d’abord assimilé à la coupe de la fertilité ou au chaudron d’abondance dans la tradition celtique, tant recherché par les alchimistes, puis christianisé par Chrétien de Troyes qui l’identifie à la coupe qui aurait recueilli le sang du Christ. Objet d’un quête éternelle pour accéder à la sagesse et à la connaissance spirituelle, le Graal nous appartient, qu’il soit ou ne soit pas. Parce que les hommes qui n’ont plus de quête n’ont plus d’espoir ; parce que les pays qui n’ont pas de légendes sont condamnés à mourir de froid.

Eglise du Graal à Tréhorenteuc

L’ABBÉ VISIONNAIRE DE TRÉHORENTEUC

Pour qui cherche le Graal – L’imagination humaine reste féconde pour brouiller et multiplier les lieux – L’église de Tréhorenteuc est un passage indispensable. Non qu’elle puisse receler un fantastique secret, mais parce que dans cette forêt de Brocéliande qui bruisse de mystères, l’abbé Gillard, imprégné des histoires des chevaliers de la Table ronde, a fait communier tradition évangélique et légendes celtiques sur ses murs et ses vitraux. Ainsi l’allégorie représentant le Christ et les quatre apôtres sous les traits d’un cerf blanc et de quatre lions.

De 1942 au début des années 1950, aidé par deux prisonniers de guerre allemands, peintre et ébéniste dans le civil, l’abbé restaure le sanctuaire avec la bénédiction des autorités françaises et ecclésiastiques, réalisant un chemin de croix installé dans le chœur. Une œuvre surprenante qui montre, au gré des symboles qui la peuplent, les résurgence des mœurs païennes celtiques que le dogme chrétien n’a pas complètement occulté.

L’existence agitée de la Joconde

Le plus célèbre tableau de tous les temps est peint sur un panneau de bois de peuplier d’Italie et ne mesure guère que 0.40 m² (Hauteur 0.77 m – largeur 0.53 m – épaisseur 3.68 mm ) C’est le portrait d’une jeune femme pourtant vieille de six siècles, nommée LISA DEL GIOCONDO. 

La Joconde

Épouse de Messer ZANOBI DEL GIOCONDO, un obscur nobliau florentin, Madona LISA a 24 ans lorsque LEONARD DE VINCI la prend pour modèle. Il n’achèvera son œuvre que six ans plus tard après de nombreuses esquisses, quelques pauses et d’innombrables retouches.

D’une femme banale au visage régulier et aux mains potelées, le génie de Léonard parvint à créer un archétype de l’universelle beauté. La mortelle s’était transfigurée en une divine au sourire éternellement mystérieux. 

Amoureux de sa création, le peintre ne voulut pas se séparer de son chef d’oeuvre. Au mari venu prendre possession du portrait de sa femme il prétendit que le tableau n’était pas terminé. Lorsque, quelques années plus tard, mal considéré dans son pays (En Italie, il était accusé de viol sur de jeunes éphèbes.  Il est jugé pour sodomie en réunion à Florence et il est acquitté grâce à la présence d’une personne influente.) Léonard de Vinci quitta l’Italie pour la France où l’appelait François 1er. Il emporta ce tableau dans ses bagages ainsi que la «Sainte Anne» et le «Saint Jean Baptiste». Le souverain, aussitôt qu’il la vit, tomba amoureux de la Joconde et il sut convaincre le peintre de la lui céder contre une véritable fortune : 12 000 livres – C’est ainsi qu’en 1516, l’année d’après MARIGNAN, la Joconde fut naturalisée Française. 

Le Clos Lucé - Amboise -
LE CLOS LUCÉ – AMBOISE

Léonard de Vinci, mourut trois ans plus tard, le 2 mai 1519, dans une chambre du château de Clous (aujourd’hui le Clos Lucé), après avoir –  dit la légende – contemplé une dernière fois son chef d’œuvre qu’il avait réclamé à son chevet. 

La Joconde fut d’abord l’orgueil du «cabinet doré» de Fontainebleau avant de trôner à Versailles dans la petite galerie du roi. 

Après l’avoir confiée au garde-meubles de la place de la Concorde, la Révolution l’installa au Louvre. En 1870, elle fut cachée dans les souterrains de l’arsenal de Brest. En 1914, on la mit à l’abri à Bordeaux, puis à Toulouse. En 1939, elle fut dissimulée dans la cave du château d’Amboise, avant d’être envoyée dans des demeures anonymes du Lot et des Causses pour échapper à la convoitise de ce grand «collectionneur» qu’était le Maréchal Goering. 

Dans l’existence agitée de MONA LISA, on compte aussi un enlèvement, une blessure et deux grands voyages. 

Le 21 août 1911, le brigadier des gardiens du Louvre, l’honorable Poupardin, fit irruption chez Mr Bénédicte, conservateur des Antiquités Égyptiennes qui remplaçait le directeur du Musée, Mr Homolle, en vacances dans les Vosges. «Monsieur ! On a volé la Joconde !». 

Ce fut un scandale énorme qui prit vite un tour international. L’opinion publique accusait Guillaume II, l’Empereur d’Allemagne, d’avoir monté le coup. Ce fut un autre Guillaume qu’on arrêta : le poète Guillaume Apollinaire. Il avait, quelques années auparavant, employé comme secrétaire et homme à tout faire, un drôle de loustic nommé Géry-Pieret. L’amusement de celui-ci était de dérober des statuettes et des masques phéniciens dans la salle des antiques au Louvre. Il en faisait cadeau à des amis : il avait même vendu deux masques à Picasso pour 80 Francs, et donné une statuette à son maître. Bien que totalement étranger à cette affaire, Guillaume Apollinaire fut arrêté pour complicité de vol et passa dix jours en prison. Il fut d’ailleurs le seul homme arrêté en France pour le vol de la Joconde. 

MONA LISA resta introuvable pendant deux ans. Jusqu’au 11 décembre 1913 où un inconnu viendra la proposer au signore Geri, un antiquaire de Florence. Le vendeur de la Joconde était un ouvrier vitrier Italien  nommé Vincenzo Parugia qui, au cours des travaux de ravalement du Louvre, l’avait emportée sous son manteau. Pendant deux ans, il avait gardé la Joconde pour lui tout seul dans sa chambre misérable. Mais en décembre 1913, Vincenzo Perugia décide de se débarrasser du tableau.  L’antiquaire, aidé du directeur du musée des Offices, Giovani Pogi, examine et authentifie le tableau. Aussitôt, les deux hommes préviennent les autorités. Lors de son procès, Peruggia avance des arguments patriotiques : Il se sentait humilié de voir la Joconde si loin de son pays, alors il l’a emportée.  Il s’attendait en fait à être récompensé pour avoir rendu le chef-d’oeuvre de Vinci à l’Italie. Il eut droit à des menottes et à un 12 ans de prison, mais n’en fera que sept. 

Le retour de MONA LISA en France sera considéré comme le plus beau des cadeaux de Noël. Elle revint dans son pays avec les honneurs réservés aux souverains et retrouva sa place de première dame du Louvre.

En 1956, un cuisinier bolivien, probablement cinglé, projeta un caillou contre MONA LISA et lui écorcha le bras. Après avoir réparé les dégâts, on enferma le tableau à l’abri des attentats dans une cage en verre blindé.

En 1963, la France accepta d’envoyer aux États-Unis la plus prestigieuse de ses ambassadrices. Elle embarqua sur le France, accompagnée de ses gardes du corps, de ses médecins et des officiels qui avaient à leur tête André Malraux, le ministre des Beaux-Arts, celui-là même qui avait qualifié la Joconde de mortelle au regard du divin. Le commandant Croisille accueillit MONA LISA en gants blancs et la conduisit à la cabine M79 qui lui avait été réservée, au centre du bateau afin sans doute de lui épargner les atteintes du mal de mer…Le mardi 8 janvier à 22 heures, le président John Kennedy avait convié le Tout-Washington à venir admirer le célèbre tableau, la MONA LISA, gracieusement prêté aux États-Unis d’Amérique par le Gouvernement français de la Ve République. 

La Joconde, de Léonard de Vinci, exposée à Washington en 1963.  PHOTO : AFP
La Joconde, de Léonard de Vinci, exposée à Washington en 1963. PHOTO : AFP

En 1974, la Joconde, qui avait pris goût aux voyages, partit pour le Japon. Cette fois elle emprunta l’avion. L’Empire du Soleil Levant vivait, depuis l’annonce de cette visite, à l’heure MONA LISA. Son sourire était sur toutes les affiches, sur tous les tee-shirts, dans toutes les vitrines. 

Il est 14 h 27, ce 16 avril 1974, et la Joconde s’envoie en l’air. Pour la dernière fois, elle décolle du tarmac de l’aéroport d’Orly, à bord du vol AF 1626 entourée d’éminents responsables du Louvre, un personnel de bord très réduit, et dans la cabine de pilotage, le commandant Vignau et le chef pilote Henri Chappotteau. 

L’exposition à Tokyo ouvre le 20 avril, quatre jours plus tard. Pourtant, l’avion a failli ne pas partir. Pas à cause de la période de deuil en France, causée par la mort du président de la République Georges Pompidou, le 2 avril. Mais parce que le personnel naviguant est en grève. La Joconde finit cependant par décoller.  A Tokyo, le tableau est accueilli comme le chef d’État d’une grande puissance. Dès l’atterrissage, l’avion a été immédiatement cerné par des cars à l’aéroport d’Haneda. Il y avait une quantité énorme de policiers. De fin avril à début juin , la Joconde attire 1,5 millions de visiteurs au Muséum national de Tokyo. La foule était si dense qu’on dut limiter à neuf secondes le délai pendant lequel on était autorisé à contempler la superstar : le temps d’une rapide déclaration d’amour….Le temps d’un sourire. A la fin de l’expo, son retour à Paris est assuré par la Japan Airlines. 

C’était il y a presque 47 ans. La Joconde n’a pas perdu son sourire, et reste l’icône du plus grand musée du monde, à tel point que les millions de touristes des pays lointains ne pensent souvent même pas à aller voir d’autres chefs d’œuvre, regrette-t-on au Louvre. 

Il est vrai que ce tableau est particulier : La Joconde semble vous suivre du regard… Et si  on veut l’imaginer, hautaine, triste, ou joyeuse… Elle le sera ! Léonard de Vinci a réussi ce tour de force grâce à une technique qu’il a inventée : Le Sfumato ! 

Après deux mois de travaux de rénovation en 2019, le célèbre tableau de Léonard de Vinci, est de nouveau installé face au plus grand tableau du musée, les Noces de Cana de Véronèse. Le fond bleu nuit, sur lequel il a été déposé, met en valeur la vivacité des couleurs des œuvres du XVIe siècle vénitien qui l’entourent.  La Joconde est à présent visible derrière un verre plus transparent dont le fond sombre lui donne encore  plus de profondeur !

Qui a construit STONEHENGE ?

Le plus célèbre monument mégalithique du monde, situé en Angleterre, n’a pas encore livré tous ses secrets ….

Une structure préhistorique "unique" découverte près du site de Stonehenge  en Angleterre
Stonehenge
Carte brodée de Stonehenge par Mamigoz - Chez Mamigoz

C’est quoi ce cercle de pierres ?

Ils montent la garde, balayés par les vents froids de Salisbury, à 140 km au sud-ouest de Londres, en Angleterre. 76 géants de pierre dressés sur la vaste plaine, dont un cercle composé de 30 pierres surmontés de linteaux : Les Trilithes. C’est l’image de ces majestueux portiques qui nous vient à l’esprit quand on évoque Stonehenge. Certains pèsent plus de 40 tonnes et culminent à près de 7 mètres. En réalité, Stonehenge, ce n’est pas un cercle de pierres, mais quatre ! la construction de cet incroyable monument a débuté il y a plus de 5 000 ans, bien avant la construction des pyramides d’Égypte, et s’est étalée sur près de 1 000 ans. On distingue en général trois phases. Les premiers bâtisseurs arrivent vers – 3 000 – Dans le sol calcaire, ils creusent un fossé marquant un cercle de 114 mètres de diamètre, entouré d’un talus. À l’intérieur, bordant le pourtour, ils matérialisent 56 trous. Nommés trous d’Aubrey, ils sont très vraisemblablement abrités de poteaux de bois, aujourd’hui disparus. Plus tard, entre – 2 400 et – 2 300, des hommes construisent une structure en forme de double fer à cheval composée d’environ 80 pierres bleues. Enfin, vers – 2 000, les nouveaux occupants dressent, au centre du cercle, les immenses trilithes en sarsen, un grès de la région, que nous connaissons aujourd’hui.

Stonehenge est une folie architecturale, un délire de taille XXL, qui déroute quand on son qu’elle a vu le jour il y a quarante à cinquante siècles. Les mégalithes, ces monuments constitués d’une ou plusieurs pierres de grandes dimensions, ont été érigés par des hommes préhistoriques sans l’aide de mortier pour fixer la structure. Nous sommes alors en plein néolithique, les hommes sont déjà passés de l’état de chasseur-cueilleurs nomades à celui d’agriculteurs sédentaires. La vie est dure. Les archéologues estiment qu’une population néolithique peut, au mieux, espérer dégager un surplus de production de 5% par rapport à ses besoins vitaux. Qu’ils triment dans les champs où qu’ils soignent leurs bêtes, la majeure partie de leur vie devait donc être tournée vers la production de ressources alimentaires. «Chaque année, la population, ne pouvait consacrer qu’une vingtaine de jours à une activité non productive» avance le préhistorien Charles-Tanguy Le Roux, aux cahiers Science et Vie, en mars 2008. Ce qui ne laisse pas beaucoup de temps disponible pour se consacrer «aux grands travaux», comme les pierres dressées de Stonehenge. Conclusion : il fallait une autorité très forte pour mobiliser des centaines de personnes sur de tels chantiers. Les spécialistes du mégalithisme pensent en effet que la construction d’un seul cairn (un gigantesque amoncellement de pierres) nécessitait entre 7 000 et 30 000 journées de travail, en fonction de sa taille ! «Des défis colossaux, qui correspondent sans doute à la volonté de démontrer la puissance de ceux qui ordonnaient cette construction», estime Chris Scarre, professeur d’archéologie à l’université de Durham, au Royaume-Uni.

Énigmes Archéologiques - (page 5) - Frawsy

Comment des paysans de la préhistoire ont-ils pu tracter des pierres géantes sur 30 kilomètres ?

C’est un exploit herculéen si l’on songe qu’ils travaillaient sans roue ni appareil de levage moderne ! Vers – 2000, les bâtisseurs seraient allés chercher les lourds blocs de sarsen, un grès plus dur que le granite, dans les Marlborough Downs, situés à plus de 30 km du site. Or, le poids moyen des monolithes en sarsen est de 25 tonnes, le plus massif pesant 50 tonnes ! Ce détail n’a pourtant pas arrêté les ingénieurs du néolithique : on suppose que les monolithes ont été tractés sur des traîneaux graissés ou des rondins géants, par des centaines d’hommes. Des ouvriers qui tiraient de toutes leurs forces sur des cordes en fibres naturelles (chanvre, racines de lierre) selon un axe déterminé par des poutres parallèles posées au sol. La méthode n’est pas spécifique au site anglais, et paraît valide pour des pierres encore plus lourdes, comme le grand menhir brisé d’Er Grah à Locmariaquer, en Bretagne : un monolithe pesant 280 tonnes – 10 fois plus lourd que les grès de Stonehenge – et traîné sur plus de 10 km. Chapeau, les ancêtres ! Mais il y a mieux. On estime que ces travaux titanesques devaient mobiliser des centaines de personnes, voire un bon millier. Or, un village de l’époque compte à peine 200 âmes. Ce qui fait dire aux archéologues que les monuments comme Stonehenge ou le cairn de Gavrinis (- 3500), en Bretagne, étaient construits par un même clan dont les membres étaient répartis sur quatre ou cinq villages différents. Se regroupaient-ils une fois l’an, au solstice par exemple, pour parfaite le monument de leur ancêtre commun ? Mystère …..

Comment a-t-on dressé ces pierres à la verticale ?

Pour dresser les énormes blocs, nos ancêtres ont fait preuve de leurs talents d’ingénieurs. Ils commencent par creuser à côté de chaque monolithe une fosse dont l’un des bords est incliné. Puis, les ouvriers font tomber la grande pierre dedans en la poussant. Celle-ci, reposant alors sur la pente, dépasse du trou en position inclinée, à moitié relevée. Les hommes se placent ensuite sur le côté opposé et, au moyen de cordes en fibres attachées sur la partie dégagée de la pierre, la tirent jusqu’à ce qu’elle vienne buter contre un berceau de réception en bois qui l’empêcher de basculer de l’autre côté. Mission accomplie : le monolithe se tient debout, pointé vers le ciel ! La fosse est ensuite remblayée avec des gravats afin d’assurer la stabilité de l’énorme bloc de pierre ainsi dressé.

A quoi servait le site de Stonehenge ?

Il aurait été un vaste lieu de pèlerinage. Il y a 4 300 ans, les femmes et les hommes accèdent aux cercles de pierre par l’Avenue, une voie processionnelle bordée de fossés, mesurant au total 2.8 kilomètres de long, et reliant les mégalithes à une rivière, l’Avon. Cette voie mène également à un village préhistorique voisin, Durrington, situé au nord-est du site.

10,000 BCE to 2,000 BCE - Neolithic Era... | Sutori

Or, au centre de ce hameau, on a trouvé les traces d’un cercle formé de poteaux de bois ! Selon l’archéologue Mike Parker Pearson, c’est le signe d’un schéma traditionnel associant les pierres de Stonehenge aux morts et le bois de Durrington aux vivants. Entre les deux, le fleuve Avon évoquerait, pour sa part, le passage entre ces deux mondes. De grandes festivités devaient dont rassembler des centaines de pèlerins chaque année. Grâce aux fouilles récentes, on peut même avoir une idée de l’ambiance qui régnait lors de ces rencontres. L’équipe de Mike Pearson a en effet trouvé à Durrington de nombreuses carcasses d’animaux à peine entamées. Fait étonnant : les bêtes n’auraient été tuées qu’à deux périodes distinctes, autour du solstice d’été et de celui d’hiver. Deux périodes remarquables de l’année pendant lesquelles les pèlerins se seraient livrés à des festins pantagruéliques. L’hypothèse, toutefois, est à prendre avec des pincettes, tempère l’archéologue de l’Inrap Cyril Marcigny : «Les datations carbone ne sont pas assez précises pour connaître si finement l’occupation du site».

Reste une certitude : les bêtes, comme les hommes, venaient de toute la Grande-Bretagne. Certains même depuis l’archipel des Orcades à l’extrême nord de l’Écosse. CQFD : Stonehenge était une sorte de Mecque du néolithique. «Des monuments comme Stonehenge ou Carnac en France (des alignements d’environ 3 000 blocs de pierre datés vers – 2800, dans le Morbihan) n’avaient pas qu’une fonction locale. Leur réputation s’est étendue progressivement et, les individus circulant beaucoup à l’époque, ils sont devenus des lieux de pèlerinage très fréquentés», précise Jean Guilaine, archéologue spécialiste de la préhistoire et professeur honoraire au Collège de France.

Pourquoi retrouve-t-on des centaines de mégalithes des îles de la méditerranée jusqu’au nord de l’Europe ?

I megaliti | Histoire universelle, Géographie, Mégalithes

Tumulus de Bernenez dans le Finistère (-4800), mégalithe du Petit mont dans le golfe du Morbihan (- 4500), alignements de Carnac (-2800), mais aussi tumuli du Danemark, des Pays-Bas ou d’Irlande …Dès le Ve millénaire avant notre ère, le nord et l’ouest du continent se couvrent de géants de pierres. Puis, au IVe millénaire, les mégalithisme se répand en Méditerranée : Corse, Sardaigne, Malte, Espagne, Crète, Minorque…Qu’est-ce qui pousse les hommes de l’époque à parsemer le paysage de colosses de pierres ? pour comprendre, il faut remonter aux origines du néolithique. L’aventure commence vers – 9000 au Proche Orient, où nos ancêtres développent l’agriculture et l’élevage. Une révolution : «On a soudain des réserves, on capitalise, cela entraîne une compétition sociale et oblige la société à s’organiser», explique le préhistorien Jean Guilaine. Au fil des siècles, les rendements s’améliorent, les communautés explosent, il faut émigrer. Les paysans entament une lente migration vers l’ouest et s’installent en Europe. Vers, – 5300, ils sont en France, et vers -4000, en Grande-Bretagne. On commence à cultiver du blé et de l’orge, on domestique des animaux ( mouton, chèvre, boeuf, porc), on invente la poterie et le polissage des pierres. Des villages apparaissent, avec, à leur tête, des personnages influents. En se heurtant à la façade atlantique, ces pionniers vont peut-être prendre conscience que leur territoire est limité. Ils doivent maintenant apprendre à vivre dans une sédentarité permanente, les mégalithes sont-ils le signe de cette prise de conscience ? Impossible de trancher. Une chose est sûre : visibles de très loin, ces roches colossales marquent le territoire d’un clan et organisent le culte des ancêtres pour mieux proclamer : «Cette terre est à nous !».

Quelle énigme recèle encore Stonehenge ?

Chaque année la cartographie du site de Stonehenge, toujours en fouilles, s’affine davantage. Parfois, la chance donne un petit coup de pouce. Comme à l’été 2014, où un mystère a pu être résolu grâce à un tuyau d’arrosage trop court : sans eau, l’herbe n’a pas pu pousser comme d’habitude et des empreintes sont apparues sur le sol révélant l’emplacement de pierres disparues. Un hasard qui a permis de confirmer qu’à l’origine les trilithes formaient bien un cercle totalement fermé. En revanche, les archéologues butent sur une énigme depuis près de cent ans ; qui sont les 60 morts de Stonehenge ? L’enquête démarre au début des années 1920, quand on déterre des dizaines de sépultures, pour la plupart situées au niveau du cercle formé par les trous d’Aubrey. Rien d’étonnant, les ouvrages mégalithiques abritent souvent des tombes. En France le cairn de Gavrinis (Morbihan) abrite un tombeau collectif vieux de 5 000 ans. Mais qui sont les défunts su site Anglais ? Après avoir retrouvé près des corps des bagues, généralement associées à des sceptres, ainsi qu’une coupe en céramique ayant servi d’encensoir, on a pensé à des dignitaires religieux. Hypothèse balayée par l’analyse des ossements, qui révèle que les défunts sont aussi bien des hommes que des femmes et des enfants. En étudiant de plus près les sépultures, les experts réalisent que toutes les dépouilles sont placées au même niveau, en cercle, sans que l’une soit plus mise en avant qu’une autre. A l’image d’une société égalitaire, où le pouvoir serait aux mains d’une oligarchie éclairée, façon chevaliers de la Table ronde ? «L’image de la mort n’est pas forcément celle de la société. Rien ne nous dit que la hiérarchie sociale n’existait pas du temps des caveaux communs», modère Jean Guilaine, professeur au Collège de France.

Nouvelle découverte en 2020 ▼

Archéologie : découverte extraordinaire aux abords de Stonehenge - Le Point

Une structure préhistorique «unique», formant un cercle de plus de deux kilomètres de diamètre, a été mise au jour près du célèbre site mégalithique de Stonehenge, a annoncé en juin 2020 l’université écossaise de St Andrews. «Un travail de terrain et des analyses récents ont mis en évidence la présence de vingt excavations massives préhistoriques ou plus, d’un diamètre de plus de dix mètres et de cinq mètres de profondeur», a indiqué l’université qui a travaillé avec d’autres établissements supérieurs sur le site. Ces excavations forment un cercle de plus de deux kilomètres de diamètre autour de l’enceinte («henge») néolithique de Durrington Walls et du site de Woodhenge, à environ trois kilomètres de Stonehenge. Elles auraient été creusées il y a plus de 4500 ans, environ à l’époque où Durrington Walls a été érigé.  Selon les archéologues, ces excavations auraient marqué les limites d’une zone sacrée à l’époque néolithique, associée avec l’apparition des premiers agriculteurs en Grande-Bretagne et parfois l’érection de très imposantes structures rituelles. «Toutefois, aucune structure préhistorique au Royaume-Uni n’entoure une zone aussi grande que le cercle d’excavations à Durrington, et cette structure est actuellement unique». 

Pour plus d’infos, visitez le site Futura Sciences : https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/archeologie-gigantesque-structure-circulaire-decouverte-pres-stonehenge-81618/

Pour Richard Bates, de l’école des sciences environnementales de l’Université de St Andrews, cette découverte «nous donne un aperçu du passé qui montre une société encore plus complexe que nous ne pouvions jamais imaginer. Des pratiques manifestement sophistiquées démontrent que les gens étaient en harmonie avec les événements naturels dans une mesure telle que nous pouvons à peine le concevoir dans le monde moderne dans lequel nous vivons».

Royaume-Uni: les célébrations du solstice d'été de Stonehenge ont réuni  23.000 personnes - Le Point
Célébration du Solstice d’été à Stonehenge

Les peuples qui ont bâti les mégalithes y ont mis une énergie démesurée qui impressionne toujours. Pour faire le tour des mégalithes, des villages préhistoriques et de la majestueuse Avenue processionnelle, prévoyez environ six heures. Classé en 1986 au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, Stonehenge est pour des milliers d’individus venus du monde entier, une des merveilles dispersées dans le monde. Un endroit spirituel où des cérémonies ont été et sont toujours organisées, ainsi qu’une source d’inspiration pour les théories les plus folles. Chaque fois qu’un mystère quelconque entoure un fait ou un monument, il engendre un certain nombre de théories fantaisistes. C’est donc le cas pour Stonehenge, dont on dit par exemple qu’il aurait été construit par des êtres venus d’ailleurs, ou que seuls des procédés surnaturels étaient en mesure de réaliser un tel monument. Dans une légende médiévale datant du 12ème siècle, c’est Merlin l’enchanteur qui aurait bâti Stonehenge, avec l’aide d’un géant !!! Toutes ces théories, m’apparaissent bien divertissantes. Quoi qu’il en soit, Stonehenge n’a pas encore livré ses secrets, les prochaines décennies nous apporteront elles des réponses à nos interrogations ? Restons curieux !

Rennes-le-Château entre fantasmes et certitudes !

Devenu symbole du tourisme ésotérique, ce village Audois n’en finit pas de susciter mystères et interrogations sur « LE CURÉ AUX MILLIARDS »

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Rennes-le-Château

Un foisonnement littéraire

« Le Secret dévoilé », le dernier livre en date (2012) sur les mystères de Rennes-le-Château, au titre terriblement évocateur, a dû titiller l’esprit de bien des lecteurs qui, un jour ou l’autre, se sont plus ou moins passionnés pour l’histoire de ce village perché de l’Aude, devenu en quelques décennies le centre de toutes les croyances ésotériques. Cependant, un ouvrage de plus dans lequel Christian Doumergue, qui n’en est pas à son premier coup d’essai, détricote d’abord le mythe de l’abbé Saunière (ce qui est plutôt encourageant) avant de tomber dans un délire où se mélangent des sociétés secrètes, la légende de l’Altantide et des extraterrestres de tous bords pour, au final, accéder à la « race fabuleuse » (selon Gérard de Sède), qui serait à l’origine de l’humanité. Rien que cela ! Encore une fois, « le Secret dévoilé » n’était qu’un leurre….un effet de vente. Une tradition bien ancrée dans la littérature rhédaenne, chaque livre édité se croyant détenteur de la vérité.

Tout commence, à vrai dire, par la parution, entre le 12 et le 14 janvier 1956, d’articles dans La Dépêche, signés Albert Salomon, qui tient son récit de Noël Corbu, le légataire universel de Marie Dénarnaud, celle-là même qui avait servi Bérenger Saunière et détenait, selon ses dires, le secret de Rennes-le-Château. Il n’en fallut pas plus à partir de ce titre évocateur, «La fabuleuse découverte du Curé aux milliards de Rennes-le-Château», pour déclencher par la suite une véritable frénésie littéraire dont l’auteur le plus connu se nomme Gérard de Sède et son best-seller «l’Or de Rennes ou la vie insolite de Bérenger Saunière, curé de Rennes-le-Château», publié en 1967, inspiré par Pierre Plantard et qui fut suivi de quatre autres opus.

Rennes-le-Château : un melting-pot ésotérico-touristique

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Portrait de l’abbé Béranger Saunière (1852-1917)

De cette incontinence ésotérique, Rennes-le-Château a tiré une solide réputation. Qui plus est quand on sait que le village se situe au cœur d’une région riche d’histoires et de mystères en tout genre. N'est-elle pas d'ailleurs l'antique Rhédae, dernière capitale des Wisigoths soupçonnés d'avoir enterré là leur trésor ? S'y ajoutent le nid d'aigle de Quéribus où virent se réfugier les derniers cathares et leur hypothétiques trésor, sans oublier Bugarach, lieu de tous les fantasmes ufologistes. Un véritable triangle des Bermudes à la sauce ésotérique touristique qui draine vers Rennes-le-Château, sous la chaleur écrasante des mois d’été, une foule bigarrée d’adeptes des Atlantes, des cathares, des templiers, du Prieuré de Sion, des petits hommes verts et des professionnels de la poêle à frire, familles lambda et tamalous bon vivants, les plus nombreux sans doute, venus là se recueillir avec foi, curiosité et un brin d’amusement sur les vestiges d’un secret détenu par un abbé sulfureux, Béranger Saunière. Au nez et à la barbe du diable qui accueille tout ce petit monde à l’entrée de l’église dédiée à Marie-Madelaine et qui ne sait plus à quel saint se vouer (un comble, me direz-vous !) devant tous les commentaires que suscite son étonnante présence.

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Église de Rennes-le-Château

L’abbé, la comtesse et la cantatrice

Sans son curé aux milliards, Rennes-le-Château serait resté ce petit village endormi de quelque deux cents âmes, oublié des axes de communication, victime comme tant d’autres de l’exode rural et de la désertification française. Quand il en reçoit la cure, en janvier 1885, François Béranger Saunière est âgé de 33 ans. Pas vraiment une promotion pour l’abbé dans les idées légitimistes s’opposent à la fibre républicaine et à l’anticléricalisme de la majorité des habitants. Qui plus est quand il découvre une église et un presbytère en ruine. En terre de mission, Saunière, qui ne manque pas de tempérament, décide de relever le défi et de redonner à sa paroisse la vitalité chrétienne exigée par sa foi. Quitte à faire frémir les moustaches des plus fervents républicains. C’est que le curé à des relations. L’évêque de Carcassonne en premier lieu, Mgr Arsène Billard, qui fermera les yeux sur les plaintes qui s’accumuleront au fil du temps vis-à-vis de ce pasteur bien encombrant, mais également les milieux royalistes qui n’ont pas encore abdiqué toute ambition de voir rétablir la monarchie, malgré le décès du comte de Chambord. Dès lors, Rennes-le-Château ne devient-il pas le centre névralgique d’une nouvelle croisade chrétienne dont Saunière est le maître d’œuvre ? Ainsi s’expliqueraient les aides financières qui afflueront bientôt vers Rennes-le-Château de la part de la comtesse de Chambord, descendante des Habsbourg, Mme Cavailhé de Cousan, et de la grande cantatrice de l’époque, Emma Calvé, férue elle aussi d’occultisme comme l’abbé.

Trésor…..mon beau trésor

En commençant les travaux de restauration de son église, Bérenger Saunière a rendez-vous avec l’histoire. La découverte inattendue de ce qui restera sans doute à jamais un mystère l’oblige d’abord, dans un premier temps, à renvoyer les ouvriers du chantier afin de continuer seul, caché par des palissades, à creuser le sol de l’église. Un abbé armé d’un pic et d’une pioche qui met sens dessus dessous le sol de son sanctuaire, voilà un bien beau sujet de conversation pour les Rennains qui ne sont pas au bout de leur surprise quand l’un d’entre eux surprend Saunière et marie Dénarnaud affairés en pleine nuit à déplacer des tombes dans le cimetière. Un borne à ne pas dépasser qui déclenche l’ire du maire. Sommé de s’expliquer, le curé laisse planer le mystère sur sa découverte, ses voyages à Paris et surtout sur la frénésie de dépenses et de constructions qui, dès 1901, agite le landerneau rennain. Une folie des grandeurs qui voit successivement s’élever la villa Béthania, la tour Magdala, et le jardin exotique qui les cerne.

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La villa Béthania, la tour Magdala, et le jardin exotique

De nombreuses personnalités défilent à Rennes-la-Château. Le curé mène grand train, ses dépenses de construction s’élevant à la somme colossale de 675 000 francs-or. À l’évêché même, qui vient de changer de propriétaire, on s’émeut d’une telle situation. Convoqué, Saunière explique cette soudaine fortune par différents legs dont il ne peut avouer la provenance. Une explication bien insuffisante aux yeux de Mgr de Beauséjour qui, après l’avoir vertement tancé, l’expédie dans la paroisse de Coustouge. Saunière, qui n’est pas homme à se laisser démonter facilement, refuse tout net sa mutation :

«Si notre religion, écrit-il, nous commande de considérer avant tout nos intérêts spirituels, elle ne nous ordonne pas pour autant de négliger nos intérêts matériels, qui sont ici-bas, et les miens sont à Rennes et non ailleurs. Je vous le déclare, Monseigneur, avec toute la fermeté d’un fils respectueux : Non, je ne m’en irai jamais ! »

Face à son refus, l’affaire remonte jusqu’au Vatican qui finit par le surprendre à divinis, pour détournement et dilapidation de fonds. L’abbé ne se résout pas et tente de faire appel. En vain ! Le 11 avril 1915, Saunière se voit interdire d’exercer. Menacé d’expulsion, l’abbé se terre dans sa villa, se consacrant à sa collection de timbres. Sentant sa fin prochaine, Saunière met de l’ordre dans ses affaires, ordonnant à sa fidèle Marie Dénarnaud , qui se tient à son côté, de brûler bon nombre de papiers. C’est elle qui, à la mort du curé, le 22 janvier 1917, à l’âge de 65 ans, deviendra sa seule légataire. La gouvernante ne dévoilera jamais le secret de la fortune subite de l’abbé, laissant grande ouverte la porte à toutes les interprétations sur le trésor supposé :

«Avec ce que le curé avait laissé, il y avait, a-t-elle affirmé un jour à une amie, de quoi nourrir le village pendant cent ans, et il en resterait encore.»

La servante décède le 29 janvier 1953. Noël Corbu, le nouveau propriétaire du domaine, auquel elle avait promis de dévoiler le mystère, en sera pour ses frais !

Place aux hypothèses !

«Entre les fantasmes les plus délirants et les certitudes historiques», comme l’écrit Jean Markale, Rennes-le-Château nagera dès lors dans les eaux trouves de l’ésotérisme, savamment orchestrées et entretenues par toute une cohorte d’écrivains qui en feront leur « gagne-délire ». Que l’abbé Saunière ait profité de la manne financière des partisans d’un retour à la monarchie, faisant de Rennes-le-Château le sanctuaire de la reconquête des esprits égarés de l’anticléricalisme est une certitude. Qu’il ait effectué une découverte archéologique de premier ordre dans son église reste du domaine du possible. Qu’il en ait négocie en secret la vente pour assouvir une soudaine mégalomanie de constructions l’est tout autant. Cette hypothèse expliquerait à la fois sa politique de grands travaux et les déclarations au compte-gouttes de Marie Dénarnaud sur la fortune soudaine du curé de Rennes-le-Château. Comme on le voit, on est là bien loin d’un trésor qui n’existe finalement que dans les esprits imaginatifs qui s’empareront, dans la seconde moitié du XXe siècle, de l’histoire du « Curé aux Milliards ». Ainsi, pêle-mêle, au gré des supputations, évoque-t-on le trésor des cathares ; celui des templiers, enterré dans l’Aude après la mort de Jacques de Molay, grand maître de l’ordre, et qui pourrait être le fameux Graal ; le trésor de Jérusalem – qui aurait contenu l’arche d’alliance et le chandelier à sept branches – emporté par les Romains puis volé par les Wisigoths en 410 avant d’être enterré à Rennes-le-Château ; et que dire de l’acte de mariage de Jésus avec Marie-Madelaine, document sulfureux que l’Église aurait tenté de récupérer ; sans parler de la tombe du Christ ramenée en ce lieu par Marie-Madeleine et que Saunière aurait mise au jour !

Une histoire falsifiée

Si mystère il y a à Rennes-le-Château, il faut chercher dans la volonté délibérée de jouer avec les contradictions et les énigmes, en posant des indices factices d’un trésor qui n’aurait jamais existé. Une extraordinaire mystification réalisée par l’intrigant Pierre Plantard qui, comme l’écrit Christian Doumergue, «Fit passer Rennes-le-Château de simple fait divers local au rang d’histoire que l’on connaissait à travers la planète».

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L’église et la Tombe de l’abbé Saunière

Un détournement qui alimentera désormais le mythe de Rennes-le-Château, falsifiant ce qui n’était au départ, qu’une simple histoire. Celle d’un curé s’entourant d’un climat de mystères à travers ses fouilles, laissant divaguer l’imagination de ses paroissiens sur la découverte probable d’un trésor archéologique dont il emportera le secret dans sa tombe. Mystification et imagination qui ne résistent pas à une analyse historique rigoureuse basée non plus sur des rumeurs et des hypothèses, mais sur l’étude des documents qui ont été découverts. Afin de faire revenir l’affaire du «curé aux milliards» du mythe à la réalité.

Edmond Rostand – 1868/1918

Comment imaginer aujourd’hui l’adulation que les Français vouaient à Edmond ROSTAND ? Toute une génération assoiffée d’héroïsme se reconnaissant en lui et en ses personnages.

CYRANO, bretteur redoutable mais aussi poète amoureux, au profil grotesque mais au cœur sublime

LE DUC DE REICHSTADT, fragile silhouette écrasée par l’ombre immense de l’épopée impériale

CHANTECLERC, coq superbe qui règne sur la basse cour, il croit que le soleil n’attend que son chant matinal pour apparaître chaque matin.

Ce sont là des héros aux qualités bien françaises : l’esprit, le panache, la générosité, la beauté du mot et du geste, le défi un peu ridicule, l’exploit désintéressé, la pointe, la bravoure et le trait. Et Dieu sait si l’esprit nationaliste français avait de l’importance au cours de cette période qui va de la débâcle honteuse de 1870 à l’espoir de revanche qui justifie la Grande Guerre de 1914 !

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Edmond Rostand

Edmond Rostand vit le jour à Marseille en 1868, un 1er avril, au sein d’une famille de négociants aisés et cultivés. C’est avec nonchalance qu’il accomplit des études brillantes avant de décider de se consacrer à la poésie.

Les débuts ne furent guère encourageants. Oublions charitablement LE GANT ROUGE, un vaudeville écrit à 20 ans en collaboration qui atteignit à peine quinze représentations, pour retenir plutôt un recueil de vers, LES MUSARDISES qui obtint un succès d’estime. En 1890, il épouse Rose, Étiennette (dite Rosemonde) Gérard, une poétesse de 19 ans qui passera à la postérité pour un distique fameux qu’un industriel de la bijouterie reproduira «à la chaîne» sur des montagnes de médailles.

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Car, vois-tu, chaque jour, je t’aime davantage, aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain

Ces vers sont repris depuis plus d’un siècle, gravés sur les médailles et autres bijoux que s’offrent les amoureux.

Deux fils naîtront qui connaitront des destinées fort différentes en 1891, Maurice et, en 1894, Jean.

Edmond ROSTAND continue de produire des pièces qui lui vaudront de compter au sein d’un milieu littéraire qui l’ignore, quelques solides amitiés. Si les DEUX PIERROTS sont refusés par la Comédie Française, LES ROMANESQUES, eux, seront joués (1894) il aura avec Sarah Bernhardt une liaison passionnée et, comme l’actrice dirige le théâtre de la Renaissance, elle montera et jouera ses deux pièces en vers LA PRINCESSE LOINTAINE (1894) et LA SAMARITAINE (1897). C’est alors, qu’en 1898, éclate le succès inattendu, énorme, incroyable de CYRANO DE BERGERAC, qui du jour du lendemain, fera de ROSTAND un héros national.

Deux ans plus tard, ce sera l’AIGLON. Un public subjugué fera un triomphe à Sara Bernhardt dans le rôle du jeune Duc de Reichstadt et à Lucien Guitry dans celui de Flambeau, le grognard. Il n’est pas d’honneurs trop grands pour EDMOND ROSTAND que l’Académie française accueille en 1901. A 33 ans, le voici siégeant parmi tant de vieille barbes.

Edmond Rostand vêtu de son habit d’Académicien en juin 1903. Rue des Archives/©Rue des Archives/PVDE

Hélas ! A la veille de la représentation de l’Aiglon, il avait contracté une pneumonie qui le condamnait à mener désormais l’existence précaire des tuberculeux. Son médecin lui recommanda CAMBO, une station des Pyrénées dont le climat était bon pour les poitrinaires. Il tomba amoureux du pays. Sur un plateau d’où la vue embrasse la chaîne des Pyrénées, il acheta un immense terrain où il entreprit d’élever le palais de ses rêves. Des nuées d’ouvriers commencèrent par créer en quelques mois un somptueux jardin à la française : des bassins crachaient une eau qu’il fallait faire venir de 20 kilomètres. Comme ROSTAND ne voulait pas de baliveaux, on arracha dans les forêts voisines des arbres de haute taille qui furent plantés selon les dessins du poète. En 1903, commencèrent les travaux de la maison : conçue comme un décor de théâtre, elle fut baptisée du nom d’un torrent de la région, «ARNAGA». Le luxe des installations rappelle le faste des palais orientaux : des colonnes de marbre, un escalier monumental à la rampe de fer forgé, un salon tapissé de laques de Coromandel. Madame ROSTAND se baignait dans une baignoire en argent massif. Un trentaine de domestiques s’activaient dans la maison, et, à l’extérieur, un bataillon de jardiniers régnait sur le parc et sur la basse-cour remplie d’animaux que le poète avait voulu tous blancs : blancs les pigeons, les poules, les paons, les chiens loups, blancs aussi les chevaux.

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la villa d’ARNAGA à CAMBO les Bains

Si vous êtes de passage à Cambo-les-Bains, une ville historique dans les Pyrénées atlantique, une visite de l’emblématique Maison Edmond Rostand s’impose. Un peu à l’écart de la ville, cette belle villa ne passe pas inaperçue avec son grand jardin de 15ha et son architecture qui a inspiré le style néo basque, devenu très populaire dans toute la France. Classé monument historique en 1995 et labélisée Musée de France, on peut visiter ce domaine et les 19 pièces de la maison.

Dans ce paradis vivaient le couple ROSTAND et leurs deux garçons. Le premier, chéri de sa maman, versifiait avec elle et faisait preuve d’un penchant homosexuel très marqué. Avec son ami Jean Cocteau, venu en visite, il faisait scandale dans le bourg. Une affaire de ballets bleus provoqua l’indignation générale. Edmond Rostand souffrait de la conduite de son fils. Aussi dissemblable que possible de son frère ainé, le jeune Jean Rostand voyait s’éveiller à «Aragna» sa vocation de biologiste. On lui avait installé dans le fond du jardin un laboratoire où il se livra à ses premières expériences de génétique.

Les Rostand avaient des amis brillants et raffinés que la personnalité du poète attirait. Un quatrain, sous le porche d’entrée d’«Arnaga», les accueillait :

Toi qui viens partager notre lumière blonde

Et t’asseoir au festin des horizons changeants

N’entre qu’avec ton cœur, n’apporte rien du monde

Et ne raconte pas ce que disent les gens

Edmond ROSTAND fréquentait les plus belles femmes, les plus intelligentes aussi et ses liaisons ne passaient pas inaperçues : Madame Simone (morte le 2/11/1985, âgée de 108 ans !) Anna de Noailles, Sarah Bernhardt, bien sûr. Le ménage s’effritait. Rosemonde, se consolait avec le falot Tiarko Richepin, le fils du poète. Enfin, le 7 juin 1910, ce fut la première de CHANTECLER que le public attendait depuis dix ans. Ce fut un demi-succès ou plutôt un demi-échec. Ces acteurs, vêtus en animaux de basse-cour, surprirent les spectateurs, et, bien vite, les ennuyèrent.

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CHANTECLER

La pièce comportait pourtant de bien beaux morceaux de bravoure. Notamment l’HYMNE AU SOLEIL déclamé par le coq :

Je t’adore, Soleil

Tu mets dans l’air des roses,

Des flammes dans la source, un dieu dans le buisson,

Tu prends un arbre obscur et tu l’apothéoses !

Ne seraient que ce qu’elles sont !

Affecté par l’accueil réservé a sa pièce, Edmond ROSTAND se retira à ARNAGA. Pendant la guerre, il ne vécut plus que dans l’attente de la Victoire. Au cour d’un voyage à Paris, il connut Mary Marquet qu’il ramena à Anarga le 28 juillet 1918. Ce fut sa dernière passion. Afin de pouvoir l’épouser, il songeait à demander le divorce. Il voulut être à Paris afin d’assister à la Victoire tant espérée. Il ne se doutait pas qu’il quittait Arnaga pour toujours. La veille du départ, sinistre présage, l’un de ses pigeons blancs s’abattit à ses pieds et y mourut. le 10 novembre, il était à Paris pour assister à la liesse immense qui salua l’armistice. Sa joie fut de bien courte durée : une semaine plus tard, il mourait, victime de la même épidémie de grippe espagnole qui tua un autre poète, Guillaume Apollinaire.

EDMOND ROSTAND, sentant venir sa fin, avait écrit : Je ne veux voir que la Victoire. Ne me demandez pas : «Après» ?. Après, je veux bien la nuit noire. Et le soleil sous les cyprès.

♦ Quelques années plus tard, le nom de ROSTAND sera de nouveau célèbre, non à cause de Maurice, poète frisé et bêlant, mais grâce à JEAN ROSTAND, remarquable savant et philosophe qui défendait dans ses écrits une morale fondée sur la croyance en la vérité et le progrès humain. On pourrait le définir comme un humaniste athée qui, toute sa vie, chercha à imposer une religion de l’homme.

Écoutez la voix de ce sage :

  • Etre le plus homme possible, développer en soi ce qui est le propre de l’homme et pour cela, être le moins bestial, le moins infantile, le moins névrosé.
  • Etre adulte, c’est être seul.
  • Je me sens très optimiste quant à l’avenir du pessimisme
  • Ô vérité, toi si belle quand il s’agit des choses, si laide quand il s’agit des hommes….
  • On tue un homme, on est un assassin. On tue des millions d’hommes, on est un conquérant. On les tue tous, on est un Dieu.

Le Château de Chambord, une oeuvre d’art exceptionnelle vieille de 500 ans !

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Chambord est sur la première liste des Monuments historiques en France en 1840, il est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1981.

Chambord est entouré d’un vaste parc forestier, protégé par une enceinte de 32 kilomètres de long, qui en fait le plus grand parc clos de murs d’Europe avec 5440 hectares. Chambord est une œuvre radicalement unique, l’un des joyaux du patrimoine de l’humanité. Sa vocation est symbolique, esthétique et spirituelle. Affirmation du pouvoir royal mais aussi évocation d’une cité idéale, le monument demeure une énigme qui n’a pas fini de révéler tous ses secrets. Chambord est un monument de beauté et d’intelligence, pensé par François 1et et Léonard de Vinci. C’est l’expression même de la Renaissance et son symbole à travers le monde. Chambord est sans doute à l’architecture ce que la Joconde est à la peinture. Non seulement parce que Chambord est l’édifice civil le plus important de cette époque mais parce que sa conception comme sa symbolique expriment l’idée du renouveau perpétuel, du cycle de la vie, de la place de l’homme dans le cosmos et d’une forme d’éternité.

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François 1er

1519. Un palais surgit au cœur des terres marécageuses de Sologne. François 1er, tout jeune roi, en ordonne la construction.

C’est une oeuvre architecturale monumentale que le roi se plaît à montrer aux souverains et ambassadeurs comme un symbole de son pouvoir, inscrit dans la pierre. Le plan du château et ses décors ont été conçus autour d’un axe central : le fameux escalier à double révolution, inspiré par Léonard de Vinci, spirale ascendante qui mène à partir des terrasses au foisonnement des cheminées et chapiteaux sculptés. ▼

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Escalier à vis – château de Chambord
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Léonard de Vinci

Doit-on le conception du château de Chambord, à Léonard de Vinci ? À la suite de la bataille de Marignan, François 1er découvre les merveilles de l’architecture italienne et le travail de Léonard de Vinci. Lors de son retour en France en 1516, François 1er invite le maître italien à séjourner à la cour de France en tant que «premier peintre, architecte et ingénieur du roi». Son influence dans la conception du projet de construction du château se retrouve dans la comparaison entre des partis architecturaux adoptés (le plan centré du donjon, le présence d’un escalier à vis, d’un système de latrines à double fosse et conduit d’aération ou encore le système d’étanchéité des terrasses…) et les croquis qu’il a réalisés dans ses carnets. Aucun autre architecte ou ingénieur n’a en effet laissé la trace de tels principes. On peut ainsi penser que Chambord fut la première et la dernière création architecturale du maître, mort au château du Clos Lucé à Amboise en 1519, quelques mois avant que ne débutent effectivement les travaux de construction de Chambord.

Il faut attendre le règne le Louis XIV pour que l’édifice soit achevé. C’est également à cette époque que les abords du château sont aménagés. Des écuries sont construites à l’extérieur du château et la rivière du Cosson, qui traverse le parc, est en partie canalisée pour assainir le site. Le Roi Soleil réside à plusieurs reprises dans le monument en compagnie de sa cour. Ces séjours sont l’occasion de grandes parties de chasse et de divertissements. Ainsi, Molière présente pour la première fois à Chambord la plus célèbre des comédies, le Bourgeois gentilhomme, le 14 octobre 1670, en présence de Louis XIV et de Lully.

Au XVIIIe siècle, des travaux sont entrepris afin d’aménager l’intérieur du château. Louis XV en dispose pour loger successivement son beau-père Stanislas Leszczynski, roi de Pologne exilé entre 1725 et 1733, puis le maréchal de Saxe, en récompense de sa victoire militaire de Fontenoy (1745). La nécessité d’apporter chaleur et confort à l’édifice pousse les différents occupants à meubler de façon permanente le château et à faire aménager dans les appartements boiseries, parquets, faux-plafonds et petits cabinets. Durant la Révolution, le château est pillé, le mobilier est vendu mais le monument échappe à la destruction.

Chambord connaît une période d’abandon avant que Napoléon n’en fasse don en 1809 au maréchal Berthier en remerciement de ses services. Ce dernier n’y fait qu’un court séjour et sa veuve demande rapidement l’autorisation de vendre cette grande demeure en mauvais état. L’ensemble du domaine de Chambord est ensuite offert en 1821 pour une souscription nationale au duc de Bordeaux, petit fils du roi Charles X. Les événements politiques qui le conduisent à l’exil ne lui permettent pas d’habiter son château. Il ne le découvre qu’en 1871 à l’occasion d’un court séjour pendant lequel il rédige son célèbre «Manifeste du drapeau blanc» qui l’amène à refuser le drapeau tricolore, et par là-même le trône. À distance pourtant, le comte de Chambord est attentif à l’entretien du château et de son parc. Il fait administrer le domaine par un régisseur, entreprend de grandes campagnes de restaurations et ouvre officiellement le château au public. Après sa mort, en 1883, le domaine passe par héritage aux princes de Bourbon Parme, ses neveux.

Le château et le parc sont propriété de l’État depuis 1930. Durant la Seconde guerre mondiale, les collections des grands musées parisiens sont évacuées afin d’être mises à l’abri des risques d’extraction et de bombardements sur la capitale. Ainsi, la Joconde de Léonard de Vinci, La Vénus de Milo, La Victoire de Samothrace, les peintures de Raphaël du Louvre, les tapis de la Savonnerie du château de Versailles…sont conduits vers un centre de dépôt et de triage unique, Chambord.

Dès 1938, le recensement des lieux pouvant abriter les collections nationales en cas de menace avait imposé Chambord comme un dépôt et lieu de transit idéal, situé en pleine forêt, éloigné de tout terrain militaire et de tout centre urbain, aux dimensions imposantes et aux pièces de plus de 100 mètres carrés. Craignant les bombardements et les pillages allemands, les principaux musées de Paris organisèrent un plan d’évacuation et de sauvetage ainsi, le 28 août 1939, le plus grand déménagement de tableaux de l’histoire s’achemine vers Chambord. Grâce à des conservateurs et des fonctionnaires du patrimoine zélés, les trésors nationaux traversèrent la guerre sans encombre, transformant Chambord en un musée imaginaire.

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Chambre de Louis XIV

Visiter Chambord, c’est accéder à un monde à part, qui ouvre les portes du génie. Ce château suscite toujours admiration et fascination, il est le plus mystérieux des palais royaux, jouant de la fausse symétrie et de plusieurs inconnues.

Louis XIV personnage iconique de l’Histoire de France

Louis XIV personnage iconique de l'Histoire de France..

Louis XIV est le plus célèbre des rois de France et aussi le plus méconnu. Un exemple, on le disait petit à cause d’une armure qui lui avait été offerte, qui est exposée au Louvre. Or, cela est confirmé par des historiens spécialistes, il mesurait 1 mètre 84, ce qui était très grand pour l’époque.

Dès sa naissance, Louis XIV se fait remarquer pour ses dents. En effet, Hugo Grotius écrit en 1638 qu’Anne d’Autriche a donné naissance au Dauphin et que celui-ci est né avec deux incisives et qu’il mutile les téton de sa nourrice, Pierrette Dufour, tant il a l’appétit vorace. Et les dents du roi Soleil vont lui poser de nombreux problèmes depuis l’âge de 39 ans jusqu’à ses derniers jours.  

Dès le berceau, Louis est vénéré comme un demi-dieu, c’est un petit garçon en représentation permanente. Lorsqu’il naît, son père Louis XIII a 37 ans. C’est un roi fatigué et malade et il ne fait aucun doute que le petit Louis montera vite sur le trône. Et effectivement, à 5 ans il devient roi. Quatre jours après la mort de son père, le 18 mai 1643, la régence de sa mère Anne d’Autriche, secondée par son premier ministre le cardinal Mazarin, est votée. Tout le poids du pouvoir ne repose pas encore sur ses épaules, mais il comprend déjà qu’il sera toujours seul face aux épreuves. Constamment,  il doit paraître, figurer, réciter des phrases convenues lors des réceptions des ambassadeurs, des revues de troupes, des visites de frontières, des grand-messes, etc. Le petit Louis est un enfant sérieux, tout en contrôle….Beaucoup trop pour son âge ! Ses compagnons de jeu lui reprochent d’ailleurs de ne pas assez rire. Louis étudiait ses gestes, ses pauses, sa démarche volontairement calme et sereine. Il cherchait à donner l’image d’un prince sérieux, pondéré, droit, digne, attaché à son devoir. Bref en tout soumis à la raison. 

A 20 ans, Louis XIV est plus une marionnette en représentation qu’un monarque en puissance. Sa mère et son ministre Mazarin décident toujours seuls des affaires du royaume, alors qu’il a largement l’âge de gouverner ( la majorité était fixée à 13 ans à l’époque). 

Ses camarades – peu nombreux – le trouvent gauche et balourd. On ne lui connait ni confident ni ami sincère. Ce roi peu bavard, toujours en retrait sauf quand il est sur scène, cache bien son jeu. Et il ne tarde pas à le montrer. Le tournant  a lieu lors du conseil des ministres du 10 mars 1661. Mazarin est mort la veille. C’est le déclic : le roi qui a 22 ans, décide de prendre les rênes du pouvoir. Et d’évincer sa mère. 

«JE ME DOUTAIS BIEN QU’IL SERAIT INGRAT ET VOUDRAIT FAIRE LE CAPABLE!»

– s’écrie la reine mère, Anne d’Autriche quand elle apprend qu’elle a été exclue du premier conseil du roi après la mort de Mazarin. 

– «Jusqu’à présent, j’ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par feu Mr le Cardinal, lui répond le roi, mais il est temps que je les gouverne moi-même».

Désormais tout devra passer par lui, il sera seul maître à bord. 

La suite de son règne va être une démonstration de force permanente. Louis XIV développe une politique de l’éblouissement et de la séduction pour mieux asseoir son pouvoir. S’il veut devenir le plus grand roi du monde comme il aime à se qualifier lui-même, Louis XIV a besoin d’un écrin à son image. De Versailles qui n’était qu’un modeste pavillon de chasse, hérité de Louis XIII, il fait un palais aux dimensions colossales. Il confie les travaux à Le Vau, l’architecte du déchu Fouquet. Les projets de Louis XIV frisent le délire. Il pratique l’hyper-contrôle : il se fait envoyer des comptes-rendus précis des travaux, annote, modifie les plans selon son humeur. Pas une perspective, pas un bosquet qui n’ait été remanié dix fois. 

Lorsqu’il ne festoie pas dans son château, Louis XIV fait la guerre. Il aime l’odeur du sang qui annonce la gloire. Sa Gloire. Le monarque raffole des sièges de ville, auxquels il assiste le plus souvent lové dans un fauteuil, sur une hauteur dominant le champ de bataille. Un plaisir de mégalomane : le roi veut écraser l’Europe sous sa botte. En 1667, sa première guerre est menée contre les Pays-Bas espagnols, principal rival commercial de la France. Cinq ans plus tard, ce sera la Hollande – qu’il surnomme la «nation des boutiquiers» – Les années 1680 et 1690 ne sont qu’une succession de batailles. 

A partir de 1693, alors qu’il ne peut plus commander personnellement les armées, Louis XIV continue de diriger les opérations depuis Versailles. Un va et vient incessant de messagers à cheval lui apportent les nouvelles du front et transmettent ses ordres. Le roi est obsédé par les moindres détails : la qualité des fusils ennemis, la distribution des munitions et des fournitures aux troupes…

Mais c’est grâce à son égo démesuré que la France est devenue, à l’aube du XVIIIe siècle, la première puissance Européenne.

Cependant, l’image historique du monarque absolu, à la fière prestance, est pour le moins tempérée par la cruelle réalité de ce grand corps malade.  Le Roi tout puissant est un goinfre, il souffre de la podagre et de la gravelle, il porte la perruque parce qu’il est chauve depuis sa jeunesse. Au quotidien, ça ne devait pas être une partie de plaisir de le côtoyer…..

Louis XIV

CHAUVE A 20 ANS

Le Roi-Soleil a perdu ses cheveux à l’âge de 20 ans, après avoir contracté la typhoïde lors de la bataille de Nimègue. Il disposa toute sa vie d’un cabriolet à perruques, près de sa chambre, pour les perruques de chasse, de messe et du souper. 

BEAU COMME APOLLON ? 

Louis XIV se veut l’égal du dieu grec du Soleil, dont la beauté a été mille fois vantée. Était-ce mérité ? «Louis XIV était le plus bel homme de son royaume», écrit dans ses Mémoires la princesse Palatine, belle-sœur du roi. Selon le Bernin, artiste romain venu à la cour pour réaliser un buste royal, Louis XIV «a la moitié de la bouche d’une façon et l’autre d’une autre, un œil différent aussi de l’autre, et même les joues différentes». Il a aussi un «petit sein», c’est à dire une verrue, au nez, près de l’œil. 

GRAND CORPS MALADE

Louis XIV souffre d’atroces maladies chroniques. Parmi elles…des dysenteries à répétition. Louis mange comme un ogre, d’où ses terribles ennuis intestinaux. Entre 1696 et 1705, ses selles attestent qu’il avait attrapé le ténia (ver solitaire) et La gonorrhée ou «chaude pisse», contractée à 17 ans avec la dame de cour, Mme Bellier, chargée de son éducation sexuelle.  

La Goutte, cette maladie qui se manifeste par des douleurs au niveau du gros orteil lui pourrit la vie à partir de 1685. Pendant les crises, le roi emprunte une «roulette», un fauteuil roulant. Il a également des problèmes dermatologiques. Jusqu’à l’âge de 8 mois, Louis est privé de bains. La crasse et la vermine laissent des cicatrices sur sa peau.  Il a aussi des caries, en 1685, un dentiste maladroit lui arrache la moitié du palais. Toute sa vie, le roi régurgite par le nez et une odeur infâme se dégage de cet écoulement…Pendant des années, Louis XIV s’en accommodera, plutôt mal que bien, mais, dans le courant de 1685, l’odeur forte et quasi cadavéreuse qui accompagne ses régurgitations n’est plus supportable et le premier chirurgien Félix procède évidemment sans la moindre insensibilisation, à quatorze pointes de feu, et en profite pour arracher les dents cariées du bas. Le malade, inondé de fleur d’oranger, mettra plusieurs mois avant de reprendre le rythme de ses repas en public. Il n’a presque plus aucune dent et celles qui lui restent sont en piteux état. Bien qu’il ne puisse plus mastiquer correctement, il souhaite garder la même alimentation, alors on lui coupe son gibier en petits morceaux et il les avale sans même les mâcher ; son estomac n’apprécie pas et on a recours à des lavements pour soigner ses maux de ventre.

Il eut bien sûr d’autres «incommodités» et «misères physiques» : Fièvres, migraines,  malaises,  rhumatismes, goutte,  diabète, cauchemars, insomnies….etc. 

Malgré tout, QUAND L’ASTRE SE LÈVE ….

Il est 7 h 30 à Versailles. Le premier valet de chambre du roi s’approche du monarque : «Sire, voilà l’heure» A l’autre bout de la pièce, le Grand chambellan entre, suivi des premiers gentilshommes de la Chambre, du grand-maître de la garde-robe, du premier médecin et du premier chirurgien. Ces VIP vont assister à la toilette de Louis XIV : le rideau du lit est ouvert, quelques gouttes d’esprit de vin sur les mains, présentation du bénitier, signe de croix, choix de perruque. Le roi se lève, mules, robe de chambre, fauteuil, entrée du premier barbier, toilette, fin du «petit lever». 

RÉCEPTION SUR LE TRÔNE 

Pour avoir le privilège de regarder le roi installé sur sa chaise percée, il faut être titulaire d’un «brevet d’affaire». Pas donné à tout le monde ! On ne compte que 7 brevets en 1693 et plus que 5 en 1712. A l’époque, cette activité est ritualisée. Il est courant de recevoir sur sa chaise percée : on y écrit, on y joue, les ministres y donnent même audience …

ROI BLING-BLING

12 MILLIONS DE FRANCS de l’époque, c’est la magot que le roi porte autour du cou, sous la forme de diamants, lors de la réception des ambassadeurs de Perse à Versailles, le 19 février 1715. Il a 77 ans. 

BÂTARDS CHÉRIS 

En tout cas, il était doté d’une vitalité extraordinaire, troussant à tout-va. Dans sa jeunesse il baisait tout le temps sa maîtresse Madame de Montespan, parfois même en plein jour, et le soir il allait honorer la reine.  Il s’inquiéta auprès de son médecin que les enfants de la reine mouraient tous quand ceux de la Montespan étaient forts et vigoureux. Le docteur eut ces mots, évoquant la reine malheureuse : «Il ne reste à cette dernière que la rincée du verre». 

Onze enfants sont nés de ses amours avec ses favorites, Louise de La Vallière et Mme de Montespan. Tous ont été légitimés. En 1714, un édit les déclare aptes à la succession de la Couronne, si tous les princes de sang venaient à mourir. Ce qui fut presque le cas, puisque le futur Louis XV, son arrière-petit fils, est le dernier de ses descendants «légitimes» à sa mort, en 1715. 

UN GRAND MÉCÈNE 

Il est devenu le protecteur de grands noms de la littérature, comme Molière, l’immense dramaturge. Il a aussi créé l’Académie des Belles Lettres et l’Académie Royale de Musique. Le Roi protégeait les artistes français les plus importants. Ces artistes chantaient, jouaient et peignaient pour le château de Versailles. Cependant, en dépit de la grandeur du roi et de son palais, la monarchie était de plus en plus isolée des gens, et l’art par conséquent, était relégué à la vie de château.

BOURREAU DE TRAVAIL

Dans les années 1690, après la mort de Louvois, son principal ministre, Louis XIV travaille jusqu’à 9 heures par jour. Dimanche compris. Donc 63 heures par semaine. 

LA MODE DE LA FISTULE 

En 1686, une seule question agite la Cour : l’anus du roi Soleil va-t-il bien cicatriser? 

Février 1686. A 48 ans, après avoir surmonté bien des maladies, Louis XIV affronte une nouvelle épreuve, aussi douloureuse qu’embarrassante...Il s’agit d’une fistule anale, un abcès lié à l’infection d’une des glandes situées près de l’anus.  Cette affection est répandue à l’époque, souligne Stanis Perez, membre de la société internationale d’histoire de la médecine et auteur d’un livre consacré à la santé du Roi-Soleil: «Cette lésion devait être due à la pratique intensive de lavements effectués en introduisant dans l’anus un clystère. En effet, on ne maîtrisait pas la stérilisation de cette seringue métallique» A la Cour, l’indisposition du roi est d’abord évoquée de façon fort pudique. Le mémorialiste Dangeau écrit ainsi que le monarque souffre d’une « tumeur à la cuisse ». Mais, à partir du printemps, le mal intime du roi est dévoilé par les médecins ; et, de fait, il monte de moins en moins à cheval, puis apparaît enfin en chaise à bras pour ses promenades.

En coulisses, une guerre se déclare entre les médecins et les chirurgiens quant au traitement à appliquer. « Les premiers, explique Stanis Perez, avaient une définition intellectuelle de leur métier. Pour eux, les chirurgiens étaient des manuels pratiquant un métier dégradant à cause de leur contact avec le sang» Durant toute la première moitié de l’année 1686, les médecins gardent la main. Mais leurs cataplasmes et emplâtres ne sont pas efficaces. A l’automne, la santé du roi devient une affaire publique. La Cour voit affluer des guérisseurs ambitieux souhaitant tirer profit de leurs pharmacopées pour s’imposer dans l’entourage du souverain. Le clan du médecin Antoine Daquin cède peu à peu le pas à celui du chirurgien Charles-François Félix de Tassy. De la même génération que son patient, celui-ci a réussi à convaincre le roi qu’une incision le soulagerait, avec, pour seul désagrément, une douleur de quelques minutes.

Le chirurgien se fait la main sur des cobayes humains

Félix joue sa carrière. Pour mettre toutes les chances de son côté, il mène des expériences in vivo : des indigents reclus à l’hôpital de Versailles sont réquisitionnés. On ne connaît pas le nombre de cobayes qui succomberont sous son bistouri. En revanche, on sait, d’après Hébert, le curé de Versailles, que les morts étaient enterrés à l’aube, sans faire sonner les cloches, «afin que personne ne s’aperçût de ce qui se passait».

Instruments utilisés pour opérer le roi : un scalpel et un écarteur

18 novembre 1686, 7 heures du matin. La « grande opération » démarre. Elle est menée dans la chambre du souverain. A son chevet, son premier chirurgien et son premier médecin accompagnés de leurs aides. L’intervention est menée dans le plus grand secret. Nul n’en a été informé, pas même le Dauphin. «Cet acte chirurgical était aussi extrêmement délicat d’un point de vue politique, souligne Stanis Perez. «Versailles regorgeait alors d’espions envoyés par les cours européennes suivant avec intérêt le moindre signe de faiblesse du roi».

Traversin sous le ventre pour lui élever les fesses, jambes écartées, le roi s’en remet au chirurgien Félix, bistouri à la main, front trempé de sueur. En guise d’anesthésiques, des prières et peut-être du vin, bien que le roi ne soit pas porté sur la boisson. A-t-il crié ? Les mémorialistes n’en disent rien. Mais on lui prête ces paroles: «Est-ce fait, messieurs ? Achevez et ne me traitez pas en roi ; je veux guérir comme si j’étais un paysan». 

L’opération est un double succès. Médical et médiatique. Sa réussite est aussitôt amplement instrumentalisée par Versailles. «Dans l’histoire de l’Ancien régime, il n’y a jamais eu autant de publicité faite autour de la guérison d’un souverain», confirme Stanis Perez. Au moins deux autres incisions sont pratiquées par Félix à la fin de l’année 1686, et le roi ne commence véritablement à se rétablir qu’en janvier 1687. Mais le royaume n’en sait rien, tout à l’ivresse des réjouissances et messes en actions de grâce organisées pour saluer la royale guérison.

Pour imiter Louis, des courtisans se font aussi opérer

Dans les métropoles de province, on sort les fontaines à vin. A Versailles, les opérations de la fistule se multiplient : les courtisans, victimes du même abcès, ont en effet décidé de suivre la voie tracée par le souverain. «De là, note Stanis Perez, l’engouement sans précédent pour la chirurgie et l’anatomie jusqu’à la fin de l’Ancien régime».

De ces mois stressants, Félix conservera un tremblement tenace de la main. Mais aussi gloire, terres et forte somme d’argent. Le roi verra quant à lui son image de robustesse confortée : en 1687, place des Victoires, on inaugurera ainsi une statue à son effigie portant l’inscription «A L’HOMME IMMORTEL».

Lully finalement, sera la victime unique et inattendue de la «grande opération».  Comme nombre d’artistes de la cour, le musicien se met à travailler à une oeuvre – un te-Deum – (grand Dieu sauve le Roi)  composée en l’honneur de la guérison du roi. Elle est d’autant plus importante pour lui qu’il n’est plus en odeur de sainteté à la Cour. Lors d’une répétition, le bouillant maestro frappe le sol de toutes ses forces avec son bâton de direction…qui finit par écraser son gros orteil. Après une gangrène galopante, Lully rendra son dernier soupir le 22 mars 1687. Vingt-huit ans avant que son mécène, le roi, ne meure également d’une gangrène. 

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En 1714, Haendel, alors compositeur officiel du roi britannique George 1er est en visite à Versailles. Il entend l’hymne de Lully, dont il ignore l’origine.  Il le note, fait adapter le texte en anglais et le soumet à son roi. Énorme succès –  What a wonderful music ! (les droits d’auteur n’existaient pas !) –  L’hymne est dorénavant joué dans toutes les cérémonies ou George 1er est présent et s’impose au fil du temps comme l’hymne national :   «God Save the King ». Plus tard, quand la reine Victoria arrive sur le trône en 1837, l’hymne se transforme tout naturellement en «God save the Queen».  Aujourd’hui encore, chaque fois que les Anglais entonnent leur hymne national, ils chantent un air qui a été composé pour le postérieur de Louis XIV !  Ce que les historiens anglais réfutent catégoriquement. 

Un remède empoisonné 

Le roi a sans doute attrapé sa fistule au cours d’un lavement, après introduction dans son rectum d’un clystère infecté. Au XVIIe siècle, le lavement connaît en effet son plein essor. Molière s’en fera l’acerbe critique dans «Le Malade imaginaire».

L’invention du «bistouri à la royale».

Depuis Hippocrate, on sait réduire la fistule anale à l’aide d’un fil métallique tranchant. Mais l’opération peut causer une hémorragie mortelle. Charles-François Félix, en charge des soins du roi, va donc confier à ses couteliers la conception d’un nouvel instrument plus sûr. Ce sera un bistouri courbe, prolongé par un stylet, dont le tranchant, recouvert d’une chape d’argent, évite de blesser les chairs lors de son introduction dans l’anus. Il sera nommé «bistouri à la royale».

LA GANGRÈNE 

Un an avant sa mort – il avait soixante seize ans – Louis XIV semble aller moins bien, il a maigri. C’est au début août 1715, que le roi, revenant de la chasse, se plaignit d’une douleur à sa jambe gauche qui commençait à enfler. Son médecin lui fait subir quelques mouchetures avec une lancette et des incisions profondes , puis il constate qu’il a la gangrène. Le roi s’affaiblit, présente des mouvements convulsifs et n’a plus ses esprits. On appelle des charlatans qui lui font ingurgiter des remèdes miracles, restés sans effet. Le Roi meurt le 1er septembre 1715 à 8 heures du matin. 

Il faut souligner le courage physique du monarque. 

Il supporte, sans anesthésie, le cautère brûlant pour obturer la solution de continuité entre le palais et les fosses nasales. Il supporte tout autant le scalpel et le cautère pour la mise à plat de la fistule anale, sans parler des douleurs répétitives des crises de goutte et de gravelle et des incommodités des saignées, des purges et des clystères. Si l’on excepte ses excès alimentaires, Louis XIV fut un patient exemplaire et qui put dominer la maladie pour l’action politique ou militaire, mais aussi pour les plaisirs de la chasse, des fastes de la cour et des amours coupables. 

Et l’on réalise alors a quel prix ce Roi, si travaillé de l’intérieur, comme dit Sainte-Beuve, sut faire d’un idéal stoïcien de maîtrise de soi un programme de gouvernement, afin de conserver à la majesté le double corps de son apparence. 

Le Grand Siècle, dominé par la personnalité de Louis XIV, fut le théâtre de percées scientifiques essentielles. 

A peine quarante ans après sa mort, Voltaire publie Le Siècle de Louis XIV, un essai exaltant le Soleil.…pour mieux égratigner Louis XV. 

Théâtre, cinéma, comédies musicales. Louis XIV, a ressuscité à maintes reprises depuis le début du XXe siècle et il brille toujours au delà des frontières de son royaume. Le Roi Soleil a été et continuera à être l’un des personnages iconiques de l’Histoire de France.